Le volume de bois récolté sur les terres publiques québécoises augmentera de 3 % dès 2023, a annoncé mercredi le forestier en chef du Québec, Louis Pelletier, suscitant l’inquiétude de l’organisation écologiste Nature Québec.

Jean-Thomas Léveillé
Jean-Thomas Léveillé La Presse

Le calcul de la possibilité forestière, soit la quantité maximale de bois qui peut être récoltée pour permettre le renouvellement de la forêt québécoise, passera à un peu plus de 35 millions de mètres cubes par année pour la période 2023-2028.

« C’est donc 1,2 % du volume de bois présent dans les forêts », a expliqué le forestier en chef, lors d’une conférence de presse, à Roberval.

« C’est très inquiétant », a réagi l’ingénieure forestière Marie-Ève Desmarais, consultante pour Nature Québec.

« Avant, on exploitait 1 % de la forêt chaque année ; là, on est rendu à 1,2 %, donc, grosso modo, on revenait couper tous les 100 ans, mais là, ça va tomber à 83 ans », illustre-t-elle.

On va rentrer plus rapidement dans les forêts qui supposément sont matures.

Marie-Ève Desmarais, Nature Québec

Cette perspective est d’autant plus inquiétante qu’elle ne tient pas compte de nombreux facteurs qui auront un impact sur la forêt québécoise, comme la stratégie d’adaptation aux changements climatiques sur laquelle planche le ministère des Forêts, le plan de rétablissement du caribou qui se fait attendre et l’épidémie de tordeuse du bourgeon de l’épinette, énumère Marie-Ève Desmarais.

« On va vers un objectif de 30 % d’aires protégées [pour 2030] ; est-ce qu’il va y avoir une place pour ça ? », se questionne-t-elle.

Ces éléments sont d’ailleurs définis comme des « enjeux à surveiller » par Louis Pelletier, qui n’a pas voulu dire s’il aurait préféré avoir ces données en main avant d’effectuer son calcul, affirmant qu’il serait toujours possible de le modifier ultérieurement.

Comme prévu à la loi, on peut modifier les possibilités forestières en cours de période. S’il faut ajuster ou baisser les possibilités forestières, nous le ferons.

Louis Pelletier, forestier en chef du Québec

Il est vrai que la loi le permet, « mais encore faut-il qu’il y ait une volonté politique », rétorque Marie-Ève Desmarais.

Nouveautés

Le forestier en chef a présenté quelques « nouveautés », comme l’exclusion des érablières du calcul de la possibilité forestière pour 2023-2028, ce qui représente environ 11 000 hectares.

« C’est une bonne chose, parce qu’on vient d’agrandir le potentiel de développement acéricole [sur les terres publiques] », se réjouit Marie-Ève Desmarais.

Les « lisières boisées riveraines » seront aussi dorénavant exclues du calcul, « mais elles étaient déjà évitées par l’industrie depuis des années », souligne l’ingénieure forestière.

Le forestier en chef a également réitéré le retrait annoncé la semaine dernière par le ministre des Forêts Pierre Dufour de quelque 155 000 hectares de « paysages paludifiés », c’est-à-dire des terres « entourbées », prisées du caribou.

Il s’agit d’une bonne chose, mais qui aurait due être faite bien avant, selon Nature Québec, qui souligne qu’il s’agit là aussi de secteurs qui étaient évités par l’industrie forestière.