Un projet de règlement limitant la vitesse sur un tronçon de la rivière Richelieu pour limiter les impacts environnementaux causés par la navigation pourrait être abandonné sous la pression de propriétaires d’embarcations.

Jean-Thomas Léveillé
Jean-Thomas Léveillé La Presse

Dans la foulée de leurs protestations, Transports Canada a demandé la semaine dernière aux nouveaux maires des quatre municipalités concernées par son projet de règlement, qui avait pourtant été publié en juin dans la Gazette officielle du Canada, de réitérer leur appui d’ici vendredi.

Ce règlement instaurerait dès 2022 une limite de 10 km/h sur un tronçon de 20 kilomètres dans le secteur des municipalités de Saint-Antoine-sur-Richelieu, Saint-Charles-sur-Richelieu, Saint-Denis-sur-Richelieu et Saint-Marc-sur-Richelieu, et interdirait dans la même zone la pratique de la planche nautique (wakeboard), qui génère d’importantes vagues.

La mesure vise à améliorer la sécurité des différents usagers de la rivière Richelieu, mais aussi à freiner l’érosion des berges, améliorer la qualité de l’eau et protéger l’habitat de différentes espèces, dont le Chevalier cuivré.

La portion de la rivière visée par le projet de règlement correspond « presque exactement à l’habitat essentiel » de ce poisson unique au monde, que l’on retrouve seulement au Québec, écrivait Pêches et Océans Canada dans une lettre de soutien au projet de règlement.

À l’heure actuelle, la rivière Richelieu est le seul cours d’eau où des activités de reproduction sont confirmées pour cette espèce.

extrait de la lettre de Pêches et Océans Canada

« Trop draconien »

Le milieu nautique s’oppose au projet de règlement parce qu’il est « trop draconien », a expliqué à La Presse le président et propriétaire de la marina Saint-Mathias, Patrick Picard.

« On est d’accord que les fins de semaine, certains plaisanciers manquent de civisme, que certaines zones devraient avoir des limites de vitesse [et que certains bateaux plus gros] devraient être limités, mais mettre tout le monde dans le même panier, on n’est pas d’accord », a-t-il dit.

Il craint qu’un tel règlement ne fasse que « déplacer le problème » ailleurs sur la rivière et affirme que les surverses d’égouts de plusieurs municipalités riveraines ainsi que le lessivage des terres agricoles par la pluie nuisent davantage au cours d’eau que les embarcations nautiques.

Les propriétaires de marinas, qui disent ne pas avoir été consultés, ont entrepris une tournée des réunions des conseils municipaux des quatre municipalités concernées qui se tiennent cette semaine pour exprimer leur opposition au projet de règlement.

Ces municipalités ont quant à elles demandé à Transports Canada de leur allouer 30 jours pour répondre, estimant que le délai d’une semaine ne leur permet pas de rendre une décision éclairée, a expliqué à La Presse le nouveau maire de Saint-Antoine-sur-Richelieu, Jonathan Chalifoux.

Tout le monde s’entend pour dire qu’il faut faire quelque chose pour la rivière, [mais] le délai qu’on avait était trop court, il faut éplucher le dossier, consulter notre monde.

Jonathan Chalifoux, maire de Saint-Antoine-sur-Richelieu

« Autoroute à bateaux »

L’entrée en vigueur du règlement pourrait être retardée d’un an si les municipalités se réitèrent par leur appui au règlement d’ici vendredi, voire de plusieurs années si elles retirent leur appui et qu’un nouveau règlement doit être rédigé, s’inquiète le député bloquiste de Pierre-Boucher—Les Patriotes—Verchères, Xavier Barsalou-Duval, qui a piloté le dossier.

La « première affaire » dont les maires de la région lui avaient parlé après son élection, en 2015, était le « le Far West sur la rivière » en raison du bruit, de l’érosion, du manque de civisme de certains plaisanciers et des conséquences sur l’environnement, se rappelle-t-il.

S’en est suivi en 2017 un « processus long et fastidieux » qui a mené au présent projet de règlement de Transports Canada, après des lettres aux citoyens des municipalités concernées et des assemblées publiques auxquelles ont participé une centaine de personnes.

Il faut arriver à concevoir la rivière autrement qu’une piste de course et une piscine à vagues, qui ont des conséquences au niveau de l’environnement, des berges. Il faut agir de façon responsable.

Xavier Barsalou-Duval, député de Pierre-Boucher—Les Patriotes—Verchères

L’Association des riverains et amis du Richelieu, dont font notamment partie des propriétaires d’embarcations « responsables », se désole de voir que le règlement pour lequel elle a milité est « en péril », a déclaré à La Presse son président, Michel Leduc.

« Si les maires ne signent pas tel quel tout ce qui a été préparé dans le passé dans les règles de l’art, s’ils n’ont pas le courage politique au niveau de l’environnement comme ils l’ont dit en campagne électorale, je trouve ça dommage », a-t-il dit.

La Fondation Rivières, qui déplore que le Richelieu soit devenu « une autoroute à bateaux moteurs », appelle de ses vœux l’adoption du règlement, a déclaré à La Presse son directeur général, André Bélanger.

« Ce serait une première au Québec, c’est pour ça que c’est important », a-t-il expliqué, soulignant en réponse aux critiques des plaisanciers qu’un règlement peut toujours être « modulé » pour permettre des exceptions.

Transports Canada n’avait pas répondu aux questions de La Presse au moment de publier ces lignes.

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Nombre d’espèces aquatiques à statut particulier qui se trouvent dans le bassin versant de la rivière Richelieu, dont le chevalier cuivré, le dard de sable et l’obovarie olivâtre

Source : Pêche et Océans Canada