Des « avancées significatives » pour le Québec pourraient émerger de la conférence de Glasgow sur le climat, affirme le ministre québécois de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, Benoit Charette.

Jean-Thomas Léveillé
Jean-Thomas Léveillé La Presse

L’avancement des discussions sur le concept de tarification du carbone l’enthousiasme particulièrement, a-t-il confié dans une entrevue avec La Presse, mardi, à sa dernière journée à la 26e Conférence des Nations unies sur le climat (COP26).

« Le Québec souhaite vivement que ce soit dans le libellé final de la déclaration, et si tel était le cas, ce serait une autre démonstration [qu’il] a été assez visionnaire sur cette question-là lorsqu’il a intégré le marché commun avec la Californie, il y a quelques années », estime le ministre.

Benoit Charette se réjouit d’ailleurs de l’intérêt suscité par sa Bourse du carbone, notamment par la Nouvelle-Zélande, qui a « confirmé son intérêt à joindre [ce] marché commun », ce qui devrait normalement se faire « dans la prochaine année ».

D’autres États des États-Unis ont aussi manifesté leur intérêt, ce qui a été une « révélation » pour le ministre Charette.

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, ARCHIVES LA PRESSE

Benoit Charette, ministre de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques

Un certain nombre de gouverneurs américains ont voulu nous rencontrer, on va s’assurer de transmettre l’information qui s’impose.

Benoit Charette, ministre de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques

Article 6

Le ministre Charette dit également souhaiter que les négociations permettent d’en arriver à une entente sur « le fameux article 6 » de l’accord de Paris, qui doit encadrer les échanges de réductions d’émissions entre les pays, mais pour lequel les discussions n’avaient pas abouti lors des COP24 et COP25.

« Dit simplement, c’est pour reconnaître, sous certaines conditions, l’effort climatique d’un État sur le territoire d’un autre État », résume le ministre, qui y voit un grand intérêt pour le Québec.

La province pourrait par exemple comptabiliser une partie des réductions d’émissions de gaz à effet de serre (GES) que l’État de New York réalisera en s’approvisionnant en électricité provenant de sources renouvelables québécoises.

« Bien sûr, des balises sont nécessaires, car on ne veut pas que les réductions soient comptées en double par les deux États », reconnaît-il.

L’enthousiasme du ministre n’est pas partagé par Équiterre, qui regrette que le gouvernement mise sur ses décisions passées plutôt que d’augmenter son ambition climatique, a déclaré à La Presse Andréanne Brazeau, analyste en mobilité de l’organisation, jointe à Glasgow.

La COP, ce n’est pas un [Forum économique mondial de] Davos vert, ce n’est pas juste un endroit pour faire des deals, vendre de l’électricité et des batteries. Ce qu’on veut voir lors des COP, c’est un rehaussement de l’ambition.

Andréanne Brazeau, Équiterre

Ambition critiquée

Le ministre Charette rejette les critiques formulées envers le Québec pour s’être présenté à la COP26 avec la même cible de réduction de GES que celle qu’il avait adoptée en prévision de la COP21, à Paris, en 2015, dont l’accord final prévoit justement un rehaussement de l’ambition tous les cinq ans.

« L’accord de Paris ne demande pas un rehaussement des cibles tant que les cibles permettant d’atteindre l’objectif de [limiter le réchauffement planétaire à] 1,5 °C sont respectées », argue-t-il.

« C’est son interprétation, mais ce n’est pas la mienne », rétorque Hugo Séguin, partenaire au Centre de recherches internationales de l’Université de Montréal (CÉRIUM) et chargé de cours à l’Université de Sherbrooke.

« Le Québec n’est pas arrivé à Glasgow avec le mieux qu’il pouvait faire », regrette celui qui est également conseiller principal chez Copticom, firme-conseil sur les enjeux de transition, relevant à la décharge du gouvernement Legault « qu’aucun État n’est arrivé à Glasgow avec une contribution à hauteur de ce qu’il faut pour contrer les changements climatiques ».

Le Québec devrait réduire ses émissions de GES d’au moins 65 % sous leur niveau de 1990 d’ici 2030 pour faire sa « juste part » afin de limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C, concluait une étude réalisée par une coalition d’organisations écologistes dévoilée quelques jours avant le début de la COP26.

« Ce sont des pourcentages qui, scientifiquement parlant, ne sont pas justifiés », estime le ministre, ce qui a fait bondir les groupes écologistes.

« Ce qui n’est pas scientifique, c’est d’avoir une cible qui est incompatible avec la limitation du réchauffement à 1,5 °C ! », s’exclame Caroline Brouillette, directrice des politiques nationales au Réseau action climat Canada, jointe à Glasgow.

« [Le ministre] refuse de voir la responsabilité historique du Québec, il refuse de voir que le Québec doit en faire plus que les autres à cause de sa responsabilité historique, soit, mais il ne peut pas dire que ce n’est pas scientifique », affirme Thomas Burelli, professeur de droit à l’Université d’Ottawa, qui représentait à la COP26 le Centre québécois du droit de l’environnement.

« On a pollué pendant des années, on en fait quoi de cette responsabilité-là ?, demande-t-il. C’est quand même un peu culotté. »

Annonces intéressantes à la COP26

Abstraction faite des critiques sur son ambition climatique, le Québec a tout de même marqué des points à la COP26, estiment les observateurs à qui La Presse a parlé. Sa participation à la toute nouvelle Alliance Au-delà du pétrole et du gaz (Beyond Oil and Gas Alliance, BOGA) est non négligeable et a le « potentiel de créer un effet domino auprès d’autres juridictions nord-américaines », salue Caroline Brouillette, du Réseau action climat Canada. Andréanne Brazeau, d’Équiterre, espère que le Québec y affichera le même leadership que celui dont il fait preuve dans la tarification du carbone. « Le Québec est arrivé préparé, a travaillé ses alliances d’avance et a fait des annonces qui le montrent en action », comme en témoigne le prix qu’il a reçu à ce sujet, estime Hugo Séguin, du CERIUM, qui espère que le premier ministre François Legault reviendra de cette COP « transformé » comme ses prédécesseurs l’ont été.