À deux jours de la clôture de la COP26 à Glasgow, en Écosse, les États-Unis et la Chine ont publié une déclaration commune dans laquelle ils s’engagent à prendre des mesures concrètes d’ici 2030 pour limiter le réchauffement planétaire à 1,5 degré d’ici la fin du siècle.

Éric-Pierre Champagne
Éric-Pierre Champagne La Presse

L’annonce survient au lendemain de la publication d’une version préliminaire d’une éventuelle déclaration finale de la conférence internationale qui prend fin vendredi. Un texte plus ambitieux que la version précédente, mais tout de même jugé insuffisant par de nombreux experts.

Cet accord de dernière minute entre les deux superpuissances a été salué par des groupes environnementaux. Le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a parlé d’un « pas dans la bonne direction ». L’ancien vice-président des États-Unis Al Gore, aussi connu pour son engagement dans la lutte contre les changements climatiques, y voit un « progrès significatif de la part des plus importants émetteurs [de gaz à effet de serre] au monde ».

L’enjeu est de taille puisque la présidence britannique de la COP26 avait fait de l’objectif de limiter le réchauffement planétaire à 1,5 °C un des marqueurs principaux du succès de la conférence.

Le texte préliminaire de la déclaration finale souligne d’ailleurs que « les impacts [des] changement[s] climatique[s] seront bien moindres avec un réchauffement de 1,5 °C, [comparativement] à 2 °C ». Mais les engagements pris à ce jour à la COP26 placent toujours le monde sur la trajectoire d’un réchauffement de 2,7 degrés d’ici la fin du siècle.

« Quand même une bonne nouvelle »

Dans leur déclaration commune, les États-Unis et la Chine soulignent l’importance d’agir d’ici la fin de la décennie, se disant « alarmés par des rapports, dont la contribution du Groupe de travail I au sixième rapport d’évaluation du GIEC publié le 9 août 2021 ». Ils reconnaissent aussi « la gravité et l’urgence de la crise climatique » et s’engagent à entreprendre des « actions accélérées respectives » afin d’éviter des « impacts catastrophiques ».

Bien qu’elle constitue une percée majeure entre deux pays qui ont plusieurs différends sur les plans politique et économique, l’entente ne fixe pas cependant de cibles détaillées ni de mesures contraignantes pour atteindre les objectifs.

L’annonce a été saluée par Greenpeace, qui souligne que la crise climatique ne peut être réglée si les États-Unis et la Chine ne collaborent pas pour ramener les émissions sous la limite permettant de contenir le réchauffement à 1,5 °C.

« C’est quand même une bonne nouvelle quand les deux plus gros pollueurs décident d’avoir davantage d’ambitions. Ça risque d’avoir un effet d’entraînement pour les autres pays. Ça peut insuffler un momentum », souligne Patrick Bonin, responsable de la campagne Climat-Énergie à Greenpeace Canada.

Les pays en développement « plus intransigeants »

Néanmoins, cette entente ne signifie pas que la déclaration finale de la COP26 sera automatiquement revue à la hausse, admet M. Bonin. « Les décisions se prennent par consensus, et les pays en développement ont plusieurs demandes. Ils sont plus intransigeants, et ça se comprend. »

Ces nations exigent entre autres que les cibles de réduction des gaz à effet de serre (GES) soient revues annuellement, et non tous les cinq ans comme c’est le cas actuellement. Elles veulent aussi un meilleur financement des pays riches pour faire face à la crise climatique. Il y a donc beaucoup à faire pour arriver à une déclaration finale à la satisfaction des parties.

Dans le projet de communiqué dévoilé mardi soir, les pays sont invités à « réviser et renforcer » dès 2022 les contributions déterminées au niveau national (CDN ou NDC selon le sigle anglais), qui fixent leurs engagements à court terme afin de limiter le réchauffement planétaire à 1,5 °C d’ici 2100.

De plus, pour la première fois dans l’histoire de ces conférences internationales, il est fait mention des énergies fossiles. Le texte encourage les pays à « accélérer la sortie du charbon et des financements pour les énergies fossiles », responsables de la plupart des émissions.

Le document appelle aussi à des « réductions rapides, fortes et soutenues des émissions mondiales de gaz à effet de serre, dont des réductions d’émissions de CO2 de 45 % en 2030 par rapport au niveau de 2010 et à la neutralité carbone vers le milieu du siècle ».

Le texte « relève avec regret » l’échec des pays développés à tenir leur promesse de mobiliser à partir de 2020 quelque 100 milliards de dollars d’aide financière climatique annuelle aux pays pauvres, souvent les moins pollueurs mais les plus exposés aux ravages des changements climatiques.

Il n’avance cependant pas de solution claire pour atteindre cet objectif, que les pays riches assurent désormais pouvoir réussir à partir de 2023.

Pour le Réseau action climat Canada, qui participe à la COP26, les projets de textes « sont bien en deçà de ce qui est nécessaire pour répondre à l’urgence à laquelle nous sommes confrontés ».

Dans une note transmise au ministre canadien de l’Environnement, Steven Guilbeault, l’organisation demande que le Canada travaille notamment à ce que tous les pays augmentent leur ambition et maintiennent l’objectif de limiter le réchauffement à 1,5 °C dans la déclaration finale à l’issue de la conférence.

2025

Les États-Unis et la Chine se sont engagés à dévoiler en 2025 leurs cibles de réduction des GES pour l’année 2035.

Avec l’Agence France-Presse