Pour la deuxième fois en cinq ans, le gouvernement Trudeau interviendra pour protéger une espèce menacée au Québec. Et c’est la nouvelle mairesse de Longueuil, Catherine Fournier, qui devra gérer ce délicat dossier dès le départ.

Éric-Pierre Champagne
Éric-Pierre Champagne La Presse
Henri Ouellette-Vézina
Henri Ouellette-Vézina La Presse

De Glasgow, où il participe à la COP26, le ministre de l’Environnement, Steven Guilbeault, a annoncé lundi qu’il va recommander l’adoption d’un décret d’urgence pour protéger la rainette faux-grillon à Longueuil. La rainette, qui a le statut d’espèce menacée au Canada et vulnérable au Québec, est menacée par des travaux de prolongement d’un boulevard à Longueuil, dans Saint-Hubert.

« Après avoir évalué les meilleures preuves scientifiques disponibles et reçu une recommandation du ministère de l’Environnement et du Changement climatique du Canada, j’ai décidé que la protection en vertu de la LEP est nécessaire et je recommanderai au gouverneur en conseil de prendre un décret d’urgence en vertu de l’article 80 (1) pour la protection de la rainette faux-grillon dans la région de Longueuil », a déclaré le ministre Guilbeault sur son compte Twitter lundi matin.

Contactée par La Presse, la nouvelle mairesse de Longueuil, Catherine Fournier, a salué l’annonce faite par Steven Guilbeault. « Il était déjà dans l’intention de notre administration de protéger le secteur Roberval-Fonrouge, traversé par les travaux du prolongement du boulevard Béliveau, par un règlement de zonage vert prévu à l’article 113 de la Loi sur l’aménagement et l’urbanisme. Nous aurons des discussions à cet effet très prochainement avec l’équipe de M. Guilbeault. »

Dimanche soir, lors de son élection, Mme Fournier a promis de suivre cette affaire de très près. « On va faire la lumière dans ce dossier. Je compte demander que les travaux soient suspendus jusqu’à temps qu’on évalue toutes les options qui s’offrent à la Ville », a-t-elle alors affirmé.

Les travaux de prolongement du boulevard Béliveau, qui ont déjà détruit une partie de l’habitat essentiel de l’espèce, ont été suspendus par la Cour supérieure du Québec le 29 octobre dernier.

Urgence d’agir

Le temps presse dans ce dossier, puisque les travaux pourraient reprendre dès mardi matin. Le Centre québécois du droit de l’environnement (CQDE) et la section québécoise de la Société pour la nature et les parcs (SNAP-Québec) réclament un prolongement de la suspension ordonnée le 29 octobre par la Cour supérieure du Québec, qui prend fin aujourd’hui à 17 h.

Les deux organismes ont dit se réjouir de l’annonce d’Ottawa lundi, celle-ci faisant « suite à des demandes répétées et qui survient après le dépôt par les deux organisations de poursuites le 22 octobre dernier contre les gouvernements fédéral, provincial et municipal », rappelle-t-on.

« L’engagement officiel du ministre de recommander un décret, bien que tardif, est un soulagement. Combinée à la suspension temporaire des travaux […], cette déclaration du ministre de l’Environnement du Canada donne espoir que l’habitat de l’espèce sera bientôt adéquatement protégé. Dans l’intervalle, nos deux organisations demandent aujourd’hui aux tribunaux de prolonger la suspension des travaux », affirme la directrice générale du CQDE, Geneviève Paul.

De son côté, le directeur de la SNAP Québec, le biologiste Alain Branchaud, dit espérer « que le gouvernement du Québec se saisisse enfin de la nécessité de moderniser ses propres outils de protection des espèces menacées ou vulnérables ». « Sur le site des travaux à Longueuil, les autorités doivent intervenir rapidement pour apporter des correctifs afin d’assurer que la reproduction de l’espèce ne soit pas compromise au printemps 2022, notamment en arrêtant le drainage des milieux humides », martèle-t-il.

Bien que « satisfaits d’une recommandation d’un décret d’urgence », les groupes réitèrent ainsi qu’un décret en vertu de l’article 61 de cette même loi « serait optimal, notamment pour favoriser le dialogue avec le gouvernement du Québec afin d’assurer la protection adéquate de l’habitat des espèces en péril sur son territoire ». « Nous invitons le ministre à considérer sérieusement cette option », insistent-ils.

Même s’il s’agit d’un indicateur des intentions du gouvernement fédéral, la déclaration du ministre Guilbeault ne signifie pas qu’un décret d’urgence entre en vigueur lundi. Le ministre a mentionné qu’il va recommander l’adoption d’un décret. Or, le gouvernement ne pourra prendre une décision officielle tant que son ministre n’aura pas fait une recommandation formelle. « Je souhaite que la suspension des travaux soit maintenue le temps d’analyser les différentes avenues possibles afin de se conformer aux recommandations qui avaient été formulées dans l’avis faunique du MFFP et ainsi protéger adéquatement la rainette faux-grillon », a expliqué Catherine Fournier.