(Ottawa) Un nouveau rapport de la RBC indique que le Canada aurait besoin d’environ 2000 milliards pour mener l’économie vers l’atteinte de la cible « zéro émission nette » d’ici 30 ans.

Jordan Press La Presse Canadienne

Le rapport des Services économiques RBC estime que les gouvernements, les entreprises et les collectivités devraient dépenser au moins 60 milliards par année pour réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) de 75 % par rapport aux niveaux actuels et atteindre l’objectif de carboneutralité d’ici 2050.

Ces investissements de « transition verte » comprennent notamment les dépenses des gouvernements pour des programmes comme la formation professionnelle et les soutiens pour stimuler les investissements nécessaires.

Des investissements seront par exemple nécessaires dans le réseau électrique pour faire face à l’augmentation prévue des véhicules électriques, qui auront aussi besoin de subventions pour les construire et les mettre sur les routes canadiennes, selon le rapport.

Il faudra également investir pour moderniser les vieux édifices plus rapidement que ce que prévoit Ottawa, pour « recycler » 100 000 travailleurs afin qu’ils acquièrent de nouvelles compétences dans les industries vertes, à croissance rapide, et pour offrir des programmes de formation professionnelle afin d’ajouter 200 000 personnes supplémentaires à la population active avant 2030.

Ces chiffres s’ajoutent à un effort massif pour tenir les promesses à court et à long terme des libéraux de Justin Trudeau sur le changement climatique, mais qui seraient réalistes, selon le rapport de la Banque Royale, si le gouvernement met l’accent sur quelques secteurs clés.

« Ce n’est pas une question d’idéologie, c’est une question de mathématiques. Et nous les avons faits, les calculs. On dit : OK, voici comment nous pouvons ramener ces chiffres [d’émissions] à zéro, et voici ce que ça va coûter », a déclaré John Stackhouse, vice-président principal au bureau du chef de la direction de la Royale. « Nous pensons que c’est faisable. Alors, concentrons-nous, avec une logique de gens d’affaires, sur les principaux moteurs du changement dans les émissions. »

Pérennité et neutralité politique

Le Parlement a adopté au printemps dernier une loi qui oblige le Canada à éliminer autant d’émissions de GES que possible et à capturer tout ce qui reste, dans le but d’atteindre la carboneutralité d’ici 2050. Les libéraux n’ont pas tracé de voies vers cet objectif à long terme et ne le feront pas avant la prochaine conférence des Nations unies sur le climat, la COP26, prévue à la fin du mois à Glasgow, en Écosse.

Le gouvernement canadien a rehaussé ses cibles de réduction des émissions pour 2030, comme l’exigeait l’accord de Paris sur le climat. Des documents internes du gouvernement suggèrent que les libéraux sont parfaitement conscients des coûts pour atteindre la carboneutralité et ils ont cherché à pousser les banques et d’autres investisseurs du secteur privé à participer au financement de cette atteinte.

Les hauts fonctionnaires auprès de la ministre des Finances, Chrystia Freeland, ont écrit dans une note d’information en septembre 2020 que le secteur financier du pays, y compris les banques, « devra jouer un rôle majeur » pour créer une économie carboneutre. La note d’information, rédigée avant une réunion de Mme Freeland avec les PDG des banques, souligne également comment ces institutions financières devaient en faire plus pour « créer les bonnes conditions afin de soutenir l’accélération de l’investissement durable ».

Afin de débloquer certaines des dépenses nécessaires, les politiciens fédéraux devront créer de nouvelles plateformes pour canaliser les investissements privés vers des initiatives vertes — des canaux qui peuvent s’apparenter à la Banque de l’infrastructure du Canada (BIC).

Les libéraux ont créé cette agence en 2017 pour utiliser l’argent du fédéral comme moyen d’attirer le financement privé, mais les efforts de la BIC et son existence même sont devenus hautement politisés — les néo-démocrates et les conservateurs promettaient tous les deux récemment de démanteler l’agence s’ils étaient portés au pouvoir.

M. Stackhouse estime toutefois que le Canada a besoin d’agences comme la BIC, qui peuvent être semi-autonomes en termes de sélection d’investissements tout en étant soumises à la surveillance du gouvernement. Mais pour avoir de meilleures chances de succès, tout ce qui est créé pour stimuler l’investissement vert devrait survivre aux gouvernements successifs jusqu’en 2050 et devrait être dépolitisé, croit M. Stackhouse.

« Il s’agit d’un projet sur 30 ans. Il y aura différents gouvernements au cours de ces 30 années. Créons donc des entités qui peuvent canaliser à la fois l’investissement public et l’investissement privé pour se concentrer sur les principaux moteurs stratégiques. »

Le rapport met par ailleurs en garde contre une trop grande précipitation. S’il y avait une baisse soudaine et importante de la production de pétrole et de gaz, les recettes fiscales du gouvernement chuteraient d’environ 8 milliards par année, ce qui, selon le rapport, pourrait entraver la transition verte, et non y contribuer.