La Ville de Longueuil a commencé mardi l’installation d’un « passage faunique » entraînant la destruction d’une partie de l’habitat essentiel de la rainette faux-grillon. Or, cet ouvrage qui coûtera près de 1 million de dollars aux contribuables pourrait ne jamais servir pour cette espèce menacée de disparition.

Éric-Pierre Champagne
Éric-Pierre Champagne La Presse

Ces travaux sont réalisés dans le cadre du projet de prolongement du boulevard Béliveau à Longueuil. Ceux-ci avancent rapidement même si le gouvernement fédéral pourrait publier bientôt un décret d’urgence afin de protéger l’espèce en vertu de la Loi sur les espèces en péril.

Un tel corridor serait cependant inutile pour la rainette si les milieux humides situés aux deux extrémités étaient eux aussi détruits, estime le biologiste Alain Branchaud, qui est aussi le directeur de la Société pour la nature et les parcs au Québec. « Un corridor faunique, pour être efficace, doit permettre de relier deux éléments propices à l’espèce. »

Un projet de lotissement dans les cartons

Une carte produite par la Ville de Longueuil montre clairement la présence de l’espèce de chaque côté du prolongement du boulevard. Or, ces habitats seraient détruits par un éventuel lotissement résidentiel prévu par la Ville. Le porte-parole de Longueuil, Hans Brouillette, a cependant précisé mercredi que la municipalité n’avait aucun projet de développement de part et d’autre du prolongement du boulevard Béliveau.

IMAGE VILLE DE LONGUEUIL

Les différents points sur la carte produite par la Ville de Longueuil indiquent la présence de rainettes faux-grillon dans l'axe du prolongement du boulevard Béliveau et à proximité de part et d'autre.

Jusqu’à très récemment, la Ville avait pourtant dans ses cartons un projet résidentiel, a confirmé à La Presse une source qui connaît bien le dossier. Un avis faunique produit par le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP) l’hiver dernier faisait aussi mention d’un projet de développement et de « bâtiments résidentiels de part et d’autre du boulevard ».

Ce même avis émettait également plusieurs réserves sur le projet et concluait que « la structure du passage faunique, tel que proposé, ne permet pas de compenser la perte de connectivité qu’engendre le projet [pour la rainette faux-grillon] » et que « le projet fragiliserait donc le rétablissement et la conservation de l’espèce ».

Le choix de l’emplacement du corridor n’a pas été improvisé par la Ville, qui a aussi fait « une revue de la littérature scientifique » à ce sujet, rétorque Hans Brouillette.

Rappelons que le projet du prolongement du boulevard Béliveau a été autorisé par le ministère québécois de l’Environnement en vertu de déclarations de conformité, une procédure moins contraignante qu’une demande d’autorisation ministérielle.

Québec savait depuis 2003

Plusieurs documents obtenus par La Presse montrent que dès 2003, le gouvernement du Québec connaissait l’importance du secteur du boulevard Béliveau pour la rainette faux-grillon.

PHOTO ROBERT SKINNER, ARCHIVES LA PRESSE

La rainette faux-grillon de l'Ouest est une espèce classée comme menacée au Canada et vulnérable au Québec.

Dans une lettre datant du 20 mars 2003 adressée à la Ville de Longueuil, le ministère de l’Environnement écrivait : « [N]otre ministère, ainsi que la FAPAQ [ancienne Société de la faune et des parcs], ne voit pas d’un bon œil les remblayages de zones humides et la relocalisation des espèces fragiles et menacées. »

Dans une autre missive datée du 14 avril 2003, le Ministère signalait la qualité des milieux humides présents, affirmant que ceux-ci étaient « d’une valeur écologique non négligeable ». Ce qui n’a pas empêché les autorités de conclure que « malgré tout l’intérêt que présentent ces milieux, nous sommes prêts à accepter de recevoir une demande de l’autorisation en vue de vous permettre de réaliser les travaux dans le secteur indiqué ».

En chiffres

30 m

Longueur du passage faunique, qui fera 6 m de large et 2,5 m de haut

966 000 $

Coût du passage faunique

Source : Ville de Longueuil