Deux ans après avoir marché aux côtés de Greta Thunberg dans les rues de Montréal, la jeunesse québécoise remettra ça vendredi à l’occasion d’une nouvelle marche pour le climat. Des dizaines de milliers d’étudiants seront en grève pour l’occasion.

Jean-Thomas Léveillé
Jean-Thomas Léveillé La Presse

Plus de 80 000 étudiants québécois débrayeront vendredi à l’occasion d’une journée de manifestations pour le climat à travers le monde.

Cette grève s’inscrit dans le cadre du mouvement de la jeunesse mondiale appelant à l’action climatique, initié par la jeune militante suédoise Greta Thunberg, qui avait marché avec une foule monstre de plusieurs centaines de milliers de personnes dans les rues de Montréal en septembre 2019.

Une dizaine de marches sont prévues au Québec dans l’après-midi, dont une qui se mettra en branle du Monument à sir George-Étienne Cartier, au pied du mont Royal.

À Québec, la marche partira de la place d’Youville et à Sherbrooke, du parc Jacques-Cartier.

Avec le récent rapport du GIEC [Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat], on sent une grosse écoanxiété chez les étudiants.

Luca Salas, porte-parole de la Coalition étudiante pour un virage environnemental et social (CEVES)

Après avoir lui aussi marqué une pause durant la pandémie, le mouvement étudiant reprend vie et ses actions devraient « s’intensifier » dans les prochains mois.

« Avec la manif, on voit une sorte d’engouement, on espère que ça va amener une sorte de remotivation à se mobiliser », confie le jeune homme de 21 ans, étudiant à l’Université du Québec à Montréal.

Carboneutralité pour 2030

Le mouvement étudiant réclame l’atteinte de la carboneutralité en 2030 au Canada, expliquant que la cible de 2050 adoptée par le gouvernement fédéral n’a que 50 % de chances de limiter la hausse de la température de la planète à 1,5 °C.

« Les jeunes ne sont pas prêts à jouer pile ou face sur un avenir viable », disent la CEVES, le mouvement Pour le futur Montréal et le collectif autochtone Mashk Assi, qui organisent les manifestations de vendredi.

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Greta Thunberg lors de son discours du 27 septembre 2019 à Montréal

Pour atteindre cet objectif ambitieux, le mouvement propose une multitude d’idées, dont « l’arrêt immédiat de toute activité d’exploitation et d’exportation de combustible fossile » et l’accompagnement financier et professionnel des gens travaillant dans cette industrie.

Il propose aussi la « décroissance choisie de l’économie [pour] atteindre un état d’équilibre entre les limites planétaires et nos besoins socio-économiques ».

Le mouvement milite également pour la justice sociale, reconnaissant que la crise climatique ne touche pas tout le monde de la même manière.

Soulagé par les élections

Le résultat des élections fédérales de lundi a quelque peu soulagé le mouvement étudiant.

« Nos messages et nos revendications vont sans doute passer un petit peu mieux », lance Luca Salas, estimant toutefois que les propositions des partis sont insuffisantes pour contrer la crise climatique.

Le premier ministre Justin Trudeau, qui avait marché dans les rues de Montréal en septembre 2019, avait-il entendu le message ? « Peut-être pas assez, dit Luca Salas. On est sûrs qu’il peut nous écouter encore un petit peu plus. »

Le nombre d’étudiants et d’étudiantes qui seront en grève vendredi pourrait encore augmenter, puisque d’autres assemblées générales sur le sujet sont prévues mercredi et jeudi, notamment celle de l’Association générale étudiante du collège Bois-de-Boulogne.

Il faut aussi ajouter les près de 9000 autres qui ont obtenu une levée de cours.

La comédienne Sara Montpetit marchera vendredi

La jeune comédienne Sara Montpetit, qui incarne Maria Chapdelaine au cinéma, marchera dans les rues de Montréal, vendredi, deux jours après la grande première montréalaise du film.

Celle qui avait commencé à manifester chaque vendredi, à l’hiver 2019, avec d’autres élèves du secondaire, termine maintenant son cégep.

Si elle a délaissé l’organisation de ce type d’évènement, qui générait « énormément de pression, de stress », elle n’a pas renoncé à ses idéaux.

« Je vais aller marcher vendredi, évidemment, parce que je trouve que c’est toujours très important de marcher », a-t-elle déclaré dans un entretien avec La Presse.

PHOTO FRANÇOIS ROY, ARCHIVES LA PRESSE

Sara Montpetit lors d’une manifestation en février 2019

« Mais je pense qu’on doit aller plus loin dans nos méthodes d’action », ajoute la jeune femme, se montrant insatisfaite de l’action des dirigeants depuis la manifestation monstre de septembre 2019.

« Legault nous a félicités, Trudeau a marché avec nous… », dit-elle, sans compléter sa phrase.

La pandémie a pourtant montré la capacité d’action de la société pour faire face à une crise, relève-t-elle.

« On a vu avec la COVID à quel point on peut agir rapidement et radicalement. Qu’est-ce qui se passe en ce moment ? Pourquoi on n’agit pas rapidement et radicalement [pour le climat] ? »

Sara Montpetit espère voir des gens de tous les âges dans les rues, vendredi.

« C’est le temps de s’interrelier entre générations, dit-elle. C’est aussi à nos parents de venir défendre notre vie. »