Les coupes forestières que Québec avait ordonnées le long de la rivière Péribonka, au Saguenay–Lac-Saint-Jean, sont annulées et une aire protégée « dûment inscrite au registre » sera finalement créée.

Jean-Thomas Léveillé
Jean-Thomas Léveillé La Presse

« Il n’y aura pas de coupe tant que le territoire de l’aire protégée ne sera pas présenté », a déclaré le ministre de l’Environnement et de la Lutte contre les Changements climatiques, Benoit Charette, dans un entretien avec La Presse.

« On pense pouvoir avoir un projet de carte dans les prochaines semaines », a-t-il ajouté, précisant que ce sera une proposition conjointe avec le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs du Québec (MFFP) « pour éviter les allers-retours d’un ministère à l’autre ».

La protection de la Péribonka fait l’objet de discussions depuis près de 20 ans, dans la région ; la plus récente version du projet d’aire protégée couvre 246 km2 de part et d’autre de la rivière, mais ce n’est pas forcément celle qui sera concrétisée, explique le ministre Charette.

Les discussions entre les différents ministères et les acteurs du milieu devront aussi permettre de déterminer le type d’aire protégée qui sera créé, mais le ministre assure qu’il s’agira d’une aire permettant les activités récréotouristiques.

On ne veut pas mettre de cloche de verre sur ce secteur-là.

Benoit Charette, ministre de l’Environnement et de la Lutte contre les Changements climatiques

Le projet d’aire protégée de la rivière Péribonka fait partie des 83 projets appuyés par le ministère de l’Environnement qui ont été mis de côté par Québec en décembre 2020, en raison de l’opposition du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP).

Il était minuit moins une, puisque les autorisations de coupe avaient déjà été délivrées à deux entreprises forestières, mais elles n’avaient pas encore commencé le travail, a reconnu le ministre Charette.

Décision saluée

Les organisations qui militent pour la protection de la rivière Péribonka ont salué l’annonce de Québec.

« Enfin, le bon sens prend le dessus dans cette décision, la région est doublement gagnante, car un joyau sera préservé », s’est réjouie Thérèse Gagnon, porte-parole du Comité de sauvegarde de la rivière Péribonka.

PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE

Thérèse Gagnon, membre du Comité de sauvegarde de la rivière Péribonka.

Nature Québec estime que c’est la mobilisation citoyenne dans ce dossier qui a convaincu le gouvernement d’annuler ces coupes forestières « injustifiées » dans le couloir visuel de la rivière Péribonka, a déclaré sa directrice générale, Alice-Anne Simard.

« Le gouvernement du Québec a entendu le grand cri du cœur pour la Péribonka », croit également le biologiste Alain Branchaud, directeur général de la Société pour la nature et les parcs (SNAP Québec), évoquant une « victoire de la raison ».

La SNAP Québec exhorte le gouvernement Legault à « présenter une feuille de route menant à la reconnaissance comme aire protégée [de] l’ensemble des 83 sites candidats et non retenus dans les annonces de décembre 2020 ».

Finies, les tensions ?

Ce renversement de situation est-il le signe que s’atténue l’obstruction du ministère des Forêts à la création d’aires protégées dans le sud du Québec et que s’amenuisent les tensions avec le ministère de l’Environnement ?

« Au niveau des fonctionnaires, c’est bien possible qu’il y ait des frustrations, mais ils doivent suivre cette ligne directrice qui est celle de trouver une façon très pragmatique [d’en arriver à des résultats] », répond Benoit Charette, qui dit ne pas avoir vécu personnellement ces tensions.

« À partir du moment où tous les ministères concernés ont l’obligation de travailler ensemble, ça donne des résultats », dit-il, déplorant que les fonctionnaires n’aient « jamais senti cette obligation » sous les gouvernements précédents.

Le travail « continue » d’ailleurs pour la création de nouvelles aires protégées dans le sud du Québec, indique le ministre, qui évoque des annonces « au cours des prochaines semaines, des prochains mois ».