Pour limiter le réchauffement de la planète à 1,5 °C, le Canada et la plupart des pays occidentaux doivent réduire dès maintenant leur production d’énergies fossiles, selon une nouvelle étude britannique. Cela ne suffira toutefois pas : l’étude mise aussi sur l’extraction du CO2 de l’air, une technologie qui pourrait ne pas être mûre à temps.

Mathieu Perreault
Mathieu Perreault La Presse

Le Canada devra laisser 83 % de ses réserves de pétrole et 81 % de ses réserves de gaz dans le sol pour que l’objectif de limiter le réchauffement à 1,5 °C (par rapport à l’ère préindustrielle, soit 0,3 °C de plus qu’en 2020) de l’accord de Paris soit respecté, selon les chercheurs du Collège universitaire de Londres (UCL), qui ont publié leur étude mercredi dans la revue Nature.

C’est une proportion beaucoup plus élevée que la moyenne mondiale (respectivement de 58 % pour le pétrole et de 50 % pour le gaz) ou que celle des États-Unis, qui pourront ne laisser que 31 % de leur pétrole et 50 % de leur gaz dans le sol. « Les hydrocarbures canadiens ont une grande intensité en carbone [il faut émettre beaucoup de CO2 pour produire un baril de pétrole] », a expliqué Dan Welsby, l’un des auteurs de l’étude, en téléconférence mardi.

« Si la production continue, il faudra de plus importantes réductions des émissions de gaz à effet de serre ailleurs, pour respecter les objectifs nationaux. » L’étude note aussi que le Canada, comme le Venezuela et plusieurs pays du Moyen-Orient, exagère probablement ses réserves à des fins politiques.

Que pensent les auteurs du débat opposant ceux qui avancent que si le Canada produit moins de pétrole, d’autres pays prendront sa place sur le marché, et ceux qui pensent qu’une diminution de la production au Canada accélérera la fin du pétrole ? « Nous avons le même débat au Royaume-Uni [...], a dit James Price, un autre coauteur. Je pense que nos pays peuvent être des leaders dans la transition énergétique, montrer à d’autres pays qu’il est possible de diminuer notre production. » M. Price donne l’exemple du Costa Rica, qui depuis 20 ans interdit l’exploration pétrolière.

Capturer le carbone

Les auteurs de l’étude préviennent que le déclin de l’énergie pétrolière devra être encore plus rapide, si la technologie de captation du CO2 de l’air ne se concrétise pas avant 2050. Cette technologie vise pour le moment à produire du carburant, mais pourrait être utilisée pour transformer ce gaz à effet de serre en roche inerte. Ils présument que 4,4 gigatonnes de CO2 devront être retirées de l’atmosphère chaque année à partir de 2050. En 2020, les émissions humaines étaient de 31,5 gigatonnes de CO2.

Ailleurs dans le monde

La transition ne sera pas égale pour tout le monde : en Afrique et au Moyen-Orient, par exemple, la production de gaz naturel augmentera jusqu’en 2030, selon la modélisation de Nature. « Le coût de production au Moyen-Orient est très bas, ce qui devrait permettre de déplacer des zones de production plus coûteuses, a dit M. Welsby. En Afrique, la production de gaz augmentera pour soutenir le marché intérieur, avec une demande stimulée par le remplacement des centrales au charbon, plus polluantes. »

Les pays du Moyen-Orient vont-ils réellement limiter leur production ? « Bien des pays de la région ont des plans de diversification de leur économie, a dit M. Welsby. S’ils ne le font pas, ils vont connaître une transition abrupte quand il n’y aura plus de demande pour les hydrocarbures, quand les énergies renouvelables seront partout moins chères. »

En chiffre

81 % de l’énergie utilisée par l’humanité en 2020 provenait des énergies fossiles

Source : Nature