Quatre stations de métro et centres de transport de Montréal seront dotés d’un toit vert au cours des prochains mois. Ils s’ajouteront aux 10 autres bâtiments de la Société de transport de Montréal (STM) ayant déjà un toit végétal, qui sert notamment à réduire les îlots de chaleur urbains.

Alice Girard-Bossé
Alice Girard-Bossé La Presse

Jusqu’à maintenant, les stations de métro Champ-de-Mars, Vendôme, Place-d’Armes, Angrignon et Université-de-Montréal sont munies d’un toit vert, tout comme les centres de transport Legendre, Anjou, St-Laurent, Stinson et le Complexe Crémazie.

Au cours des prochains mois, la station Mont-Royal, le garage Côte-Vertu, le Centre de transport Bellechasse et le centre d’attachement Nord-Ouest, boulevard Décarie, s’ajouteront à la liste. À plus long terme, les cinq stations du prolongement de la ligne bleue seront également dotées d’une toiture verte.

« La STM a un programme environnemental très poussé. Elle a certainement contribué à l’essor des toits verts. Presque tous ses nouveaux projets en ont », affirme Kimberly McCormick, membre de l’équipe de direction chez Toits Vertige, entreprise montréalaise qui a conçu la majorité des toits verts de la STM.

Les toits verts ont la cote depuis quelques années, mais la pandémie a accéléré cet engouement. Ils s’imposent aujourd’hui comme un ajout écologique et design aux infrastructures.

Réduire les îlots de chaleur

« Les bénéfices environnementaux des toits verts sont multiples, notamment avec la diminution de l’impact des îlots de chaleur en milieu urbain, mais ils permettent également une meilleure acceptabilité sociale des projets en étant traités comme une cinquième façade », indique Amélie Régis, conseillère corporative en affaires publiques pour la STM.

En effet, chaque mètre carré de plantes capture 250 g de poussières, ce qui permet une diminution importante du smog en milieu urbain.

La poussière reste prise dans les plantes et descend dans la terre.

Xavier Laplace, fondateur de Toits Vertige

Le toit vert possède un albédo plus élevé que celui d’une toiture traditionnelle, ce qui signifie qu’il réfléchit davantage les rayons du soleil au lieu de les absorber.

Grâce à l’albédo élevé du toit vert, les besoins en climatisation pendant la saison estivale peuvent être réduits d’environ 10 %. La température à l’intérieur du bâtiment peut être abaissée de 3 à 7 °C. La toiture verte permet la réduction des îlots de chaleur en milieu urbain. En hiver, le toit vert permet également une réduction des pertes de chaleur par le toit de 26 %.

Un filtre naturel

Le toit vert agit comme un filtre naturel, en traitant les eaux de pluie. « La végétation absorbe 75 % des eaux de pluie, ce qui réduit le débit et le volume total d’eau envoyé à l’égout », explique Mélodie Desmarais, estimatrice pour Toits Vertige, diplômée en technologie de l’architecture et experte en bâtiments écologiques et construction durable.

PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

Xavier Laplace, fondateur de Toits Vertige, Kimberly McCormick, de l’équipe de direction, et Mélodie Desmarais, estimatrice et experte en bâtiments écologiques et construction durable

La végétation permet aussi une isolation acoustique. Un substrat de 12 cm atténue les bruits à l’intérieur de 40 dB. « Les basses fréquences sont bloquées par le substrat et les hautes fréquences sont bloquées par les végétaux », explique Mme Desmarais.

De nombreux défis et beaucoup d’amour

Avant d’envisager un toit vert, les concepteurs doivent tenir compte de la capacité portante de l’immeuble, du type de membrane d’étanchéité, de l’accessibilité de l’équipement mécanique, du niveau d’entretien et de l’accès à l’eau.

Sans oublier l’accès au chantier de construction sur la toiture qui est souvent limité. « Quand on a fait l’agrandissement du toit du Centre de transport Legendre, qui était sur trois niveaux, certaines sections n’étaient pas accessibles avec la grue, alors il a fallu apporter tout le matériel avec des brouettes », se rappelle Mme Desmarais.

Lorsque l’accessibilité est très restreinte, des solutions simplifiées s’offrent à eux.

Pour le Centre de transport Stinson, on a opté pour un système de cassette, alors le toit vert était déjà dans des bacs que l’on déposait directement sur le toit, ce qui est plus simple, parce qu’on n’a pas à apporter les membranes, la terre et les plantes séparément.

Xavier Laplace, fondateur de Toits Vertige

Le Centre de transport Stinson, un garage d’​autobus dans l’arrondissement de Saint-Laurent, est l’établissement qui a le plus grand toit vert de la STM. La toiture est pourvue d’un couvert végétal sur environ 25 % de sa surface, soit 8000 m2. C’est l’équivalent d’un terrain de football et demi. Le reste de la toiture est couvert de matériel réfléchissant.

Les spécialistes rappellent qu’une toiture verte est un produit haut de gamme. « C’est le double du prix, donc ce n’est pas à la portée de tous », précise Mme McCormick. Le prix, joint aux nombreuses contraintes mécaniques, explique pourquoi le toit vert est souvent utilisé pour des bâtiments publics.

Enfin, un toit végétal demande un entretien régulier. « Un toit vert, c’est comme un jardin au sol. Il faut l’entretenir et lui donner autant d’amour », résume Mme McCormick.