Malgré un projet d’aire protégée planant dans l’air depuis des années, des coupes forestières seront amorcées sur le territoire de la rivière Péribonka cet été. Un geste « scandaleux » selon des défenseurs de l’environnement, qui accusent le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs de s’ingérer à nouveau dans la protection du territoire.

Coralie Laplante
Coralie Laplante La Presse

Ève Tremblay, porte-parole du Comité de sauvegarde de la rivière Péribonka, est visiblement outrée.

« Le ministère [des Forêts], en faisant ce projet de coupe là, c’est une claque dans la face aux citoyens du Québec. C’est un message qu’il lance aux personnes qui veulent protéger le territoire », déclare-t-elle, en entrevue avec La Presse.

C’est la Scierie Girard qui l’a contactée pour lui dire que le ministère des Forêts lui avait accordé un permis pour amorcer des coupes dès le mois d’août dans le secteur de la baie des Gardes. Le directeur général de l’entreprise, Jean-Pierre Girard, a confirmé l’information à La Presse, en disant que ce sont les ravages de la tordeuse des bourgeons de l’épinette qui justifient les coupes.

« L’objectif est très clair, c’est de nuire à l’aire protégée », croit Mme Tremblay. La région de la rivière Péribonka, située au Lac-Saint-Jean, faisait partie des 83 projets d’aires protégées du sud de la province défendus par le ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, qui sont actuellement sur la glace.

Trois espèces menacées d’extinction se trouvent dans la région, soit le caribou forestier, le pygargue à tête blanche et le campagnol des rochers, explique Ève Tremblay.

Préoccupé par la situation, le Comité de sauvegarde de la rivière Péribonka avait acheminé deux lettres au premier ministre François Legault concernant la mise en place de l’aire protégée de la rivière Péribonka.

« La rivière Péribonka fait partie de nos joyaux naturels que nous devons préserver. Tout projet de développement dans ce secteur se fera en respectant ce principe », a répondu François Legault à l’organisation en mai dernier.

La tordeuse des bourgeons de l’épinette mise en cause

Pour le directeur général de Scierie Girard, les coupes de bois sont plutôt justifiées. « Ce coin-là est affecté par la tordeuse des bourgeons de l’épinette, une épidémie sévère », a plaidé Jean-Pierre Girard. L’homme dit avoir reçu un permis de la part du ministère des Forêts depuis un mois.

« J’ai obtenu un permis, mais c’est le Ministère qui donne les secteurs d’opération », renchérit-il. M. Girard croit que des « terrains d’entente » pourraient être trouvés entre les différentes parties.

Ève Tremblay voit plutôt la tordeuse des bourgeons de l’épinette comme un « prétexte ». « La tordeuse dans ce secteur-là n’est pas plus importante que dans toute la région », considère-t-elle.

« C’est déplorable »

Il a été dévoilé par La Presse que le ministère des Forêts avait fait obstacle à la création d’aires protégées dans le sud du Québec. Pour Alain Branchaud, biologiste et directeur général de la Société pour la nature et les parcs du Canada (SNAP), le même scénario se produit aujourd’hui.

« Encore une fois, le Ministère vient nager à contre-courant de la volonté gouvernementale », affirme-t-il, en qualifiant le projet de coupes de « scandaleux ».

« C’est un secteur reconnu comme une forêt d’importance depuis 2011 », déplore-t-il, en soulignant que la présence du caribou forestier « devrait être un déclencheur automatique d’[arrêt des] coupes ».

« C’est déplorable avec tout ce qu’on voit en termes de crise climatique […] de voir un ministère qui s’obstine à vouloir aller chercher toute la possibilité forestière », renchérit M. Branchaud. La possibilité forestière correspond à la quantité de bois récolté qui peut être prélevée sur le territoire annuellement.

Le porte-parole du Parti québécois en matière d’environnement et de lutte contre les changements climatiques, Sylvain Gaudreault, déplore qu’une telle mesure soit mise en place alors que le projet d’aire protégée bénéficie d’une bonne acceptabilité sociale.

« Puis là, on apprend [ça] en plein été. C’est l’autre côté que je trouve complètement inacceptable, alors que l’Assemblée nationale ne siège pas, on ne peut pas poser de questions en Chambre, quand les gens sont en vacances. […] Et là, le ministre donne finalement son accord pour faire des coupes forestières dans une aire protégée qui fait l’unanimité », lance-t-il.

Au moment de publier, le ministère des Forêts n’avait pas donné suite à la demande d’information de La Presse.

Avec Jean-Thomas Léveillé, La Presse