Tous les véhicules légers neufs vendus au Canada à partir de 2035 devront être des véhicules zéro émission (VZE), a annoncé le ministre fédéral des Transports, Omar Alghabra, mardi.

Jean-Thomas Léveillé
Jean-Thomas Léveillé La Presse

Dans 14 ans, les voitures ou camions légers à passagers neufs alimentés par un moteur à combustion ne pourront donc plus être vendus au pays.

Ottawa devance ainsi de cinq ans son objectif initialement fixé pour 2040, qui était par ailleurs une cible volontaire plutôt que contraignante.

Il s’aligne par le fait même sur Québec, qui a annoncé l’automne dernier la fin des ventes de véhicules légers carburant à l’essence ou au diesel pour 2035.

Des cibles intermédiaires pour 2025 et 2030 seront aussi établies pour que les ventes de véhicules neufs à moteur à combustion diminuent progressivement avant leur interdiction.

Ottawa consultera à ce chapitre ses « partenaires », particulièrement les États-Unis, avec qui il souhaite « harmoniser » sa réglementation.

Objectif carboneutralité

L’interdiction des ventes de véhicules neufs à essence et au diesel contribuera à l’atteinte de la carboneutralité par le Canada d’ici 2050, estime le ministre de l’Environnement et du Changement climatique, Jonathan Wilkinson.

Le secteur des transports représente le quart des émissions de gaz à effet de serre (GES) du Canada.

Non seulement ce geste est-il bon pour l’environnement, mais encore il est « essentiel de le faire pour la prospérité économique de notre pays », a déclaré le ministre Wilkinson, précisant qu’il s’accompagnerait d’investissements « significatifs » dans les infrastructures de recharge et d’« emplois durables ».

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Jonathan Wilkinson, ministre de l’Environnement et du Changement climatique

Ottawa entend aussi conclure des partenariats avec des constructeurs automobiles pour « les aider à moderniser leur équipement et à fabriquer des véhicules zéro émission ici même, au Canada ».

La subvention fédérale de 5000 $ à l’achat d’un VZE restera offerte aux consommateurs dans un avenir prévisible, même si le « différentiel de prix » avec les véhicules à combustion tend à diminuer, a pour sa part affirmé le ministre du Patrimoine canadien, Steven Guilbeault, qui participait également à l’annonce.

« Il viendra un moment où cet incitatif n’aura plus sa raison d’être, mais [ce n’est pas encore le cas] », a-t-il indiqué.

« Feuille de route » indéterminée

L’obligation pour les constructeurs automobiles de ne vendre que des VZE passera par des modifications réglementaires, et ne nécessite donc pas l’adoption d’un projet de loi spécifique, a expliqué le ministre Guilbeault.

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Steven Guilbeault, ministre du Patrimoine canadien, lors de l’annonce, mardi

« On a déjà pas mal tous les outils législatifs pour aller de l’avant [dans les prochains] mois », a-t-il dit, précisant que le gouvernement n’avait toutefois pas encore décidé par quel « mécanisme » il passerait pour atteindre son objectif.

L’organisation Équiterre, cofondée par le ministre Guilbeault lorsqu’il militait pour l’environnement, salue l’annonce d’Ottawa, mais regrette cette absence de « feuille de route » et souligne que les solutions existent déjà ailleurs.

« Une norme VZE nationale pour accroître l’offre de véhicules propres, un système de redevance-remise pour décourager l’achat de véhicules énergivores et une révision des normes d’émissions de GES des véhicules légers sont autant de pistes d’action fortes qui accéléreront la décarbonisation des transports au Canada », a déclaré dans un communiqué Andréanne Brazeau, analyste en mobilité chez Équiterre.

« Le Québec et la Californie se sont dotés d’outils réglementaires structurants depuis plusieurs années pour atteindre leurs cibles, a-t-elle ajouté. Nous attendons donc du gouvernement fédéral qu’il fasse de même au cours des prochains mois. »