Des tomates, des concombres, des aubergines, des poivrons, des piments et des dizaines d’autres types de légumes poussent non pas dans un potager, mais en pleine rue, dans le quartier Centre-Sud, à Montréal. Un jardin collectif pas comme les autres qui entreprend sa deuxième saison dans une version améliorée.

Éric-Pierre Champagne
Éric-Pierre Champagne La Presse

Si les Montréalais ont l’habitude de voir des tronçons de rue fermés pour accueillir un évènement temporaire, la vue d’un potager urbain en pleine rue est pour le moins inhabituelle. La rue Dufresne, entre les rues de Rouen et Larivière, dans l’arrondissement de Ville-Marie, offre donc un spectacle inusité avec ses quelque 140 aménagements abritant des dizaines de types de légumes différents.

Le projet, piloté par le Carrefour alimentaire Centre-Sud, entreprend sa deuxième saison, fort du succès de l’été 2020 où plus de 500 kg de légumes ont été produits et distribués gratuitement à la communauté.

La Promenade des saveurs serait la plus grande rue piétonne comestible au Canada, estiment ses organisateurs.

« Un potager urbain dans la rue, je trouve que c’est un symbole fort, lance Sylvie Chamberland, codirectrice générale du Carrefour alimentaire Centre-Sud. L’objectif, c’est justement d’intégrer l’agriculture urbaine dans l’urbanisme. »

Mais impossible d’y arriver sans l’appui de la Ville, cependant. L’arrondissement de Ville-Marie s’est montré enthousiaste, explique Mme Chamberland, qui reconnaît que le projet n’aurait pu se réaliser sans l’appui des autorités.

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Il faut compter presque un mois pour installer le mobilier urbain, et les 146 contenants en géotextile de type Smart Pot qui sont ensuite remplis de terre et de compost.

Face au succès de la première année, on a donc remis ça en 2021. La rue Dufresne a de nouveau été fermée à la circulation entre les rues de Rouen et Larivière, à partir du 17 mai. Il faut compter presque un mois cependant pour installer le mobilier urbain, et les 146 contenants en géotextile de type Smart Pot qui sont ensuite remplis de terre et de compost. Un système d’irrigation goutte à goutte est aussi connecté à chacun des 146 contenants de 1,25 mètre carré. Bref, ce n’est qu’à la mi-juin que les plants ont été mis en terre.

« Nous avons demandé à l’arrondissement de Ville-Marie d’envisager la possibilité de laisser la rue [le tronçon] fermée toute l’année », signale Sylvie Chamberland. Cela permettrait notamment de laisser les installations sur place à l’automne et de planter plus tôt le printemps suivant.

Réduire la facture d’épicerie

Cette année, une soixantaine de légumes et de fines herbes ont été plantés, dont quelques nouveautés : des patates douces, du gingembre et des épinards de Malabar, une demande du public de la Promenade des saveurs, explique Émilie Klein, qui est la coordonnatrice du projet.

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Émilie Klein, coordonnatrice agriculture urbaine, et Sylvie Chamberland, codirectrice générale du Carrefour alimentaire Centre-Sud

Car le potager est d’abord et avant tout fréquenté par les résidants du quartier, souligne la jeune femme, qui habite elle-même à quelques minutes de marche de son lieu de travail.

Les gens viennent ici pour briser l’isolement et aussi pour réduire leur facture d’épicerie. L’an passé, 70 % des gens nous ont dit que le potager avait fait une différence sur leur facture d’épicerie.

Émilie Klein, coordonnatrice du projet

Des ateliers sont organisés trois fois par semaine où plus d’une trentaine de participants viennent donner un coup de main à l’entretien du potager. Si une partie des légumes est distribuée lors des activités organisées par le Carrefour alimentaire Centre-Sud, la grande majorité est récoltée par la communauté qui passe par la rue Dufresne. Les résidants prennent généralement ce dont ils ont besoin, pas plus. Et le public semble apprécier l’initiative. « Ça arrive à l’occasion que quelqu’un passe en vélo et me lance un merci ! », signale Émilie Klein.

Le projet cadre parfaitement avec la mission de l’organisme, qui vise à améliorer l’accès à une alimentation saine pour tous.

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Le potager est d’abord et avant tout fréquenté par les résidants du quartier.

Sylvie Chamberland rappelle d’ailleurs que dans le Centre-Sud, les hommes vivant seuls représentent presque la moitié de la population. Un potager urbain comme celui de la rue Dufresne permet à la population d’avoir accès à des légumes frais et à plusieurs variétés.

Que souhaite Sylvie Chamberland pour l’avenir ? Produire des légumes l’hiver, obtenir plus d’espace et, surtout, que l’initiative soit répétée un peu partout à Montréal. « J’aimerais que ça soit un modèle pour l’agriculture urbaine et que chaque quartier puisse bénéficier d’un espace semblable. » Des arrondissements ont déjà montré de l’intérêt.

Qui sait, d’autres potagers pourraient bien apparaître dans de nouvelles rues de Montréal...

L’agriculture urbaine de plus en plus populaire

Si l’agriculture urbaine était pratiquement inexistante il y a quelques années, elle gagne de plus en plus en popularité. À Montréal, les projets se multiplient, à l’initiative de citoyens ou de divers organismes. Il suffit d’ailleurs de jeter un œil sur la carte du site Cultive ta ville pour constater l’ampleur du phénomène, particulièrement dans les quartiers centraux.

Consultez la carte de Cultive ta ville