Il n’y aura plus d’exploitation minière ou de coupes forestières sur la quasi-totalité de l’île d’Anticosti et les forêts anciennes du secteur du Lac-à-Moïse, au nord de Québec, seront également protégées contre toute activité industrielle.

Pierre Saint-Arnaud La Presse Canadienne

Ces deux secteurs serviront ainsi de projets pilotes pour la nouvelle désignation d’« aires protégées d’utilisation durable » créée par le projet de loi 46 qui a été adopté à l’unanimité par l’Assemblée nationale en février dernier.

Le ministre de l’Environnement, Benoit Charette, a rappelé lors de l’annonce de ces projets pilotes, mardi, que seulement 30 % des 8000 kilomètres carrés d’Anticosti sont protégés. Le projet pilote ajoute 5000 kilomètres carrés, ce qui porte à plus de 90 % la protection de ce territoire qui cherche à obtenir le statut de patrimoine mondial de l’UNESCO.

Le maire d’Anticosti, John Pinault, a parlé d’un « grand jour » et s’est réjoui de la nature du statut, qui permet d’agir sur le territoire.

« On peut faire du développement et on peut le faire d’une façon rationnelle et durable dans le temps. On peut faire une foresterie de restauration qui va aider les pourvoyeurs ici et aider à retrouver une plus grande biodiversité », a-t-il dit.

La désignation d’aire protégée d’utilisation durable interdit l’activité industrielle, mais permet une certaine utilisation, notamment à des fins récréotouristiques.

« Dès la mise en réserve, les principales activités de nature industrielle seront interdites sur les sites choisis, notamment les activités commerciales d’aménagement forestier, d’exploitation minière et de production d’énergie », a précisé M. Charette.

Territoire huron ancestral

L’annonce avait lieu dans la communauté huronne de Wendake, près de Québec, afin de souligner la participation de la communauté autochtone à l’autre projet pilote, au Lac-à-Moïse celui-là. Dans ce cas, il s’agit d’un territoire de 750 kilomètres carrés au nord de la Vieille Capitale, dont près de la moitié sera considérée comme aire protégée sans exploitation possible. Ce secteur est constitué de forêts anciennes et de forêts vierges qui seront mises à l’abri de l’exploitation forestière pour de bon.

Le grand chef de la nation huronne-wendat, Rémy Vincent, s’est réjoui de cette initiative, faisant valoir qu’il s’agissait là d’une occasion unique de se réapproprier un territoire.

« Ce territoire est fréquenté par la nation depuis des millénaires. De nombreuses preuves d’occupation y ont été découvertes, dont de magnifiques peinture rupestres. Le statut d’aire protégée à utilisation durable permettra de conserver un patrimoine culturel, historique et identitaire particulièrement cher à notre nation », a dit le grand chef Vincent.

Le ministre Charette a insisté sur le fait que ces deux territoires sont situés au sud du 49e parallèle alors qu’un bras de fer se déroule entre son ministère et celui des Forêts, qui cherche à préserver la possibilité forestière pour l’industrie dans le sud du Québec. Le quotidien La Presse a récemment fait état des échanges musclés entre les deux ministères, celui des Forêts faisant obstruction à la protection de territoires dans le sud du Québec.

Les ministres de l’Énergie et des Ressources naturelles, Jonatan Julien, et responsable des Affaires autochtones, Ian Lafrenière, participaient à l’annonce, alors que le ministre des Forêts, Pierre Dufour, brillait par son absence. M. Charette s’est défendu de rencontrer de l’opposition de ce dernier dans sa démarche pour protéger le patrimoine naturel au sud du 49e parallèle et a justifié son absence par « des raisons sanitaires ».