(Québec) Trois conseils innus s’opposent à GNL Québec, ce projet d’usine de liquéfaction de gaz naturel prévu à Saguenay.

Patrice Bergeron La Presse Canadienne

Les conseils des Premières Nations de Mashteuiatsh, au Lac-Saint-Jean, et d’Essipit et Pessamit, sur la Côte-Nord, ont fait connaître leur position mercredi après-midi.

Rappelons que le vaste chantier de GNL Québec prévoit l’érection d’un terminal de gaz naturel liquéfié (GNL) sur les bords du Saguenay, pour acheminer le gaz par bateau pour l’exportation. Il est assorti de la construction d’un gazoduc de 750 km transportant du gaz naturel de l’Ouest, à partir de l’Ontario, pour alimenter l’usine.

Les Premières Nations avaient pourtant déjà signé une entente de collaboration avec GNL Québec, prévoyant un « engagement de consultation de la part du promoteur sur la base des droits ancestraux, du titre ancestral et des intérêts des Premières Nations ».

Mais dans leur message publié par l’entremise de Facebook, les autorités innues font valoir que le rapport du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) sur le projet a confirmé leurs appréhensions.

Ce rapport étoffé publié en mars concluait que les risques associés à ce projet de 10 milliards surpassaient largement ses avantages.

Selon les conseils innus, les enjeux entourant les mammifères marins et une réelle transition énergétique demeurent « empreints d’incertitudes ».

Les représentants des Innus affirment que leurs inquiétudes sont accrues, notamment concernant « le fjord du Saguenay et le béluga qui font partie intégrante du patrimoine culturel, la contribution du projet à la réduction des gaz à effet de serre dans un contexte de changements climatiques et l’acceptabilité sociale ».

En outre, les trois conseils innus rappellent un des constats du BAPE selon lequel il n’existe aucun moyen de s’assurer que le gaz naturel liquéfié produit servirait effectivement de substitut à des combustibles plus polluants dans les marchés d’exportation visés.

« Cet avis est venu anéantir le seul aspect qui suscitait une perception positive du projet au départ, soit le scénario de substitution », peut-on lire.

Enfin, ils soutiennent que le lieu d’implantation visé de ce complexe industriel, soit le site de Port Saguenay, « se situe sur un territoire où ces Premières Nations innues détiennent des droits ancestraux et un titre ancestral ».

« Ce projet porte préjudice aux futures générations et est nettement incohérent avec une saine vision d’avenir ainsi qu’avec les défis globaux et sociétaux des prochaines décennies », concluent-ils.

Le gouvernement a transmis au promoteur du projet une série de questions, à la suite d’un rapport du BAPE.

Les questions transmises au promoteur devraient être rendues publiques d’ici à quelques semaines. Les réponses fournies seront également rendues publiques.

D’ici à la fin de l’été, le gouvernement décidera ensuite s’il autorise ou non le projet.

Lors de la parution du rapport du BAPE, le ministre de l’Environnement, Benoit Charette, avait laissé entendre que l’entreprise n’avait pas réussi à répondre à trois conditions définies par le gouvernement : elle n’a pas réussi à démontrer que l’opinion publique était favorable, que le projet servirait à réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) dans le monde et qu’il permettrait d’accélérer la transition vers des énergies propres.

Aucune consultation du BAPE n’a enregistré une participation aussi forte : 2500 mémoires ont été déposés et 91 % d’entre eux étaient contre.

Sur le cycle complet du projet, de l’extraction du gaz à sa liquéfaction au Saguenay, le projet émettrait près de 7,8 millions de tonnes de CO2 par an.

Le BAPE signale que pendant la période de construction, qui s’échelonnerait sur quatre ans, le projet Énergie Saguenay devrait générer 6000 emplois directs et indirects, de même que 1350 emplois directs et indirects en période d’exploitation.