En environnement, les mauvaises nouvelles se succèdent à un rythme si affolant qu’il est normal d’être désabusé.

Paul Journet Paul Journet
La Presse

Mais le sommet aux États-Unis jette une fragile lueur d’espoir.

Si rien ne change, l’humanité se dirige vers un mur. La trajectoire actuelle nous mène vers un réchauffement de 3 à 4 °C d’ici la fin du siècle. La planète deviendrait méconnaissable.

Pour l’instant, l’accord de Paris ne fonctionne pas.

Ce n’est pas une surprise, car après tout, ses cibles étaient insuffisantes et non contraignantes. Il reposait sur la bonne volonté des pays.

À son adoption, en décembre 2015, une clause visait toutefois à leur mettre de la pression. Elle demandait à chacun de renforcer tous les cinq ans ses objectifs de réduction d’émissions de gaz à effet de serre (GES).

À cause de la pandémie, l’échéancier a été reporté. C’est en novembre prochain que seront dévoilées les nouvelles cibles, lors d’une conférence onusienne en Écosse (la COP26).

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Usine de traitement du charbon à proximité de la mine de Ramaco, en Virginie-Occidentale

C’est devenu un cliché de dire que les négociations sont « celles de la dernière chance », mais cela n’en demeure pas moins vrai. Le temps commence bel et bien à manquer pour éviter le pire de la crise climatique.

La tension à la COP26 s’annonçait énorme. En quelques jours, tout aurait pu déraper.

C’est dans ce contexte que s’inscrit le sommet organisé par Joe Biden. Il prépare le terrain pour freiner la spirale de l’échec.

Sous Donald Trump, les grands pollueurs ont pris note de l’inaction américaine. Si l’oncle Sam ne fait rien, on ne se forcera pas non plus, se disaient-ils. M. Biden veut renverser la tendance en créant un cercle vertueux.

Il a donc dévoilé ses cibles à l’avance : une baisse des GES de 50 % d’ici 2030 (par rapport au niveau de 2005). C’est moins que l’Union européenne, mais cela demeure une sérieuse avancée. Les autres sont incités à en faire plus.

M. Biden a même réussi à asseoir la Russie et le Brésil autour de sa table virtuelle. Les attentes sont faibles pour ces délinquants écologiques. Reste qu’au moins, ils sont au sommet. C’est déjà un début.

PHOTO JOHANNA GERON, AGENCE FRANCE-PRESSE

Le président des États-Unis, Joe Biden, lors du Sommet des dirigeants sur le climat tenu en visioconférence le 22 avril, Jour de la Terre

M. Biden essaie de rétablir l’influence américaine sur la scène internationale. Sa crédibilité ailleurs dépendra des résultats chez lui.

Pour l’instant, il étonne.

Il n’y a pas si longtemps, les écologistes se méfiaient de lui. À l’investiture démocrate, il était le centriste. Celui qui devait battre l’aile dite « radicale » pour avoir un candidat capable de défaire Donald Trump.

Or, le président se révèle sérieux en matière de climat. Comme son émissaire John Kerry, il reconnaît que la menace est « existentielle ». Et il souhaite limiter le réchauffement à 1,5 °C d’ici la fin du siècle.

Mais bien sûr, il est facile de parler…

Faudra oser le dire : ça exigera une petite révolution. Et ce, encore plus au Canada qu’aux États-Unis.

Réduire les émissions de GES est plus simple pour notre voisin. Il se chauffe encore beaucoup au charbon. Or, ce marché décline pour des raisons économiques. Même si le président ne faisait rien, les émissions de ce secteur diminueraient. Mais il agira, avec sérieux. Son plan prévoit que l’électricité serait zéro carbone d’ici 2035.

Au Canada, c’est différent, comme l’a rappelé à la CBC Andrew Leach, économiste à l’Université de l’Alberta. Notre électricité est à 83 % propre. Nos émissions viennent surtout du pétrole et du gaz, qui sont exportés ou consommés chez nous pour les transports.

De plus, les réductions aisées de GES ont pour la plupart déjà été obtenues ou sont en voie de l’être. Par exemple, une des mesures les plus efficaces depuis 20 ans a été la fermeture des centrales de charbon en Ontario en 2013, sous Dalton McGuinty. Et Justin Trudeau s’est engagé à fermer celles des autres provinces d’ici 2030.

Il faut maintenant chercher ailleurs.

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On entend parfois dire que le Canada doit protéger son industrie pétrolière et gazière parce que les autres puissances se fichent du climat. D’autant que notre pays représente moins de 2 % des émissions mondiales, disent les conservateurs.

En fait, le Canada fait moins que sa part. Par habitant, nous sommes parmi les 15 plus grands pollueurs au monde, et les troisièmes du G20, presque à égalité avec nos voisins du sud. L’étendue du territoire ou la rigueur du climat ne suffisent pas à l’excuser.

La plupart de nos partenaires commerciaux en font plus que nous.

Par exemple, l’Union européenne a des cibles plus exigeantes, et elle est en voie de les atteindre. Elle projette de réduire ses émissions de GES de 55 % d’ici 2030. Et ce, en utilisant 1990 comme année de référence, ce qui rend la promesse encore plus ambitieuse.

Le Royaume-Uni vise quant à lui une réduction de 78 % d’ici 2035 !

Cela relativise la nouvelle cible que le gouvernement Trudeau vient d’annoncer (baisse de 45 % en 2030, par rapport au niveau de 2005).

Maintenant, a-t-il un plan crédible pour l’atteindre ? J’y reviendrai demain.

Mais pour l’instant, réjouissons-nous d’une rare bonne nouvelle : grâce au président Biden, le Canada est sous pression pour en faire plus.