(Halifax) Les experts des espèces envahissantes du Canada atlantique préviennent les amateurs de poissons et les détaillants d’aquariums d’inspecter leurs aquariums après la découverte de moules zébrées dans des boules de mousse de la région.

Danielle Edwards
La Presse Canadienne

Les moules zébrées sont de minuscules créatures — 700 000 d’entre elles peuvent exister dans un mètre carré — mais elles posent de gros problèmes. Les moules, originaires des mers Noire et Caspienne du sud-est de l’Europe, causent des millions de dollars de dégâts chaque année aux centrales électriques et aux usines de traitement des eaux du monde entier.

D’après certaines informations, les moules ont été retrouvées dans des boules de mousse — des types spéciaux d’algues souvent utilisés comme décor dans les aquariums — en Nouvelle-Écosse, au Nouveau-Brunswick et à l’Île-du-Prince-Édouard, selon les conseils des espèces envahissantes de ces provinces, qui travaillent avec les gouvernements et l’industrie pour empêcher la propagation d’animaux et de plantes envahissants.

Maintenant que les moules ont été trouvées dans les Maritimes, les conseils préviennent que la prévention est essentielle pour freiner la propagation des créatures.

Bien qu’elles semblent discrètes, les moules zébrées « sont considérées comme l’une des pires espèces aquatiques envahissantes au monde », ont indiqué en mars les conseils dans un communiqué commun.

Ils soulignent qu’elles se multiplient très rapidement, endommagent des infrastructures, obstruent les tuyaux d’arrivée d’eau, mettent en danger des espèces de moules d’eau douce indigènes, modifient radicalement le fonctionnement de l’écosystème et rendent les zones de loisirs, comme les plages, inutilisables.

Presque impossibles à éradiquer

Kristen Noel, coordonnatrice de projet au Nova Scotia Invasive Species Council, qualifie les mollusques de « moules coloniales » parce qu’elles surpassent souvent les autres espèces pour la domination dans un écosystème.

« Parce qu’elles sont si petites, beaucoup de gens pensent qu’elles sont négligeables, mais elles causent beaucoup de dégâts », a-t-elle soutenu.

Les moules zébrées sont à peu près aussi grandes qu’un ongle de pouce, ce qui les rend faciles à manquer au cours de leurs premiers stades de croissance.

« Elles peuvent pénétrer dans les canalisations, endommager les bateaux, les infrastructures, les motomarines et les installations de traitement des eaux », a précisé Mme Noel.

Les conseils affirment que les moules d’eau douce ont été trouvées sur des boules de mousse à Seattle et Washington, et ont depuis été découvertes dans des cargaisons vers la Colombie-Britannique, l’Alberta et la Saskatchewan.

« Si les moules zébrées s’établissaient quelque part en Nouvelle-Écosse dans la nature, il serait presque impossible de les éradiquer », a indiqué Mme Noel.

Des « filtreurs » pouvant flotter sur l’eau

Hannah Morrison, gestionnaire de projet pour le Conseil des espèces envahissantes de l’Île-du-Prince-Édouard, a qualifié les créatures de « filtreurs » parce qu’elles extraient les particules libres de l’eau pour se nourrir. Une colonie de moules suffisamment grande peut changer la qualité de l’eau, a-t-elle ajouté.

« Vous les verrez grandir sur des choses comme les infrastructures, les plages et même des organismes plus petits », a affirmé Mme Morrison lors d’une récente entrevue. Les créatures rusées peuvent également se multiplier rapidement et survivre hors de l’eau pendant de longues périodes de temps, ce qui les rend aptes à envahir des environnements non indigènes.

Contrairement aux moules originaires du Canada atlantique, qui se propagent en s’attachant à un hôte, les larves de moules zébrées sont microscopiques et peuvent flotter librement dans l’eau, a souligné Kristin Elton, coordonnatrice de projet pour le Conseil des espèces envahissantes du Nouveau-Brunswick, dans une récente entrevue.

C’est ainsi qu’elles ont pénétré les voies navigables canadiennes dans les années 1980. Selon le ministère des Pêches, les moules sont entrées dans les Grands Lacs par les eaux de ballast rejetées par les navires et se sont depuis propagées dans une grande partie de l’est du Canada et des États-Unis.

Les gens devraient se débarrasser correctement de leurs boules de mousse en les congelant pendant 24 heures ou en les faisant bouillir pendant au moins une minute avant de les jeter à la poubelle. Les conseils ont également déclaré que les propriétaires d’aquarium devraient signaler toute suspicion de moules zébrées au ministère fédéral des Pêches.

Cet article a été produit avec l’aide financière des Bourses Facebook et La Presse Canadienne pour les nouvelles.