Devant l’accélération de l’érosion des berges du fleuve Saint-Laurent, les biologistes du Québec font appel à l’élyme des sables, une plante indigène, pour stabiliser les rives et freiner l’érosion.

Publié le 25 janv. 2021
Alice Girard-Bossé
Alice Girard-Bossé La Presse

L’érosion côtière est un phénomène naturel qui touche particulièrement les côtes des régions de la Côte-Nord, du Bas-Saint-Laurent, de la Gaspésie et des Îles-de-la-Madeleine. Grâce à son rhizome et à son puissant système racinaire, l’élyme des sables permet de retenir les sols.

« Son système racinaire fait comme un filet de pêche dans le sol, donc elle est plus difficile à arracher, et ça retient les sédiments et le sable », explique Françoise Bruaux, directrice du Comité ZIP du Sud-de-l’Estuaire, qui a comme mission de restaurer les habitats côtiers.

Surnommée « blé de mer », cette vivace est cultivée aux Jardins de Métis et est plantée sur les berges du Saint-Laurent, notamment au parc national du Bic et à Métis-sur-Mer. En plus d’être un allié important dans la lutte contre l’érosion côtière, l’élyme des sables est peu coûteux et sans entretien.

Les débuts

Les Jardins de Métis ont entamé la culture en serre de l’élyme des sables en 2011, après une grosse tempête qui a détruit une bonne partie des plages dans le secteur. « Depuis 2010, le mouvement de la mer modifie assez rapidement la zone côtière. On perd du territoire chaque année », affirme Alexander Reford, directeur des Jardins de Métis. L’érosion côtière détruit également les écosystèmes, les plages et les marais.

L’érosion côtière est fortement accentuée par le réchauffement climatique et la présence humaine. Au cours des dernières années, les changements climatiques ont engendré une montée des eaux, de grandes marées, des tempêtes plus fréquentes et une diminution des glaces l’hiver, ce qui a accentué l’érosion côtière, explique Mme Bruaux.

PHOTO FOURNIE PAR FRANÇOISE BRUAUX

Françoise Bruaux, directrice du Comité ZIP du Sud-de-l’Estuaire

Cette année, il y a aussi eu de l’érosion causée par les randonneurs qui étaient présents en très grand nombre sur les plages et dans les parcs côtiers.

Françoise Bruaux

Le piétinement dans les zones littorales détruit la couverture végétale et affaiblit la résistance à l’érosion. Les sédiments sont alors plus susceptibles d’être transportés par les vagues et le vent.

PHOTO ALI INAY, FOURNIE PAR LES JARDINS DE MÉTIS

Alexander Reford, directeur des Jardins de Métis

Une solution écologique

Pour M. Reford, planter l’élyme des sables est une méthode beaucoup plus écologique et moins coûteuse pour freiner l’érosion côtière que la construction de murs de pierres, qui est souvent la méthode privilégiée par les autorités pour protéger les routes et les infrastructures, indique-t-il. Mme Bruaux rappelle toutefois que l’élyme des sables ne peut pas être utilisé dans toutes les situations, puisqu’il n’empêche pas l’eau de monter.

Aux Jardins de Métis, l’élyme des sables est planté chaque année lors des corvées de nettoyage et de plantation, qui ont souvent lieu au mois de juin. « Des fois, on a jusqu’à 40 bénévoles aux corvées, on a une belle participation citoyenne », indique M. Reford.

PHOTO FOURNIE PAR LES JARDINS DE MÉTIS

Culture en serre de l’élyme des sables

Les Jardins de Métis produisent 35 000 plants par année, qui sont plantés notamment au parc national du Bic et à Métis-sur-Mer. « On vend aussi des plants 1 $ l’unité. Pour nous, c’est une manière d’encourager d’autres personnes à planter », dit le directeur.

L’été dernier, le Comité ZIP du Sud-de-l’Estuaire a planté 25 000 plants dans le parc du Bic et de nombreux autres à Kamouraska, à Rivière-Ouelle et à Notre-Dame-des-Neiges. « On en a planté plusieurs centaines de milliers depuis 10 ans », affirme Mme Bruaux.

M. Reford souligne enfin l’attrait esthétique de la plante. « C’est une belle plante en plus, ça bonifie la beauté du site et ça donne de beaux épis à la fin de l’été », dit-il.