(Québec) Le Québec est en train de reculer dans la défense de l’environnement sur son propre territoire.

Patrice Bergeron
La Presse canadienne

C’est ce qu’a dénoncé le Parti québécois (PQ), mardi, dans le dossier du projet du terminal gazier GNL-Québec et du pipeline Gazoduq.

Rappelons que cet immense chantier consisterait à construire un pipeline qui acheminerait du gaz naturel de l’Ouest vers Saguenay, où une usine procéderait à la liquéfaction du gaz en vue de son exportation par bateau outre-mer.

Or, un projet d’entente entre le fédéral et le Québec sur une évaluation environnementale commune du projet de pipeline Gazoduq inquiète l’opposition péquiste. Officiellement, le projet est soumis à une évaluation fédérale parce qu’il est interprovincial : la canalisation de 750 km compterait quelques dizaines de kilomètres sur le territoire ontarien, mais traverserait presque tout le territoire du Québec.

Dans le document, on peut lire que l’Agence canadienne d’évaluation environnementale et le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) « conviennent de collaborer afin de favoriser la cohérence à l’égard des conditions éventuelles qui pourraient être imposées à Gazoduq ».

Selon le porte-parole péquiste en matière d’environnement, Sylvain Gaudreault, le gouvernement caquiste abdique ainsi ses responsabilités : le Québec pourrait ainsi être forcé de plier devant le fédéral qui veut imposer ce projet.

« Qui va déterminer la cohérence ? » a demandé le député de Jonquière, dans une entrevue avec La Presse canadienne.

« Qui va avoir le dernier mot ? Ce qui est cohérent pour le fédéral dans un projet d’hydrocarbures provenant de l’Ouest ne sera pas nécessairement cohérent pour le Québec. Ça met une pression très forte sur le BAPE et je ne pense pas que le Québec devrait embarquer là-dedans. »

Il a rappelé qu’une infime portion de la canalisation se trouverait sur le territoire ontarien, mais selon lui, l’argument interprovincial pourrait servir de prétexte à Ottawa pour décider du sort de Gazoduq et trancher en sa faveur, même si c’est surtout le Québec qui subit les impacts.

« Le BAPE pourrait arriver avec certains arguments et le fédéral avec d’autres arguments et c’est le fédéral qui va dominer », a déploré M. Gaudreault.

Il a appelé le ministre caquiste de l’Environnement, Benoit Charette, à s’opposer à ce projet d’évaluation commune, lui qui avait défendu la compétence de Québec en matière environnementale dans le projet de loi fédéral C-69, qui révisait d’ailleurs le processus d’évaluation environnementale.

« Il y a plusieurs feux rouges qui clignotent, a conclu M. Gaudreault. Je serais curieux d’entendre le ministre. »

Enfin, le porte-parole péquiste est d’autant plus préoccupé en raison d’une récente décision de la Cour suprême, qui refusait d’entendre une demande d’appel du gouvernement du Québec concernant un jugement Cour d’appel du Québec. Cette dernière avait décidé que ce sont les lois fédérales qui ont préséance au Port de Québec, et qu’il n’est donc pas soumis à toute la Loi sur la qualité de l’environnement du Québec, même si ses installations s’y trouvent.