Les Canadiens sont ambivalents par rapport au projet d’expansion de l’oléoduc Trans Mountain et à l’exploitation des hydrocarbures en général, mais c’est chez les femmes et les Québécois que l’opposition est la plus élevée, révèle un sondage qui sera rendu public ce mercredi et que La Presse a obtenu.

Jean-Thomas Léveillé Jean-Thomas Léveillé
La Presse

Une courte majorité de 55 % des Canadiens approuve l’utilisation de fonds publics pour construire le second oléoduc qui reliera l’Alberta à la côte pacifique que constitue l’expansion du réseau de Trans Mountain (TMX).

L’appui le plus fort se trouve dans les Prairies (70 %) et en Atlantique (66 %), tandis que c’est au Québec qu’il est le plus faible (37 %), démontre le coup de sonde mené par Nanos pour le compte de Dogwood BC, une organisation non gouvernementale de la Colombie-Britannique qui s’intéresse à la gouvernance et à l’environnement.

Il y a deux semaines, la firme Angus Reid chiffrait à 55 % l’appui à TMX, notant une hausse de l’opposition depuis que l’État en a fait l’acquisition, en mai 2018.

Les Canadiens sont partagés quant à l’expansion des infrastructures pétrolières et gazières en général : quelque 47 % des répondants y sont favorables, invoquant la création d’emplois, contre 43 % qui s’y opposent, au nom de la lutte contre le réchauffement climatique.

Les préoccupations face aux hydrocarbures sont ainsi « beaucoup plus partagées qu’on le pense » d’un océan à l’autre, « même dans [les provinces] qui sont traditionnellement en faveur de l’exploitation des hydrocarbures », constate Annie Chaloux, professeure en politique environnementale à l’Université de Sherbrooke.

Les inquiétudes ne sont ni le fait d’une minorité ni concentrées au Québec, souligne-t-elle.

Les femmes préoccupées

Les femmes s’opposent davantage aux projets d’hydrocarbures que les hommes, à 53 % contre 33 %, révèle le sondage ; elles sont aussi moins favorables à l’utilisation de fonds publics pour financer TMX, à 47 %, contre 64 % pour les hommes, ce qui n’étonne pas Annie Chaloux.

« La littérature en général reconnaît le fait que les femmes ont plus tendance à se sentir préoccupées et inquiètes à l’égard des questions environnementales », affirme-t-elle.

Les 18 à 34 ans sont également plus préoccupés que leurs aînés, démontrent les résultats du sondage.

Vendre Trans Mountain

Environ le tiers des répondants (33 %) estiment que c’est au gouvernement que doit revenir la tâche de construire le second oléoduc de Trans Mountain, contre 40 % qui pensent qu’il devrait plutôt vendre ses actifs à une entreprise privée, et 17 % qui appellent simplement à annuler le projet et absorber les pertes.

« Il y a un malaise perceptible », dit Annie Chaloux, évoquant un « enjeu très, très, très litigieux ».

Si le projet devait être abandonné, seuls 4 % des répondants estiment que le gouvernement devrait investir les fonds prévus dans d’autres infrastructures pétrolières ou gazières, tandis que 29 % croient qu’ils devraient être investis dans des énergies renouvelables ou l’environnement.

Méthodologie

Le sondage a été mené par la firme Nanos pour le compte de l’organisation non gouvernementale britanno-colombienne Dogwood BC auprès de 1003 répondants de 18 ans ou plus, du 27 au 29 janvier, par téléphone et par internet. La marge d’erreur est de 3,1 %, 19 fois
sur 20.