L’administration Plante dit avoir été placée devant le fait accompli vendredi matin par Rebuts solides canadiens (RSC), filiale du groupe Tiru, qui lui a annoncé la fin de ses activités aux centres de tri de Saint-Michel et de Lachine. La Ville assure que la collecte sélective sera maintenue et que les matières n’iront pas à l’enfouissement, mais s’en remet à Québec pour la suite.

Ariane Krol Ariane Krol
La Presse

« RSC, la maison-mère, ainsi que toutes ses filiales, a informé qu’elle voulait se retirer de toutes ses activités au Québec », a résumé le responsable de l’environnement et des relations gouvernementales au comité exécutif de Montréal, Jean-François Parenteau, en point de presse vendredi après-midi.

Une réunion d’urgence s’est tenue avec RSC à Montréal vendredi matin. Outre la Ville, des membres du cabinet du ministre de l’Environnement, Benoit Charette, ainsi que de celui de la ministre responsable de la Métropole, Chantal Rouleau, étaient présents, de même que des représentants de Recyc-Québec et du ministère de l’Environnement.

RSC s’est refusée à tout commentaire hier, se limitant à un communiqué ne faisant aucune mention de son retrait. « Aucune solution n’a été privilégiée pour résoudre cette crise. Les discussions entre les différentes parties se poursuivent », lit-on dans sa déclaration.

Québec comme Montréal sont toutefois catégoriques.

« L’entreprise nous a confirmé son intention de se retirer du marché québécois », a indiqué le bureau du ministre Charette par courriel vendredi.

Ils n’ont pas donné de date à court terme, mais on parle de très, très, très court terme, alors on sait que dans les prochains jours, il y aura des actions qui vont être prises par Rebuts solides canadiens.

Jean-François Parenteau, responsable de l’environnement et des relations gouvernementales au comité exécutif de Montréal

La collecte et le recyclage se poursuivront, quoi qu’il arrive, a-t-il assuré. « Le centre d’enfouissement n’est pas une option pour nous. »

Pas qu’à Montréal

RSC exploite aussi les centres de tri de Châteauguay et de Saguenay. Les opérations se poursuivront, assure-t-on également à Saguenay. « Une rencontre se déroulera lundi à Québec pour déterminer la suite des choses », a indiqué son porte-parole, Stéphane Bégin.

« Dans l’équation, le gouvernement du Québec aura un rôle primordial à jouer afin d’assurer une transition pour l’ensemble des Montréalais et Montréalaises », a souligné M. Parenteau

Québec est cependant demeuré vague sur ses intentions. « Diverses options sont actuellement discutées […] Nous pourrons vous donner plus de détails au cours des prochains jours », a fait savoir le bureau du ministre de l’Environnement.

Il n’a pas non plus été possible de savoir quelles étaient les obligations de RSC envers Montréal. « Selon ce qu’ils vont prendre comme décision, il y a un cautionnement qui est déjà établi dans les contrats avec un moment de transition ou un montant d’argent qui est alloué », a simplement évoqué M. Parenteau.

RSC, qui fait partie de la multinationale française EDF, affirme avoir subi « d’importantes pertes financières au cours des dernières années » à cause de la fermeture des marchés de la Chine et de l’Inde au papier qui constituait, selon elle, « la majeure partie des revenus du groupe ».

L’administration Plante, qui avait accordé 29 millions de dollars à l’entreprise pour éviter la fermeture du centre de tri de Saint-Michel en 2018, n’a pas évoqué de chèque, cette fois-ci. De toute façon, il y a eu « zéro négociation » en ce sens vendredi matin, a fait savoir M. Parenteau. « On ne demande rien au gouvernement du Québec, c’est Rebuts solides canadiens qui [fait ses] demandes. »

Dans le cas du centre de tri ultramoderne de Lachine, ouvert l’automne dernier, la Ville n’aurait qu’à trouver un autre exploitant, puisqu’elle est propriétaire à la fois des infrastructures et des équipements.

Au centre de tri Saint-Michel, un contrat « rentable » pour RSC, selon M. Parenteau, l’entreprise est seulement propriétaire des équipements. Les bâtiments et le terrain appartiennent à la Ville.

Mais dans les deux cas, « aussitôt qu’ils cessent l’exploitation, nous avons différentes options pour signer ou transférer le contrat avec une autre entreprise », a indiqué le responsable de l’environnement.

Montréal vulnérable ?

Le parti d’opposition Ensemble Montréal accuse pour sa part l’administration Plante d’avoir « complètement perdu le contrôle de cette crise du recyclage » et d’être « complètement à la merci de RSC ». 

C’est eux qui vont choisir lorsqu’ils vont mettre la clé dans la porte de nos propres installations montréalaises, c’est une absurdité totale.

Francesco Miele, vice-président de la commission de l’environnement et du développement durable

La fermeture du marché indien au papier mixte est le plus récent coup dur à frapper les centres de tri québécois, mais ce n’est pas le seul. Le quart des matières dont Recyc-Québec publie les prix se sont négociées à perte au cours de la dernière année, c’est-à-dire que les centres doivent payer pour s’en départir. Outre le « papier mélangé », c’était aussi le cas des sacs et pellicules de plastique, du verre mélangé, et des cartons de lait et de jus. Et ces frais ne diminuent pas, au contraire.

De janvier à novembre de 2019, le coût moyen pour s’occuper du papier mélangé était cinq fois plus élevé qu’à la même période l’année précédente, ayant bondi de 3 $ à 15 $ la tonne. Pour les sacs et pellicules, il a plus que doublé (de 23 $ à 50 $ la tonne). Pour les cartons de lait et de jus, les centres ont dû verser en moyenne 7 $ la tonne, alors qu’ils réussissaient à les vendre 34 $ la tonne l’année précédente. Le coût pour se départir du verre mélangé est resté stable, à 20 $ la tonne.