Le consortium chargé de la construction du Réseau express métropolitain (REM) a choisi de faire enfouir 600 tonnes de matières dangereuses en Ontario, plutôt que de les faire décontaminer de façon écologique au Québec, afin d’économiser sur les frais de traitement.

Vincent Larouche Vincent Larouche
La Presse

La manœuvre est tout à fait légale, mais elle illustre le choix auquel sont confrontés plusieurs gestionnaires de chantiers. Le Québec a développé une expertise de pointe en matière de décontamination. Ces traitements avancés viennent avec un coût. En principe, tous sont en faveur de ces technologies vertes… jusqu’à ce qu’ils voient la facture.

Même lorsque le chantier concerne un projet de la Caisse de dépôt et placement du Québec, comme c’est le cas du REM, ça peut être tentant de faire affaire avec la province voisine, où il est possible d’enfouir certaines matières dangereuses plutôt que de les décontaminer, en vertu de la règlementation locale.

Pierre concassée hautement contaminée

Le consortium NouvLR, qui est chargé de la construction du REM, a été confronté à cette situation lorsqu’il a mené des travaux d’aménagement à la gare Centrale de Montréal, l’été dernier.

Les travaux ont mené à l’excavation d’environ 600 tonnes de ballast hautement contaminé, c’est-à-dire de la pierre concassée qui se trouvait sous les voies ferrées. « Le ballast de la gare Centrale a été contaminé par le passage répété de trains de diesel sur une longue période de temps », explique Emmanuelle Rouillard-Moreau, porte-parole du REM.

Le taux de contamination aux hydrocarbures était tellement élevé qu’il n’y avait aucun site d’enfouissement québécois autorisé à recevoir ces 600 tonnes de pierres, qui étaient classifiées comme des matières résiduelles dangereuses, confirme le ministère de l’Environnement. Le seul service offert au Québec était de décontaminer le tout à l’aide d’un traitement qui neutralise les contaminants.

Il n’existe pas au Québec de lieu autorisé pour l’enfouissement de ballasts contenant plus de 3 % d’huile ou de graisse, mais il existe des lieux de traitement en mesure de reprendre ce type de matière.

Un porte-parole du ministère de l’Environnement

Un projet abandonné pour neutraliser les contaminants

De la documentation interne du consortium NouvLR obtenue par La Presse montre qu’une partie de l’équipe chargée du chantier a alors voulu faire appel à une firme de décontamination québécoise spécialisée en la matière, l’entreprise RSI Environnement, à Saint-Ambroise, au Saguenay–Lac-Saint-Jean. L’entreprise utilise des fours à haute température pour transformer les matières dangereuses en résidus propres prêts à être retournés écologiquement dans la nature.

Certains gestionnaires trouvaient toutefois le coût trop élevé. Ils ont préféré se tourner vers l’Ontario, où il existe un site d’enfouissement accrédité pour se débarrasser des matières dangereuses de ce type. L’entreprise Clean Harbors, à Sarnia, proposait un prix imbattable, transport compris, pour aller enfouir le ballast contaminé à 800 km de Montréal.

Le choix de ce site a été validé auprès du ministère de l’Environnement du Québec. La traçabilité de tous les camions de transport a été documentée et assurée du début à la fin de l’opération. Ce ballast a été disposé en respect de toute la réglementation applicable.

Emmanuelle Rouillard-Moreau, porte-parole du REM

« La réglementation en vigueur ne prévoit pas d’interdiction pour l’export de matières dangereuses résiduelles vers une autre juridiction telle que l’Ontario », a aussi confirmé un porte-parole du ministère de l’Environnement.

Un effort réclamé

Rien dans la réglementation n’empêcherait une entreprise québécoise de créer son propre site d’enfouissement de ballasts contaminés aux hydrocarbures pour rivaliser avec l’Ontario, en prenant les précautions appropriées et en demandant une accréditation au gouvernement du Québec, précise le Ministère. Mais les critères d’approbation seraient extrêmement sévères. À ce jour, aucune entreprise n’a voulu s’aventurer dans cette voie.

Certains acteurs du milieu aimeraient maintenant un petit effort additionnel des gestionnaires de chantiers pour encourager les entreprises de traitement des matières dangereuses qui ont adopté des technologies vertes.

« Avec l’enfouissement, on va à l’encontre des principes de l’économie circulaire, et on ne sait pas toujours ce qui arrive 15 ans plus tard avec ce qui a été enfoui, qu’est-ce que ça peut faire comme pollution. Nous, on préfère la décontamination, et nous sommes contents que le Québec soit plus avancé en la matière », affirme Christiane Pelchat, PDG du Réseau Environnement, un regroupement de plus de 2000 spécialistes en environnement.

« Ça coûte moins cher d’envoyer ça en Ontario, mais on avait une entreprise au Québec qui aurait pu décontaminer ça », déplore Mme Pelchat.