Le gouvernement fédéral va annoncer ce mercredi le déploiement de petits réacteurs nucléaires modulaires partout au Canada. Des groupes environnementaux et trois partis de l’opposition dénoncent l’appui d’Ottawa pour financer le projet.

Alice Girard-Bossé Alice Girard-Bossé
La Presse

Le 15 octobre dernier, le ministre des Ressources naturelles, Seamus O’Reagan, a attribué 20 millions de dollars à la société ontarienne Terrestrial Energy pour favoriser la mise au point de son futur petit réacteur nucléaire modulaire. Des groupes de plusieurs provinces, notamment Greenpeace Canada et Équiterre, s’opposent catégoriquement au financement fédéral, affirmant que c’est « une distraction polluante et dangereuse face à la crise climatique ». Le Bloc québécois, le NPD et le Parti vert ont aussi dénoncé ce plan d’action du gouvernement.

Au Canada, ces petits réacteurs nucléaires seraient utilisés dans les sites d’exploitation des sables bitumineux, dans les mines et dans certaines communautés éloignées. Le ministre O’Reagan décrit le projet comme étant une technologie révolutionnaire qui a le potentiel de jouer un rôle essentiel dans la lutte contre les changements climatiques.

De nombreux groupes citoyens s’y opposent. « L’énergie nucléaire n’est ni verte, ni propre, ni abordable », affirme Ginette Charbonneau, physicienne et porte-parole du ralliement contre la pollution radioactive.

Solution à la crise climatique

L’énergie nucléaire a l’avantage de ne pas produire de CO2. « Les réacteurs nucléaires ne sont pas polluants, car ils ne produisent aucun gaz à effet de serre lorsqu’ils sont en marche », explique Guy Marleau, professeur au département de génie physique à l’École polytechnique de Montréal. L’entreprise Terrestrial Energy explique que leurs usines de fission produisent une énergie propre, sûre et fiable, contrairement aux combustibles fossiles.

Selon Mme Charbonneau, ces petits réacteurs produiront toutefois de nouvelles formes de déchets radioactifs de haute activité dont la gestion sera extrêmement dangereuse. Elle signale que le gouvernement fédéral n’a actuellement aucune politique ni aucune stratégie détaillée sur ce qu’il convient de faire avec ces déchets.

Ce plan dissimule volontairement la problématique de la gestion écoresponsable des nombreux déchets nucléaires en refilant leur gestion aux générations futures.

Ginette Charbonneau, porte-parole du ralliement contre la pollution radioactive

L’entreprise n’est pas du même avis et précise que son usine produit une quantité relativement faible de déchets radioactifs et que le secteur de l’énergie nucléaire a de solides antécédents pour gérer ses déchets de manière sûre et efficace.

Exemptés des évaluations environnementales

« Un seul petit réacteur génère environ 195 MW, ce qui serait suffisant pour alimenter la ville de Sherbrooke ou Trois-Rivières », explique Simon Irish, président-directeur général de Terrestrial Energy.

Étant donné qu’ils génèrent moins de 200 MW, les petits réacteurs nucléaires modulaires ont été exemptés des évaluations environnementales dans la nouvelle loi C-69, permettant ainsi d’accélérer leur mise en œuvre.

« C’est dramatique ! », s’exclame Ginette Charbonneau.

L’évaluation environnementale a pour but de calculer les émissions de carbone, les répercussions économiques, sociales et environnementales et l’impact de la production des déchets. « C’est une aberration étant donné les dangers des déchets radioactifs qu’ils génèrent », ajoute Mme Charbonneau. Le professeur Guy Marleau abonde dans le même sens. « Toute installation industrielle a des bienfaits et des dangers pour l’environnement, donc tous les systèmes de production d’énergie devraient être évalués. »

Régions isolées

« Quand on a beaucoup d’eau, comme au Québec, ce n’est pas une obligation d’avoir du nucléaire », indique M. Marleau. Toutefois, il explique que dans le Grand Nord ou dans des régions très isolées du Québec, l’idée pourrait être intéressante. « Dans ces régions, c’est impossible d’installer des barrages hydroélectriques, puisque l’eau est gelée 50 % de l’année », explique-t-il.

L’entreprise avance que leurs petits réacteurs nucléaires peuvent également être construits à une fraction du coût initial d’une centrale nucléaire conventionnelle et en deux fois moins de temps, ce qui ouvre un éventail beaucoup plus large de clients. Elle ajoute aussi que l’énergie renouvelable, comme les éoliennes ou l’énergie solaire, est variable et imprévisible, contrairement à l’énergie nucléaire.