Virage majeur. Bouffée d’air frais. La lumière au bout du tunnel. Les expressions ne manquent pas pour décrire ce que l’élection de Joe Biden à la Maison-Blanche entraînera comme changements en matière d’environnement, à commencer par la lutte contre les changements climatiques. Aperçu.

Jean-Thomas Léveillé Jean-Thomas Léveillé
La Presse

Réintégrer l’Accord de Paris

Le retour des États-Unis au sein de l’Accord de Paris sur le climat est l’une des premières choses que Joe Biden concrétisera à son arrivée à la Maison-Blanche. Il s’agit d’un « signal politique fort à l’international », affirme Hugo Séguin, de l’Université de Sherbrooke et du Centre d’études et de recherches internationales de l’Université de Montréal (CERIUM). L’élection du candidat démocrate change la dynamique internationale du tout au tout, croit aussi Greenpeace Canada. « Après quatre ans de noirceur sous Trump, on revoit à nouveau la lumière au bout du tunnel et la possibilité que la lutte aux changements climatiques reprenne le premier plan », a déclaré à La Presse le responsable campagne climat-énergie de l’organisation, Patrick Bonin.

Carboneutralité en 2050

L’atteinte de la carboneutralité en 2050 est un autre engagement fort du président désigné. À elle seule, cette mesure pourrait réduire le réchauffement planétaire de 0,1 degré Celsius d’ici la fin du siècle, affirme le site internet indépendant Climate Action Tracker. Combinée aux engagements similaires de l’Union européenne, du Japon, de la Corée du Sud et de la Chine, elle rend même « à portée de main » l’objectif de limiter le réchauffement global à 1,5 degré. « Évidemment, il faudra des plans, mais c’était inimaginable il y a quelques années », affirme Patrick Bonin, ajoutant que le monde entre dans « un cycle d’augmentation de l’ambition climatique ».

PHOTO BETH COLLER, ARCHIVES THE NEW YORK TIMES

Le plan vert de Joe Biden prévoit des investissements de 2000 milliards de dollars, notamment dans les énergies vertes

Du pain sur la planche

L’arrivée de Joe Biden à la Maison-Blanche entraînera une modernisation très significative du discours sur l’environnement, affirme Hugo Séguin, mais il tempère les attentes. « Ça ne veut pas dire que la planète est sauvée, que des miracles vont se produire. » Ce discours demande à être mis en œuvre, et les obstacles politiques et institutionnels seront nombreux, prévient-il, ajoutant que « les présidents américains de toutes les couleurs ont tendance à promettre beaucoup et à livrer peu ». En plus, l’administration Biden « va passer une bonne partie de sa première année à rebâtir la capacité du gouvernement fédéral à travailler en environnement ».

Gestes concrets

Au-delà des mesures spectaculaires, Joe Biden pourra faire une multitude de gestes concrets qui feront une grande différence en environnement, notamment renverser les reculs de son prédécesseur, comme celui sur les normes d’émissions polluantes des véhicules automobiles. Ses promesses de forcer les entreprises cotées en Bourse à dévoiler les risques climatiques et les émissions de gaz à effet de serre (GES) liés à leurs activités, de réglementer les émissions fugitives de méthane de l’industrie gazière, de protéger 30 % du territoire terrestre et marin du pays d’ici 2030, de bloquer l’oléoduc Keystone XL ou de décarboniser la production d’électricité d’ici 2035 sont des décisions qui auront des impacts concrets.

Impulsion économique

Le plan vert de Joe Biden prévoit des investissements de 2000 milliards de dollars (2600 milliards canadiens) en quatre ans, notamment dans les énergies vertes. Avec une telle somme, « les États-Unis vont influencer la dynamique des marchés », affirme Patrick Bonin, soulignant l’importance d’investissements prévisibles et réguliers pour assurer une relance économique verte. Joe Biden mise également sur une transition juste, en promettant « de ne pas lâcher » les travailleurs qui perdront leur emploi et les communautés qui vont souffrir de la fin de l’exploitation des énergies fossiles, souligne Hugo Séguin. « C’est important comme signal politique, dans un pays aussi divisé, aussi polarisé, dit-il. Et éthiquement, c’est le bon discours à tenir. »

PHOTO TODD KOROL, REUTERS

Si les États-Unis laissent tomber la construction de l’oléoduc Keystone XL, cela entraînerait une diminution de l’exploitation des sables bitumineux de l’Ouest canadien.

Impact au Canada

Le virage environnemental à venir des États-Unis aura évidemment des répercussions au Canada. « La pollution, les GES, ça ne connaît pas de frontière », illustre la directrice générale de Nature Québec, Alice-Anne Simard. Leur diminution sera donc bénéfique de ce côté-ci de la frontière aussi. L’abandon de l’oléoduc Keystone XL entraînerait par ailleurs une diminution de l’exploitation des sables bitumineux de l’Ouest canadien, ajoute-t-elle. S’il s’agit d’une mauvaise nouvelle pour le secteur pétrolier et gazier canadien, c’en est une excellente pour les secteurs en croissance de l’économie verte, souligne Hugo Séguin : « Ce sont de nouveaux marchés qui s’ouvrent ». L’impact promet aussi d’être politique, croit Patrick Bonin, selon qui le premier ministre Justin Trudeau « ne pourra plus se cacher derrière les États-Unis pour dire qu’on ne renforce pas la réglementation [environnementale] ».