Le réseau d’assainissement des eaux usées de Longueuil a, de loin, le pire bilan en matière de déversements de tout le Québec, révèle un palmarès dressé par la Fondation Rivières.

Michel Saba, Initiative de journalisme local
La Presse Canadienne

Selon un document obtenu par La Presse Canadienne, la ville de la Rive-Sud obtient un indice d’intensité des déversements près de quatre fois plus grand que Laval, la seconde municipalité de cette liste peu prestigieuse.

Puisque le réseau d’assainissement de Longueuil dessert Boucherville, Brossard et Saint-Lambert, certains des ouvrages qui débordent — des sortes de digues — sont possiblement situés sur le territoire de ces municipalités.

L’indice d’intensité est en fait un calcul développé par la Fondation Rivières qui prend en compte la taille de l’ouvrage ayant débordé, la fréquence des déversements et leur durée. Selon l’organisme, le ministère de l’Environnement utilise lui-même à l’interne un outil semblable puisque le volume de litres d’eau déversés n’est pas mesuré.

Les déversements surviennent la plupart du temps à la suite de grosses pluies et visent à éviter que les stations d’épuration ne débordent, a expliqué André Bélanger, le directeur général de la Fondation Rivières.

Chaque fois, des matières fécales, mais aussi des mégots de cigarette, des feuilles de papier, des tampons, des lingettes et une foule d’autres solides qui ne se décomposent pas, sont « flushés » dans les rivières, les lacs ou le fleuve.

La première heure de précipitations aurait le pire impact alors que les tuyaux se nettoient. « Les matières sortent en blocs presque solides dans l’environnement, a résumé M. Bélanger. Et ça va presque directement dans les rivières. »

La Fondation Rivières a recensé 60 660 déversements en 2019. Son bilan s’appuie sur 8,5 millions de données tirées du Portail des connaissances sur l’eau, un projet du ministère de l’Environnement, qui ont été épurées par le professeur journalisme à l’UQAM Jean-Hugues Roy.

Longueuil se classe également en première position dans la liste des grandes villes en ordre d’intensité des déversements par habitant, avec un bilan presque deux fois pire que celui de Trois-Rivières, qui prend le deuxième rang. Ce n’est pas compliqué, elle « pète tous les scores », a lancé M. Bélanger.

À l’inverse, le palmarès permet de constater que Montréal et Sherbrooke sont de bons élèves, occupant respectivement la neuvième et la dixième position de ce classement.

La métropole, qui à elle seule produit 45 % des eaux usées de tout le Québec, projette d’ailleurs de construire une usine d’ozonation des eaux usées au coût d’un demi-milliard de dollars afin de désinfecter l’eau. La station d’épuration actuelle ne fait que la nettoyer en surface en ne retirant que les gros morceaux qui tombent dans les bassins de décantation. Les virus, bactéries et médicaments sont donc rejetés dans le fleuve.

« Quand vous regardez le fleuve des airs, ce que vous avez, c’est une bande brune qui part de Montréal et qui s’en va jusqu’au Lac Saint-Pierre », a illustré M. Bélanger qui se réjouit qu’avec cette nouvelle usine, la rive nord du fleuve jusqu’à Trois-Rivières puisse devenir une zone où il pourrait être possible de se baigner.

C’est cependant à Montebello, en Outaouais, que l’indice d’intensité est le plus élevé par habitant toutes municipalités confondues. À titre de comparaison, il est cinq fois pire que celui de Longueuil.

M. Bélanger s’explique mal comment la petite municipalité de 983 habitants a pu en arriver là. Il présume que la municipalité compte sur le fait que « ça ne paraît pas beaucoup » quand ses ouvrages débordent dans la rivière des Outaouais.

« C’est un grand mystère, a-t-il dit. Probablement qu’ils sont paresseux. […] Tu envoies ton tuyau loin au milieu, ça se dilue, et les gens ne s’en rendent compte jamais. On ne les voit pas les polluants. »

La Fondation Rivières déplore que le gouvernement du Québec ne fasse pas actuellement d’« analyse des priorités d’investissement » et se demande s’il a l’intention de financer de nouvelles infrastructures pour régler le problème des surverses.

Les écologistes ont l’impression de « crier dans le désert », a dit M. Bélanger qui constate qu’« il n’y a pas de volonté politique ». Pour les élus, « entre construire un gymnase pour les citoyens ou nettoyer les égouts, le choix est assez facile ».

Texte de l’Initiative de journalisme local.