Le chauffage au mazout sera interdit à partir de 2025 dans les habitations de la ville de Mont-Royal, a appris La Presse, une mesure dont la pertinence est remise en question par un expert.

Jean-Thomas Léveillé
Jean-Thomas Léveillé La Presse

Le règlement, que La Presse a obtenu, sera adopté lundi soir lors de la séance du conseil municipal de la ville de 22 000 habitants enclavée dans la ville de Montréal.

Il vise également les systèmes de chauffage biénergie utilisant le mazout, qui seront quant à eux interdits en 2030.

Dans les deux cas, les contrevenants s’exposeront à une amende oscillant entre 500 et 4000 $.

« C’est autant une question de santé publique que de développement durable pour nous », déclare le maire Philippe Roy dans un communiqué à paraître.

En plus de produire des gaz à effet de serre (GES), le mazout génère par sa combustion de l’oxyde d’azote, du dioxyde de soufre ainsi que des particules fines, et il est également une source de contamination des sols lors de fuites.

L’utilisation d’un appareil de chauffage utilisant le mazout demeurera cependant permise en cas de panne d’électricité d’une durée de plus de trois heures.

Mont-Royal avait annoncé son intention d’adopter une telle réglementation au printemps 2019 ; la Ville envisageait alors également d’interdire l’installation d’un appareil de chauffage au mazout dès 2020, une idée qui a finalement été abandonnée.

L’interdiction concerne seulement le secteur résidentiel, mais Mont-Royal envisagerait « un geste similaire » pour les secteurs institutionnel, industriel et commercial, a confié à La Presse une source qui a demandé à ne pas être nommée parce qu’elle n’était pas autorisée à en parler publiquement.

Un millier d’habitations touchées

Quelque 1300 des 6500 habitations que compte Mont-Royal seraient toujours chauffées au mazout ou avec un système biénergie, soit 20 % du parc résidentiel, estime l’administration municipale.

La Ville ne prévoit pas d’incitation financière pour aider ses citoyens touchés à changer leur système de chauffage, rappelant l’existence du programme Chauffez vert, de Transition énergétique Québec.

Mont-Royal est la première municipalité de la Communauté métropolitaine de Montréal à interdire les appareils de chauffage au mazout, mais la Ville de Montréal envisage elle aussi de le faire.

La mairesse Valérie Plante avait indiqué au printemps 2019 l’intention de son administration de faire disparaître les appareils de chauffage au mazout d’ici 2030, mais disait devoir d’abord déterminer combien de ménages utilisaient toujours de tels systèmes.

De son côté, la Ville de Laval a choisi depuis trois ans d’user d’incitations financières plutôt que d’une interdiction pour amener ses citoyens à abandonner le chauffage au mazout ; elle offre depuis 2017 jusqu’à 1000 $ pour le retrait d’un appareil de chauffage au mazout.

« On estime qu’une habitation chauffant à l’aide d’un système au mazout utilise en moyenne entre 1000 et 2500 litres par année, est-il indiqué sur le site internet de la Ville. Ceci génère entre 3 et 7 tonnes de gaz à effet de serre (GES), l’équivalent des émissions annuelles d’une à quatre voitures. »

Une mesure « inutile »

Interdire les systèmes de chauffage au mazout « ne sert strictement à rien », tranche le titulaire de la Chaire de gestion du secteur de l’énergie de HEC Montréal, Pierre-Olivier Pineau.

IMAGE FOURNIE PAR RESSOURCES NATURELLES CANADA

Le mazout est voué à disparaître quoi qu’on fasse, affirme-t-il, rappelant que sa consommation est en décroissance constante depuis 30 ans, selon les données du ministère des Ressources naturelles du Canada.

Le déclin naturel fait qu’on sera à zéro [chauffage au mazout] en 2030.

Pierre-Olivier Pineau, titulaire de la Chaire de gestion du secteur de l’énergie de HEC Montréal

La consommation de mazout au Québec représente moins de 1 % des émissions de GES de la province, souligne-t-il – plus précisément 1 million de tonnes sur le total de 83 millions.

« Moi, je propose plutôt qu’on commence à s’attaquer à ce qui n’est pas en déclin, c’est-à-dire l’essence, le diesel, la consommation énergétique des bâtiments », lance le chercheur.

Il souligne que ce type d’interdiction peut aussi nuire au développement de biocarburants pour remplacer le mazout dans des systèmes biénergie, qui ont l’avantage de soulager le réseau d’Hydro-Québec en période de pointe.

« C’est aberrant parce qu’en termes de politique énergétique, ce n’est pas là où il faut mettre notre énergie, dit-il. Le vrai problème, c’est le transport, qui est en croissance. »

Ironiquement, le mégaprojet Royalmount, approuvé par la Ville de Mont-Royal, devrait engendrer une importante augmentation des déplacements en automobile dans le secteur, de l’ordre de 70 000 aux heures de pointe, selon la Ville de Montréal.

Limitations pour le chauffage au bois

Le règlement interdisant le mazout de la Ville de Mont-Royal s’ajoute à celui concernant le chauffage au bois, entré en vigueur le mois dernier. Seuls les appareils émettant un maximum de 2,5 grammes de particules fines par heure y sont désormais autorisés.