Et si la force des vagues pouvait protéger les côtes et reconstruire les plages, au lieu de les détruire ?

LÉa Carrier
La Presse

Voilà le pari original du projet Growing Islands, mené par le Self-Assembly Lab du Massachusetts Institute of Technology (MIT), qui a mis sur pied une technologie abordable exploitant l’énergie des vagues pour accélérer l’accumulation de sédiments et guider ceux-ci vers des zones stratégiques.

« L’idée est de transformer l’énergie massive des vagues, qui est plutôt destructrice, en quelque chose de productif », explique l’architecte et codirecteur du Self-Assembly Lab, Skylar Tibbits, qui chapeaute le projet depuis 2017.

Installé sous les eaux turquoise des Maldives, Growing Islands consiste en des structures sous-marines qui, selon leur géométrie, redirigent le sable vers un endroit précis. Les vagues et les courants océaniques passent au-dessus des structures, créant ainsi des turbulences dans l’eau qui transporte les sédiments.

Par hasard

L’idée est née par hasard, alors que l’équipe du Self-Assembly Lab étudiait les bancs de sable, au large des Maldives. « On voyait des bancs de sable de la taille d’une île émerger en un mois, puis disparaître après », se souvient M. Tibbits.

Une fois que l’on comprend comment, quand et où le sable se déplace, on peut essayer de détourner son organisation naturelle à notre avantage.

Skylar Tibbits

IMAGE FOURNIE PAR LE MASSACHUSETTS INSTITUTE OF TECHNOLOGY

Lorsque les vagues et les courants océaniques passent au-dessus des structures, l’eau transporte les sédiments vers une zone spécifique.

Aux Maldives, l’approche typique pour protéger les îles de l’érosion côtière et de la hausse du niveau de la mer est de décharger du sable sur les plages. « Cette approche utilise énormément d’énergie, en plus d’être dommageable pour l’écosystème local », explique Skylar Tibbits.

Jusqu’à présent, les installations de Growing Islands aux Maldives ont accumulé jusqu’à 300 mètres cubes de nouveau sable en quatre mois. La prochaine expérience, qui était prévue pour le printemps 2020, a été reportée à 2021 en raison de la pandémie.

Growing Islands au Québec ?

Au Québec, le projet a piqué la curiosité de spécialistes du génie côtier. « C’est définitivement la voie de l’avenir », affirme Jacob Stolle, chercheur à l’Institut national de la recherche scientifique.

De l’avis de l’ingénieur, il y a plusieurs avantages à des mécanismes naturels comme Growing Islands pour protéger les côtes et les îles de la province. M. Stolle cite entre autres la durabilité et la résilience de ces systèmes, qui ne demandent que très peu d’interventions humaines.

« Particulièrement avec la hausse du niveau de la mer et l’augmentation des tempêtes dues aux changements climatiques, on peut s’attendre à ce que ces systèmes s’adaptent naturellement », explique-t-il.

Selon le chercheur, il est toutefois encore trop tôt pour évaluer si un tel système pourrait être appliqué au Québec.

Jusqu’en 2010, 97,6 % des ouvrages de protection côtière aménagés au Québec étaient des enrochements ou des murs, qui sont « très néfastes pour les écosystèmes », rappelle Philippe Sauvé, doctorant à l’Université du Québec à Rimouski.

« Ce qu’il faut, c’est une plus grande diversité d’ouvrages et, surtout, une meilleure analyse du système côtier dans son ensemble », argue celui dont la recherche porte justement sur la question des ouvrages côtiers.

Selon lui, si une technologie comme celle de Growing Islands n’est pas garante de succès au Québec, elle peut toujours alimenter la recherche et la diversité des ouvrages en protection de la zone côtière.

Plusieurs communautés côtières dans le monde, notamment dans les Caraïbes et en Asie, ont déjà pris contact avec l’équipe du MIT dans l’espoir d’une future collaboration.

« Nous n’avons pas de solution miracle. Nous pensons que c’est passionnant et que nous avons une approche unique et nouvelle, mais cela ne veut pas dire que ça va marcher partout. À tout le moins, on aura fait avancer la recherche », dit Skylar Tibbits.