(Ottawa) Le directeur parlementaire du budget (DPB) Yves Giroux persiste et signe : le gouvernement Trudeau ne pourra atteindre la cible de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) découlant de l’Accord de Paris sans augmenter d’une manière importante la taxe sur le carbone au cours de la prochaine décennie.

Joël-Denis Bellavance Joël-Denis Bellavance
La Presse

S’il estimait en juin 2019 qu’une tarification supplémentaire de 52 $ par tonne en 2030 serait nécessaire pour que le Canada respecte son engagement – soit le double de ce que propose le gouvernement Trudeau – le DPB revoit le tout à la hausse. L’augmentation devrait être d’au moins 67 $ la tonne, affirme-t-il dans un rapport publié jeudi.

Et encore une fois, la taxe fédérale supplémentaire devrait s’appliquer à l’ensemble du pays, et pas seulement dans les provinces qui n’ont pas de tarification du carbone.

La taxe fédérale sur le carbone est entrée en vigueur le 1er avril 2019 en Ontario, en Saskatchewan, au Manitoba et au Nouveau-Brunswick. Elle s’applique également en l’Alberta depuis le 1er janvier. Elle est présentement de 30 $ la tonne et elle sera majorée à 40 $ en 2021 et à 50 $ en 2022.

Les résidants de ces provinces reçoivent toutefois une remise du gouvernement fédéral lorsqu’ils remplissent leurs déclarations de revenus. En 2019, Ottawa a accordé des remboursements sur la taxe sur le carbone totalisant 1,75 milliard de dollars à plus de huit millions de familles canadiennes.

Le gouvernement Trudeau a soutenu dans le passé qu’il n’a pas l’intention d’augmenter la taxe au-delà de 2022 et que l’adoption de nouvelles mesures comme l’élimination du plastique, l’électrification des transports, la réhabilitation des bâtiments pour les rendre moins énergivores et la plantation de deux milliards d’arbres au cours de la prochaine décennie, entre autres choses, lui permettront d’atteindre les objectifs fixés en vertu de l’Accord de Paris sur les changements climatiques.

En vertu de cet accord international, le Canada s’est engagé à réduire ses émissions de GES de 30 % sous les niveaux de 2005 d’ici 2030, ce qui représente 511 mégatonnes (Mt) de CO2.

Mais selon les projections du ministère fédéral de l’Environnement et de plusieurs experts, le Canada ne sera pas en mesure de respecter cette cible sans donner un sérieux coup de barre. Au mieux, les émissions de GES passeraient de 716 Mt à 588 Mt en 2030.

« Les politiques et les mesures annoncées ne sont pas suffisantes pour que le Canada atteigne son objectif de réduction des émissions de GES en 2030. Il y a un écart de 77 Mt entre les émissions prévues et la cible de l’Accord de Paris », souligne le DPB dans son rapport.