Alors que le ciel aurait normalement dû être bien dégagé mardi à Montréal, il était nuageux dans la métropole en raison de la fumée des incendies de forêt californiens qui est arrivée jusqu’ici. Comment est-ce possible ? Et est-ce dangereux ? Le point avec Francesco Pausata, professeur au département des sciences de la Terre et de l’atmosphère de l’Université du Québec à Montréal.

Louise Leduc Louise Leduc
La Presse

Francesco Pausata

Comment la fumée de la Californie, un État qui se trouve à près de 5000 kilomètres, a-t-elle pu parvenir jusqu’à Montréal ?

En fait, elle a pu être transportée encore plus loin, jusqu’en Europe. La fumée est transportée à une altitude de 10 à 12 kilomètres par les courants atmosphériques (les jet-streams). La fumée peut se répandre dans tout l’hémisphère Nord.

Pourquoi la fumée d’incendies de forêt pourtant plus proches ne se rend-elle pas nécessairement à Montréal ?

C’est que la circulation d’air va souvent de l’ouest vers l’est, de sorte qu’un incendie de forêt au Nouveau-Brunswick, par exemple, se répercutera plus rarement au Québec.

Pourquoi la fumée d’incendies californiens touche-t-elle le Québec cette année alors que ce n’était pas le cas au cours des dernières années ?

Parce que les incendies de forêt sont particulièrement intenses cette année en Californie et que les particules d’aérosols émises dans l’atmosphère sont extrêmement élevées. Cela étant dit, on a déjà aussi eu des répercussions d’incendies de forêt de l’Ouest, mais comme la quantité de particules émises était plus faible, c’est passé plus inaperçu.

La qualité de l’air s’en trouve-t-elle affectée ?

Non, Environnement Canada n’a d’ailleurs émis aucune alerte particulière. La qualité de l’air est bonne ces jours-ci parce qu’encore une fois, les particules voyagent très au-dessus de nos têtes, contrairement à San Francisco, où les gens baignent en plein dedans, les incendies étant tout près de leur ville.

Même les gens asthmatiques n’ont donc pas à s’en faire ?

À San Francisco, les particules étant très fines, elles sont très dangereuses pour les poumons, mais ici, aucun danger, en effet.

La fumée restera-t-elle longtemps au-dessus de nos têtes ?

Tout dépend de la circulation atmosphérique. Ça sera intermittent. Les courants atmosphériques vont bientôt changer de direction, et ils dirigeront les particules vers la Caroline du Nord et la Virginie sous peu, mais il est possible que ça revienne par ici la semaine prochaine.

Voir ici le modèle de la NASA à ce sujet :

Risque-t-on d’avoir un ciel plus orangé ici, comme à San Francisco ?

En fait, certains jours, le coucher de soleil pourrait être un peu rougeâtre. Comparativement à l’heure du midi, alors que le soleil est haut, les rayons doivent traverser une plus grande épaisseur d’atmosphère quand le soleil se couche. Or, le rouge, comme l’orangé, a une longueur d’onde plus longue qui interagit moins avec les petites particules d’aérosols, tandis que le bleu et le vert, notamment, ont des longueurs d’onde plus élevées qui interagissent davantage avec ces particules et qui se trouvent ainsi à être diffusées.

PHOTO MARIO ANZUONI, REUTERS

Un incendie de forêt au nord de Los Angeles

27 incendies en cours en Californie

Selon un décompte de l’Agence France-Presse, 27 incendies sont toujours en cours en Californie. Ils ont fait plus d’une vingtaine de morts depuis la mi-août et ils mobilisent 16 000 pompiers à l’heure actuelle. Des incendies de forêt d’une ampleur sans précédent ravagent également les États de Washington, de l’Oregon et de l’Idaho.

Rectificatif
Francesco Pausata, professeur au département des sciences de la Terre et de l’atmosphère de l’Université du Québec à Montréal, avait été incorrectement identifié dans la première version de ce texte. La photo qui aurait dû accompagner l’article a été ajoutée au début de l’article. Nos excuses.