Une carpe asiatique a été pêchée dans le bassin de Chambly, le 16 juillet dernier, a confirmé le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs. Cette espèce exotique envahissante de poissons a fait des ravages dans la rivière Illinois et se propage maintenant dans les Grands Lacs. Il s’agit du deuxième individu de carpe asiatique retrouvé dans les eaux du Québec.

Audrey Ruel-Manseau Audrey Ruel-Manseau
La Presse

La carpe de roseau, une des quatre espèces de carpe asiatique, a été capturée par un pêcheur sportif, le 16 juillet dernier, dans le bassin de Chambly. Avisée et dépêchée sur place le jour même, une équipe du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP) a pu identifier le poisson et confirmer qu’il s’agissait bel et bien du redoutable poisson.

« La carpe de roseau pourrait provenir des Grands Lacs où l’espèce est déjà établie, du fleuve Saint-Laurent où un individu a été capturé en 2016, ou encore du bassin versant du lac Champlain qui est relié à la rivière Richelieu », avance dans un communiqué le MFFP, qui a procédé à différentes analyses du plan d’eau les jours suivants la capture.

Le ministère a procédé à une prise d’échantillons d’eau pour analyser l’ADN environnemental du bassin de Chambly. Les échantillons permettent aussi de déterminer s’il y a présence d’œufs ou de larves dans les zones ciblées.

Aucune autre carpe de roseau n’a été capturée après trois jours de recherches et il est peu probable qu’une population importante soit dans le secteur.

ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs

La capture d’une carpe de roseau préoccupe le MFFP, qui la juge « prioritaire » en raison des nombreuses analyses d’ADN environnemental témoignant de sa présence dans le cours d’eau, qui offre des conditions favorables à son alimentation et sa reproduction.

« Le bassin de Chambly est un lieu très sensible, car le site des rapides de Chambly représente un habitat de reproduction crucial et indispensable à la survie du chevalier cuivré, un poisson dont la situation est extrêmement précaire et qui est désigné comme espèce menacée par le Gouvernement du Québec depuis 1999 », soulève le MFFP.

La carpe asiatique est une espèce exotique envahissante qui ravage tout sur son passage et déséquilibre l’écosystème dans lequel elle s’installe. Sa présence au Québec a été scientifiquement confirmée dans au moins 16 sites, entre 2015 et 2017, grâce à des analyses d’ADN environnementales. Mais il s’agit seulement du deuxième individu à être physiquement observé et capturé. Le 27 mai 2016, deux pêcheurs de Lanoraie avaient capturé une carpe de roseau de 64 livres.

Pourquoi la craindre ?

La carpe asiatique a été introduite en pisciculture dans le sud des États-Unis dans les années 70. Après des inondations en 1993, elle s’est retrouvée en milieu naturel, notamment dans le Mississippi. Elle a remonté le fleuve jusqu’au nord, à Chicago, où elle a proliféré jusque dans les Grands Lacs.

Les carpes asiatiques mangent jusqu’à 20 % de leur poids par jour, et les herbiers et zones humides du Québec sont des endroits de prédilection pour l’espèce, d’autant plus qu’elle n’a ni prédateur, ni compétiteur, ni maladie dans notre environnement. Elles affectionnent l’eau courante pour pondre, elles qui peuvent pondre jusqu’à 5 millions d’œufs par année.

Dans les cours d’eau des États-Unis, le Mississippi ou la rivière Illinois, par exemple, elle occupe plus de la moitié de la biomasse en poisson, parfois même jusqu’à 95 %, selon le Conseil québécois des espèces exotiques envahissantes, qui sonne l’alarme depuis plusieurs années à propos de l’arrivée imminente de cette espèce dévastatrice pour l’écosystème.