(Montréal) La majorité des navires qui sont entrés dans le golfe du Saint-Laurent le printemps dernier n’ont pas respecté la « restriction volontaire de vitesse » instaurée par Transports Canada pour protéger la baleine noire, gravement menacée, déplore un rapport publié mardi et qui appelle à rendre la mesure obligatoire.

Jean-Thomas Léveillé Jean-Thomas Léveillé
La Presse

L’organisme de conservation des océans Oceana Canada a constaté que 67 % des navires dépassaient la limite de 10 nœuds (18,5 km/h) entre le 28 avril et le 15 juin dans le détroit de Cabot, entre Terre-Neuve et l’île du Cap-Breton, en Nouvelle-Écosse.

Ainsi, 464 des 697 navires répertoriés ne respectaient pas la recommandation mise en place par les autorités fédérales pour protéger la baleine noire.

De plus, 10 d’entre eux voguaient même au-delà de 20 nœuds (37 km/h).

« On a des données ; on voit que ça ne marche pas », a déclaré à La Presse Sayara Thurston, responsable de campagne pour Oceana Canada.

Ce non-respect était prévisible, selon elle : « C’est une mesure volontaire dans une industrie où la vitesse peut donner un avantage compétitif. »

Cette limitation volontaire de vitesse concernait les navires de plus de 13 mètres circulant dans le détroit de Cabot jusqu’au nord-est des Îles-de-la-Madeleine durant la période d’arrivée des baleines noires dans les eaux du golfe du Saint-Laurent.

La même mesure doit de nouveau être en vigueur du 1er octobre au 15 novembre 2020, lorsque les baleines noires quitteront les eaux canadiennes pour la saison froide.

Oceana Canada exhorte Ottawa à rendre la limitation de vitesse obligatoire durant cette période et prévoit d’observer de nouveau la vitesse des navires.

« Le détroit de Cabot, c’est un endroit où il y a beaucoup de risques pour les baleines noires », insiste Mme Thurston.

Les baleines noires sont vulnérables aux collisions avec les navires parce qu’elles sont foncées et n’ont pas de nageoire dorsale, ce qui les rend difficiles à voir à la surface de l’eau, et parce qu’elles nagent lentement, à une vitesse moyenne de 5 nœuds.

Un outil efficace

Ces restrictions volontaires de vitesse font partie d’un assortiment de mesures mises en place par Transports Canada depuis l’hécatombe de 2017, année durant laquelle un triste record de 12 baleines noires avaient trouvé la mort dans les eaux canadiennes.

Des limites de vitesse obligatoires ont été instaurées dans deux zones de ralentissement saisonnier ainsi que dans des zones de ralentissement temporaire, pendant 15 jours lorsqu’une baleine est aperçue.

« On voit dans les endroits où la limite est obligatoire que c’est respecté presque à 100 % », dit Sayara Thurston.

L’organisme s’explique donc mal pourquoi Transports Canada n’a pas rendu la limite de vitesse obligatoire dès le départ dans le détroit de Cabot.

« Cette espèce n’a vraiment pas le temps qu’on teste [l’efficacité] des mesures », lance Mme Thurston, rappelant qu’il reste environ 400 spécimens de baleines noires de l’Atlantique Nord dans le monde, alors que l’espèce en a déjà compté entre 9000 et 21 000.

Transports Canada n’avait pas répondu aux questions de La Presse au moment d’écrire ces lignes.