Québec devrait soutenir financièrement le développement de BIXI comme il le fait pour d’autres modes de transport durable. C’est ce que propose la présidente sortante de l’organisme, Marie Elaine Farley.

Suzanne Colpron Suzanne Colpron
La Presse

« Le gouvernement provincial de l’Ontario a investi dans son système de vélopartage, souligne-t-elle. Québec pourrait le faire aussi. »

Grâce à l’essor des vélos électriques, qui élargissent l’accessibilité à la bicyclette, l’occasion serait belle pour le gouvernement Legault d’inclure BIXI dans son vaste projet d’électrification des transports, estime Mme Farley.

Celle qui a travaillé d’arrache-pied pendant six ans, sans salaire, pour remettre BIXI à flot voit en effet grand pour l’organisme qu’elle vient de quitter. Elle souhaite maintenant que ce service poursuive son expansion dans d’autres villes québécoises et même canadiennes.

Bond de 81 % de la fréquentation

À son arrivée, en 2014, la Société de vélo en libre-service (SVLS) était en faillite. L’ex-maire Denis Coderre lui avait confié un mandat d’un an : sauver la saison estivale et lui faire des recommandations sur l’avenir du nouvel OBNL, créé pour gérer BIXI. Tout a été revu en catastrophe, se souvient-elle. « On a eu un mois pour le faire. » La confiance du public était alors au plus bas.

« C’est la dernière saison : prouvez-moi que j’ai tort », avait lancé M. Coderre aux Montréalais, en les invitant à s’abonner.

La suite, on la connaît. Le réseau de vélos partagés a signé une entente de cinq ans avec la Ville de Montréal en 2014, qui vient d’être renouvelée pour 10 ans avec un financement de 40 millions.

La croissance de BIXI surpasse les objectifs : augmentations d’achalandage année après année, 1,4 million d’utilisateurs uniques, centaines de millions de kilomètres parcourus, stations dans 17 des 19 arrondissements montréalais.

De 2014 à 2019, la fréquentation du réseau a fait un bond de 81 %.

BIXI fait des petits

« On a annoncé ce qu’on ferait et on a fait ce qu’on a dit qu’on ferait, résume Marie Elaine Farley. C’est sûr que ça n’a pas toujours été facile, mais je pense que quand on gère un actif qui appartient aux Montréalais, c’est la moindre des choses. Et ça a été payant. On a gagné la confiance de tout le monde. Et, surtout, et c’est ce qui me rend le plus fière, la satisfaction de la clientèle est à la hauteur de 94 %. »

BIXI a aussi fait des petits. Après Longueuil et Westmount, le réseau s’est implanté à Montréal-Est, Laval et Mont-Royal, en 2019. Il songe à conquérir d’autres municipalités et d’autres provinces.

« On veut être partout », affirme Marie Elaine Farley, qui parle comme si elle était encore à la tête du conseil d’administration de l’organisme qu’elle a quitté le 27 mai. La Ville devrait d’ailleurs nommer sous peu la personne qui va lui succéder.

« Pourquoi pas BIXI à Brossard, BIXI à Sainte-Julie, et des vélos électriques dans d’autres provinces ? »

Le défi, c’est le prix des infrastructures pour les petites villes, ajoute l’avocate qui gagne sa vie à titre de présidente de la Chambre de la sécurité financière.

Partir en paix

« Ma vision, c’est de voir BIXI gagner du terrain ailleurs qu’à Montréal. C’est sûr que le vélo électrique le permet. Avec le projet d’électrification des transports, on peut rêver que le gouvernement provincial, à l’instar du gouvernement de l’Ontario, investisse dans les systèmes de vélos de transport actif », explique-t-elle.

Des discussions ont eu lieu avec Québec à ce sujet, mais aucune entente n’a été conclue.

Ici, c’est les villes qui investissent. BIXI est un partenaire incontournable de la mobilité intégrée à Montréal. Il faut, dans la veine de l’électrification des transports, qu’on le considère aussi.

Marie Elaine Farley, présidente sortante de BIXI

En attendant, le réseau se porte bien, malgré la pandémie qui risque d’entacher sa saison 2020. C’est le deuxième système de vélos en libre-service en importance en Amérique du Nord, après celui de New York, en dépit de la petite taille de Montréal comparativement à la mégapole américaine.

« Je pars en paix pour la suite des choses, dit la gestionnaire. Quand j’ai accepté de poursuivre mon mandat, en 2014, mon objectif, c’était de rendre le service de BIXI pérenne, mais aussi d’en faire un acteur incontournable de la mobilité pour qu’il ne soit plus remis en cause. Je pense que la Ville de Montréal a démontré que BIXI est là pour de bon. Mais je ne pars pas parce que ça ne me tente plus ; je pars parce que BIXI est capable de voler de ses propres ailes. »

Plan 2020-2028

D’ici 10 ans, l’ex-présidente s’attend à ce que BIXI gagne de nouveaux adeptes, surtout avec les vélos électriques qui démocratisent l’accès au service. « Ce ne sera pas dispendieux de faire un tour de vélo électrique et ça va permettre une accessibilité à presque tous », précise-t-elle.

Le plan 2020-2028 prévoit une hausse du nombre de vélos de 7000 à 10 000, en plus des 2000 vélos électriques, les E-BIXI, déjà commandés, dont la moitié sera livrée au courant du mois de juillet et l’autre moitié, l’été prochain.

Le nombre de kilomètres carrés desservis par le service de vélo en libre-service devrait aussi exploser, passant de 142 km2 à 315 km2.

« BIXI, c’est du transport. Et maintenant plus que jamais, on voit l’engouement pour le vélo. »

EN CHIFFRES

320 000

Nombre de personnes qui ont utilisé le réseau de vélopartage l’an dernier

5,8 millions

Nombre de déplacements effectués en BIXI en 2019, pour un total de 44 millions depuis 11 ans

95 km2

Territoire desservi par BIXI à Montréal

1000

Nombre de nouveaux E-BIXI qui seront offerts cet été. Il y a déjà 160 vélos électriques en circulation, dont 40 à Laval, depuis l’an dernier.

214

Nombre de jours d’exploitation de BIXI chaque année