Le ministère de l’Agriculture du Québec vient d’ouvrir une enquête sur l’importation illégale de plusieurs centaines de ruches de l’Ontario. Arrivé fin mai chez un fournisseur apicole de la Montérégie, le chargement était contaminé avec le petit coléoptère de la ruche (PCR), parasite qui gâche le miel avec ses excréments et dont le Québec était considéré comme exempt jusqu’ici.

Daphné Cameron Daphné Cameron
La Presse

Cette découverte pourrait s’avérer désastreuse pour les apiculteurs, car la majorité des colonies ont déjà été distribuées aux quatre coins de la province.

Au cours des derniers jours, une véritable course contre la montre a donc été déclenchée par le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation (MAPAQ) pour retrouver et avertir tous les acheteurs. Un travail de moine considérant le grand nombre de ruches importées.

On sait que le PCR est à nos portes depuis quelques années, on le surveille dans les zones frontalières, mais là, il est comme rentré par plusieurs portes et a été réparti partout.

Pierre Rouquet, vétérinaire, directeur du Laboratoire de santé animale du MAPAQ

Le PCR peut voyager sur une distance de 10 kilomètres pour s’installer dans d’autres ruchers. Ses larves fermentent le miel avec leurs déjections, laissant une forte odeur d’orange pourrie. Jeudi, un « avis de vigilance » a donc été envoyé à l’ensemble des apiculteurs de la province.

« En sanitaire, c’est comme la COVID-19, plus on agit vite, plus on a de chances de le circonscrire et de l’arrêter », explique M. Rouquet.

Que s’est-il passé ?

Selon l’avis de vigilance publié par le MAPAQ, cette affaire a débuté le 31 mai lorsqu’un insecte adulte « fortement suspecté d’être un petit coléoptère de la ruche » a été récolté par un inspecteur provincial chez un « fournisseur apicole de la Vallée-du-Richelieu ».

PHOTO BERNARD BRAULT, LA PRESSE

Entreprise Propolis-etc., à Saint-Mathieu-de-Belœil, dans la Vallée-du-Richelieu

Selon plusieurs sources, il s’agit de l’entreprise Propolis-etc. Appelé à donner sa version des faits vendredi, son propriétaire, Emmanuel De France, a confirmé être le fournisseur apicole visé par l’avis. Il a indiqué qu’il accorderait une entrevue à La Presse lundi matin, ce qu’il n’a finalement pas fait, malgré de nombreuses tentatives pour le joindre.

Le 3 juin, le laboratoire d’entomologie du MAPAQ a confirmé que l’insecte récolté était un PCR. « Ça ne veut pas dire que toutes les ruches sont contaminées, mais on sait qu’il y en a d’autres. On en a déjà retrouvé auprès des gens qu’on a retracé », explique M.  Rouquet.

Ce dernier explique que deux inspections auraient dû être réalisées : par les autorités ontariennes en quittant la province et par le MAPAQ en entrant au Québec.

« Il y a tellement de ruches qu’on ne pourra pas y aller par des ordonnances de destruction. On propose aux gens que soit ils détruisent les ruches, soit qu’ils posent des pièges si jamais elles ont déjà été mises dans des ruchers avec d’autres ruches », dit M. Rouquet.

Apiculteurs catastrophés

Consternés par cette découverte, les Apiculteurs et apicultrices du Québec ont écrit la semaine dernière au ministre de l’Agriculture, André Lamontagne, pour exiger qu’une sanction « stricte » et « exemplaire » soit appliquée « au contrevenant ».

Je suis complètement découragé, offusqué, en beau fusil. Qu’un apiculteur ait consciemment importé des ruches avec une possibilité de PCR en dedans alors qu’on se bat depuis des années au Québec pour protéger l’ensemble de l’industrie apicole, se faire faire quelque chose comme ça par un des nôtres, ça n’a pas de bon sens.

Stéphane Leclerc, président du syndicat de 200 propriétaires de ruches rattaché à l’Union des producteurs agricoles du Québec

L’arrivée du PCR marque une nouvelle ère pour l’apiculture au Québec, croit le regroupement. M. Leclerc s’inquiète d’ailleurs du fait que la plupart des ruches ont été distribuées à des apiculteurs amateurs qui ne possèdent pas nécessairement la formation nécessaire pour repérer l’insecte.

De l’Afrique au Québec

Le petit coléoptère de la ruche, Aethina tumida selon son nom scientifique, est un insecte originaire de l’Afrique subsaharienne. Il a été accidentellement introduit aux États-Unis dans les années 1990. Selon le site de référence Agri-réseau, il a été détecté pour la première fois en 2010 en Ontario.

PHOTO FOURNIE PAR MATHIEU GAUDREAULT

Petit coléoptère de la ruche

Au Québec, il a été identifié à quelques reprises, mais les autorités ont toujours réussi à le détruire rapidement.

Originaire de Québec, Mathieu Gaudreault est l’un des apiculteurs qui ont retrouvé du PCR dans leur ruche, après avoir reçu l’avis du MAPAQ.

Enseignant en horticulture, il est formé pour dépister les ravageurs. Or, il lui a fallu parler à des spécialistes et mener deux inspections avant de repérer un PCR. Il s’inquiète beaucoup des répercussions sur les apiculteurs professionnels dont le gagne-pain est la production de miel.

« Les gens vont devoir faire de très bonnes inspections sans tarder parce que chaque minute compte pour être capable de dépister ça le plus rapidement possible. »