(Ottawa) La plupart des grandes villes canadiennes ont connu une amélioration impressionnante de la qualité de l’air au cours des deux derniers mois, alors que la COVID-19 réduisait considérablement la circulation sur les routes.

Mia Rabson
La Presse canadienne

Or, les experts soutiennent qu’un air plus pur, même pendant quelques semaines seulement, peut réduire des maladies comme les crises d’asthme et les crises cardiaques. Par ailleurs, les gens qui souffrent de telles maladies préexistantes et qui sont atteints de la COVID-19 courent plus de risques d’être très malades, voire d’en mourir.

Chris McLinden et Debora Griffin, deux scientifiques de la section Recherche et science sur la qualité de l’air à Environnement Canada, passent leurs journées à utiliser des capteurs satellites pour mesurer la qualité de l’air et la présence de polluants comme l’ozone, le monoxyde de carbone et le dioxyde d’azote. Depuis la mi-mars, lorsque les provinces ont commencé à fermer des commerces et des espaces publics et à demander aux gens de rester chez eux, ils ont constaté des baisses importantes des niveaux de dioxyde d’azote, l’un des principaux gaz produits lorsque des combustibles fossiles sont brûlés pour faire rouler des véhicules et pour chauffer des bâtiments.

« C’est ce qu’on appelle un champ d’expérience inattendu : on ne peut pas vraiment reproduire ça en laboratoire », s’enthousiasme M. McLinden. Le chercheur explique que le dioxyde d’azote est l’un des meilleurs marqueurs pour une comparaison quotidienne, car il a tendance à se dissiper beaucoup plus rapidement que le monoxyde de carbone : sa présence dans l’atmosphère est donc un meilleur indicateur des changements sur une courte période de temps.

Dans des villes comme Toronto et Montréal, les niveaux de dioxyde d’azote ont chuté de plus de 30 %, ce qui, selon M. McLinden, est principalement dû au fait qu’il y avait moins de véhicules sur les routes et que les usines fermaient ou réduisaient leur production. À Edmonton et Calgary, cette baisse était même plus près de 40 %, a-t-il déclaré. Au Canada atlantique, où les niveaux sont généralement déjà très bas, les cartes ne peuvent pas assez bien saisir les données pour conclure à une réduction.

Les particules fines

M. McLinden rappelle toutefois que les cartes utilisées par les chercheurs ne mesurent pas les niveaux de particules fines dans l’air, l’une des plus grandes préoccupations pour la santé humaine. La science suggère toutefois que ces particules fines diminueraient également, mais probablement pas autant que le dioxyde d’azote.

En avril dernier, la société internationale de technologie de la qualité de l’air IQAir a mesuré dans 10 villes du monde des baisses importantes de particules fines connues sous le nom de « PM2,5 » (dont le diamètre est inférieur à 2,5 micromètres, ou microns). L’étude a montré une baisse de 60 % des PM2,5 à Delhi en avril par rapport à la même période de trois semaines en 2019, et des baisses de 54 % à Séoul, de 31 % à Los Angeles et de 25 % à New York.

Miriam Diamond, professeure de sciences de la terre à l’Université de Toronto, rappelle que même une baisse ponctuelle de la pollution de l’air peut avoir un impact positif sur la santé humaine. Le dioxyde d’azote et les PM2,5 peuvent provoquer une inflammation des voies respiratoires et déclencher des crises d’asthme, des crises cardiaques et des accidents vasculaires cérébraux.

L’an dernier, Santé Canada a estimé que plus de 14 000 Canadiens mouraient chaque année à cause de l’exposition à la pollution atmosphérique.

Quelques mois (de réduction) nous feront du bien, car cela réduit les décès et les maladies liés à la pollution de l’air, en particulier à un moment où nous sommes vraiment préoccupés par le système respiratoire.

Miriam Diamond, professeure de sciences de la terre à l’Université de Toronto

« J’espère que ça réduira aussi la gravité des symptômes chez ceux qui seront atteints de la COVID-19, parce que les poumons seront en meilleure santé. »

Le docteur Sandy Buchman, président de l’Association médicale canadienne, s’attend à voir des études qui montreront que la baisse de la pollution atmosphérique pendant le grand confinement coïncidera avec moins d’admissions à l’hôpital pour des crises cardiaques et des crises d’asthme. Il espère lui aussi que cela se traduira par des politiques durables de réduction de la pollution atmosphérique. « Il faudra voir les chiffres, mais je pense que ça peut avoir une influence majeure sur l’opinion publique, les politiciens et les experts en santé publique. »

Chris McLinden ajoute que les données que lui et sa collègue Griffin colligent actuellement vont aussi améliorer la modélisation sur l’origine de la pollution atmosphérique et apporter de meilleures solutions pour la réduire à long terme.