(Ottawa) Le coût des inondations pourrait tripler d’ici 2030 au pays si le Canada n’en fait pas plus pour mieux se protéger, laisse entendre une nouvelle étude.

Mia Rabson
La Presse canadienne

Selon l’Aqueduct Floods, une émanation du groupe de réflexion mondial World Resources Institute, le nombre de sinistrés par les inondations va plus que doubler dans le monde, passant d’environ 65 millions en 2020 à 132 millions en 2030. Le coût des dommages provoqués par ces désastres aux actifs urbains comme les maisons, les entreprises et les infrastructures publiques, dépassera les 700 milliards.

Comparativement, les inondations ont coûté un peu plus de mille milliards de dollars au cours de l’ensemble des trois dernières décennies, selon l’étude. Sans rien n’est entrepris, il en coûtera en moins de deux ans autant qu’au cours des 30 dernières années.

Le Canada ne sera pas épargné par ce phénomène. L’institut dit avoir constaté que les dommages provoqués par les inondations avaient totalisé environ 2,4 milliards. Si rien n’est fait pour prévenir ou atténuer ces désastres, le coût de la facture passera à près de 6,6 milliards US.

Le nombre de Canadiens sinistrés passerait de 200 000 en 2010 à plus de 350 000 en 2030. D’ici 2050, le coût annuel des inondations pourrait grimper au-delà des 14 milliards et toucher 431 000 personnes.

Les inondations le long des régions côtières vont empirer. Si en 2010, le coût s’élevait à environ 122 millions, celui-ci dépasserait 1,65 milliard, soit 13 fois plus, en 2030, et ce avec les mesures actuellement existantes.

Samantha Kuzma, l’un des autrices du rapport, dit que le changement climatique serait responsable d’environ un tiers de l’augmentation des risques d’inondation. Mais les inondations pourront aussi être imputées à la croissance démographique qui pousserait plus de personnes et d’entreprises à s’installer dans zones de plus en plus sujettes aux inondations. Environ un quart du risque accru d’inondation côtière peut être attribué à l’affaissement ou au recul progressif des terres.

Mme Kuzma croit que les coûts pourraient changer considérablement si les pays faisaient de l’atténuation des inondations une priorité. Selon les estimations, le Canada pourrait épargner plus de 2 $ pour chaque dollar investi dans la construction de digues et de bermes ou dans le drainage

« J’espère que cela nous incitera à investir dans la préparation, dit-elle. Cela mérite notre attention. »

Blair Feltmate, de l’Université de Waterloo, a déclaré que ce rapport apporte une preuve supplémentaire que les inondations seront plus importantes, plus fréquentes et plus coûteuses si les autorités n’agissent pas.

Il souligne à quel point les Canadiens peuvent se compter chanceux que les inondations ne sont pas avérées ce printemps comme un problème majeur. Il s’est demandé comment les sinistrés pourraient conjuguer la distanciation physique à la lutte contre la montée des eaux ou aux évacuations.

« C’est bêtement de la chance, soutient M. Feltmate. La chance n’est pas une politique sur laquelle on veut compter. »