La production mondiale de plastique est en pleine expansion, ce qui pose des problèmes pour l’environnement et la santé publique, alerte Greenpeace dans un rapport publié la semaine dernière. Estimant que les solutions proposées par les grandes entreprises sont également problématiques, l’organisation appelle au retour massif du réutilisable.

Jean-Thomas Léveillé Jean-Thomas Léveillé
La Presse

189 centrales au charbon

La production et l’incinération du plastique émettront autant de gaz à effet de serre (GES) d’ici la fin de l’année que 189 centrales thermiques au charbon, écrit Greenpeace dans le rapport Jeter l’avenir aux ordures : la crise de la pollution plastique et les fausses solutions de l’industrie, publié la semaine dernière. Et l’industrie prévoit augmenter la production de plastique de 40 % d’ici 10 ans, ce qui fera en sorte qu’un cinquième de la consommation mondiale de pétrole sera liée à la production de plastique, ajoute l’organisation, pour qui les articles de plastique à usage unique sont ainsi en train de devenir la « bouée de sauvetage des industries pétrolière et gazière ». Ce rapport « permet de comprendre l’ensemble des impacts de ces plastiques sur toute la chaîne alimentaire, sur l’environnement, la santé humaine, mais aussi comment c’est étroitement lié à la pétrochimie », affirme Louise Vandelac, professeure titulaire à l’Institut des sciences de l’environnement de l’Université du Québec à Montréal (UQAM).

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Chaque minute, l’équivalent d’un camion chargé de déchets plastiques aboutit dans les océans, rappelle le rapport de Greenpeace.

Le mirage du recyclage

Chaque minute, l’équivalent d’un camion chargé de déchets plastiques aboutit dans les océans, rappelle le rapport de Greenpeace. Et quand il ne se retrouve pas dans l’environnement, le plastique est plus souvent envoyé à l’incinérateur ou au site d’enfouissement qu’au recyclage, déplore l’organisation, qui indique que les systèmes de recyclage sont incapables de traiter le volume de plastiques à l’échelle mondiale. Greenpeace relève que le recyclage du plastique est souvent, en réalité, du « décyclage », soit la transformation en produits de moindre qualité qui ne peuvent être recyclés à nouveau. Seule une infime proportion des contenants de plastique est donc réellement transformée en nouveaux contenants. Les plastiques souples, souvent composés de plusieurs matériaux, sont quant à eux « difficiles, voire impossibles à recycler », souligne le rapport. D’autres entreprises disent développer des techniques de « recyclage chimique », qui permettent de séparer les types de plastique à l’aide de solvants, mais Greenpeace y voit plutôt un « écran de fumée » inquiétant en raison de « leur caractère énergivore » et de leurs émissions « chimiques nocives ».

Remplacer un problème par un autre

L’industrie « fait fausse route » avec des solutions qui « risquent d’engendrer d’autres problèmes », a déclaré à La Presse Agnès LeRouzic, chargée de la campagne Océans et Plastique de Greenpeace Canada. Le rapport donne l’exemple d’entreprises de restauration rapide qui troquent pailles et contenants de plastique contre des articles en papier, alors qu’aucun fabricant ne s’approvisionne uniquement en fibres recyclées et que plusieurs ignorent si leurs produits sont eux-mêmes recyclables. L’industrie des pâtes et papiers cause aux forêts des « dommages importants qui aggravent les changements climatiques », ajoute l’organisation. D’autres misent sur les plastiques « biosourcés », fabriqués à partir de matière végétale comme le maïs ou la canne à sucre, présentés comme biodégradables ou compostables. Or, la chaleur et l’humidité requises pour atteindre cet objectif ne se retrouvent que dans les centres de compostage industriel, généralement dans les pays développés. Greenpeace souligne également que le « plastique végétal » provient en « grande partie » de cultures agro-industrielles, qui font concurrence aux cultures alimentaires et produisent des GES, et qu’il contient aussi une part de plastique d’origine fossile et peut nécessiter des additifs chimiques.

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Seule une infime proportion des contenants de plastique est réellement transformée en nouveaux contenants.

Un « cercle parfaitement vicieux »

L’élimination des déchets de plastique passe notamment par des « systèmes de recharge et de réutilisation innovants », conclut Greenpeace, soulignant la « plus-value » que représenterait cette transition. L’organisation insiste par ailleurs sur la nécessité que ces contenants rechargeables et réutilisables soient consignés, durables, non toxiques et abordables, pour ne pas être réservés aux consommateurs les plus fortunés. La responsabilité élargie des producteurs doit aussi faire partie de l’équation, estime l’organisation. « On dépense une énergie folle pour nettoyer ce que l’industrie devrait prendre en charge », illustre Agnès LeRouzic, un constat partagé par la professeure Louise Vandelac, qui qualifie le problème du plastique de « cercle parfaitement vicieux ». Elle appelle à une intervention des pouvoirs publics, notamment en vertu de la législation sur les substances toxiques. « C’est tout à fait anormal que les gens aient à subir les contrecoups d’une industrie qui n’est pas soumise à une réglementation beaucoup plus stricte », déplore-t-elle.