De Bruxelles à New York, de Kampala à Tokyo, des manifestations sont prévues toute la journée aujourd’hui pour souligner le début d’une semaine de « grève mondiale pour le climat », qui culminera notamment par la présence de la militante Greta Thunberg dans les rues de Montréal vendredi prochain. Une mobilisation planétaire impressionnante pour un mouvement porté à l’origine par de jeunes Suédois, dont la militante Isabelle Axelsson, que nous avons jointe cette semaine à Stockholm.

Judith Lachapelle Judith Lachapelle
La Presse

Ce matin, quand l’horloge de la Storkyrkan  – la grande cathédrale de Stockholm – indiquera 8 h, Isabelle Axelsson sera non loin de là, en face du Riksdag, le parlement suédois.

Depuis l’automne dernier, c’est là qu’elle y rejoint ses compatriotes qui font eux aussi la grève scolaire chaque vendredi, pour demander aux élus une seule chose : en faire plus pour lutter contre le réchauffement climatique.

L’épicentre suédois

Stockholm, c’est l’épicentre de ce mouvement mondial né il y a à peine un an quand une adolescente de 15 ans, tressée et obstinée – aujourd’hui célèbre –, s’est installée seule avec sa pancarte, devant le parlement suédois, pour alerter les élus.

« Ici, en Suède, à l’été 2018, il a fait très chaud, il y a eu beaucoup d’incendies de forêt », raconte Isabelle Axelsson, 18 ans, jointe cette semaine à Stockholm. « C’était fou. Tellement de jeunes avaient peur. Qu’est-ce qui se passait ? Pourquoi ? On avait le sentiment qu’il fallait faire quelque chose, mais on ne savait pas quoi. Et puis une personne l’a fait : Greta. Et c’est tout ce qu’il fallait. »

Le mouvement connu sous le nom « Fridays for Future » a pris de l’ampleur à l’automne. Une amie d’Isabelle Axelsson l’a convaincue de s’y joindre. À la fin de l’automne, elle a fait le saut. « Et c’est comme ça que j’ai fini par devenir l’une des organisatrices des grosses manifestations, dit-elle. J’avais participé auparavant à certaines manifestations et à certains rassemblements, mais je n’avais jamais fait la grève, et jamais dans le cadre d’un évènement de telle envergure. »

Un mouvement mondial

« C’était de petites grèves au début, puis ça s’est mis à grossir, de plus en plus… Je ne pense pas que quiconque était préparé à ça ! Des militants plus âgés m’ont dit : “Voilà ce dont je rêvais depuis des années !” Ils n’avaient jamais vu quelque chose de semblable. Pour nous, c’est formidable, et ça nous donne espoir. C’est quelque chose que nous espérions, mais que nous n’avions pas prévu. »

À la fin de 2018, le mouvement avait déjà essaimé dans les grandes villes du monde. Au printemps dernier, une première mobilisation mondiale le 15 mars a connu un succès retentissant – notamment à Montréal, avec quelque 150 000 manifestants dans les rues, selon les organisateurs.

Manifestement, les jeunes Suédois n’étaient pas les seuls à chercher une façon d’exprimer leurs inquiétudes. « Ailleurs dans le monde, d’autres jeunes se sentaient comme nous, dit Isabelle Axelsson. Ils se sont dit : “Regardez ce qu’ils ont fait en Suède ! On peut le faire aussi !” Je crois que c’est comme ça que ça s’est répandu. »

Manifester, c’est quelque chose que nous pouvons faire, c’est quelque chose de significatif. Et qui peut exercer de la pression sur les gens qui peuvent prendre des décisions.

Isabelle Axelsson

Greta Thunberg à New York

Aujourd’hui, pour la première journée de cette « grève mondiale pour le climat », qui se déroule deux vendredis, Greta Thunberg marchera à New York, où se tiendra à partir de lundi le sommet de l’Organisation mondiale des Nations unies.

Dans les entrevues qu’elle a données aux États-Unis depuis son arrivée, Greta Thunberg a notamment comparé l’attitude des Suédois à celle des Américains face au réchauffement climatique, les premiers considérant généralement le phénomène comme un « fait », et les seconds, comme une « croyance ».

« En Suède, observe Isabelle Axelsson, les gens comprennent qu’il s’agit de faits, mais la lutte contre les changements climatiques n’est pas une priorité. Ils savent que le réchauffement climatique est en cours, et que c’est important. Mais je ne pense pas que les gens constatent combien c’est important et ce qu’on doit faire pour l’arrêter. »

« En fait, moi non plus, je ne sais pas ce qu’on doit faire ! dit-elle en riant. Je ne suis qu’une jeune étudiante, je n’ai pas toutes les réponses ! Mais les scientifiques, eux, les ont. Alors, les politiciens doivent prendre acte des faits et écouter les scientifiques. »

Et c’est ce qu’elle répétera, encore ce matin, aux portes du Riksdag.

Montréal marchera le 27

Après les élèves et les enseignants de la Commission scolaire de Montréal, ainsi que de nombreux autres citoyens montréalais qui ont l’intention de se joindre à la manifestation du 27 septembre, la Ville de Montréal a annoncé à ses employés hier qu’elle les invitait à participer à l’évènement. Le directeur général de la Ville, Serge Lamontagne, a écrit hier aux employés municipaux pour les aviser que la Ville autoriserait leur absence aux fins de la participation à la manifestation, « dans le respect des besoins opérationnels » et sur leur « temps personnel ». Plus tôt en journée hier, la mairesse de Montréal, Valérie Plante, qui prendra la parole devant l’Organisation des Nations unies (ONU) lundi, a annoncé que Greta Thunberg serait reçue à l’hôtel de ville de Montréal lors de son passage dans la métropole.

Amnistie internationale remet des prix

Après qu’Amnistie internationale a remis lundi le prix d’Ambassadeur de la conscience à Greta Thunberg et au mouvement de jeunes Fridays for Future, la section locale de l’organisation honorera aujourd’hui cinq organisations qui ont relayé au Québec le mouvement des grèves pour le climat. Les organismes Pour le futur Québec, La planète s’invite à l’université, Pour le futur Montréal, Vendredi pour le futur Victoriaville et Devoir environnement collectif recevront eux aussi le prix Ambassadeur de la conscience à titre d’acteurs locaux du mouvement Fridays for Future.