Le nom de Greta Thunberg était sur toutes les lèvres, hier. Il était scandé dans la majorité des slogans et écrit en grosses lettres sur beaucoup de pancartes. Beaucoup ont qualifié son passage à Montréal d’« historique », alors que des centaines de milliers de marcheurs sont descendus dans les rues pour se rallier à la cause défendue avec ardeur par la jeune environnementaliste.

Mayssa Ferah Mayssa Ferah
La Presse

L’aventure montréalaise de la jeune militante a débuté en matinée, lors d’un point de presse où elle s’est exprimée d’une voix ferme, avec calme et assurance. Les organisateurs du mouvement, quelques dignitaires autochtones et de nombreuses personnalités, dont David Suzuki, étaient attentifs à chacune des paroles prononcées par l’adolescente la plus connue au monde.

PHOTO ANDRÉ PICHETTE, LA PRESSE

Greta Thunberg et David Suzuki

Elle s’est dite excitée d’être à Montréal, mais surtout heureuse de se tenir debout avec des gens de partout autour de la planète pour une cause commune.

« C’est très émouvant de voir autant de gens passionnés et mobilisés pour la marche et la grève, des gens de tous les âges, de toutes les générations », a-t-elle dit.

Elle a profité de cette première apparition publique de la journée pour glisser un mot sur sa rencontre avec le premier ministre Justin Trudeau et exprimer son sentiment général par rapport à la classe politique.

« Mon message pour les politiciens à travers le monde est toujours le même : “Écoutez et agissez en vous basant sur la science.” J’essaie de ne pas me concentrer sur les individus, mais plutôt d’avoir une vue d’ensemble. C’est facile de blâmer une seule personne, et [M. Trudeau] a beaucoup de responsabilités, mais c’est sûr qu’il n’en fait pas assez », a-t-elle dit.

PHOTO ANDREJ IVANOV, REUTERS

Greta Thunberg a rencontré Justin Trudeau.

Des manifestants conquis

Greta Thunberg a conquis les manifestants, le temps d’une marche.

« Make the world Greta again », affichaient des pancartes, habile référence au slogan de campagne du président américain Donald Trump. Plus loin, sur quelques affiches portées à bout de bras par des adolescents enthousiastes, on pouvait lire la phrase How dare you ?, tirée de son discours prononcé à l’ONU lundi dernier. D’autres petits groupes déambulaient carrément avec d’immenses photos de la jeune Suédoise.

Greta Thunberg, elle, se trouvait à la tête de l’immense cortège qui a pris d’assaut la métropole, du parc Jeanne-Mance jusqu’au parc urbain situé sur le boulevard Robert-Bourassa, à l’angle de la rue Bonaventure.

Le visage tantôt souriant, tantôt déterminé, elle brandissait avec une fierté manifeste le message Skolstrejk för klimatet – « grève scolaire pour le climat » en suédois.

Son discours de clôture parsemé de mots en français a suscité des cris de joie et d’admiration et des applaudissements retentissants. Visiter le Canada, c’est un peu comme revenir chez elle, a-t-elle dit. Elle a énuméré avec une pointe d’humour, devant une foule euphorique, les similarités entre le pays et sa Suède natale : les orignaux, les hivers froids, la neige, le hockey sur glace…

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE

Greta Thunberg a été accueillie par cette foule réunie au centre-ville de Montréal.

Après de multiples remerciements adressés aux marcheurs, elle s’est réorientée vers la cause environnementale. Elle a dénoncé l’inertie de la classe politique et ses mesures qu’elle estime insuffisantes : « Nous marchons pour la planète et un meilleur futur […] Cette semaine, les leaders du monde entier se sont rassemblés à New York. Ils nous ont déçus une fois de plus avec leurs mots vides de sens et leurs plans insuffisants », a-t-elle dénoncé. « S’ils avaient fait leur travail, nous n’aurions pas à nous inquiéter », a-t-elle renchéri.

Les clés de la ville

Un rassemblement de jeunes guettaient avec espoir l’arrivée de leur idole à l’entrée de l’hôtel de ville de Montréal. La jeune environnementaliste s’y trouvait pour rencontrer Valérie Plante. Souriante, la mairesse lui a remis les clés de la ville. Ce geste a une valeur symbolique. « Greta sera toujours la bienvenue dans la métropole québécoise », a expliqué la mairesse. Elle a également remercié sa jeune invitée d’avoir « porté un message franc, qui ne laisse personne indifférent ».

Mme Plante a qualifié la journée d’hier d’« absolument exceptionnelle ».

PHOTO MARTIN TREMBLAY, LA PRESSE

Greta Thunberg et Valérie Plante, mairesse de Montréal

Malgré les nombreux médias présents et les multiples remerciements, c’est une Greta Thunberg plutôt décontractée qui s’est adressée au public pour cette courte apparition, sa dernière de la journée. Vêtue d’une chemise à fines rayures, chaussures sport bleues aux pieds et cheveux tressés, elle s’est dite reconnaissante de la réception positive de sa visite et dépassée par l’ampleur de la marche. Elle a invité tous les sympathisants à continuer leur mobilisation.

À travers l’histoire, les importants changements sociaux sont survenus grâce aux mouvements populaires, affirmait la jeune militante plus tôt hier après-midi. « Le changement arrive, que vous l’aimiez ou non. »

— Avec la collaboration de Raphaël Pirro et Jean-Thomas Léveillé, La Presse

Les visages de la marche

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

Félixe Dionne, 30 ans, s’est présentée à la manifestation déguisée en cornichon.

Félixe Dionne, 30 ans, s’est présentée à la manifestation déguisée en cornichon. Pourquoi ? « Pourquoi pas ? », répond-elle en riant. Elle était visiblement enchantée de voir la foule aussi nombreuse. « Il faut que les choses changent, maintenant », dit-elle. Au dos de sa pancarte, on lisait : « La nature est sexy. »

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

Olivier Gauvin et Jonathan Bacon

Olivier Gauvin et Jonathan Bacon travaillent tous deux pour l’organisme Rézo, qui fait la promotion de la santé de « gars qui couchent avec d’autres gars ». Ils ont uni leur travail à la cause environnementale avec une affiche pour le moins originale.

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

Kattam Laraki-Côté (à gauche)

Kattam Laraki-Côté (à gauche) s’est joint à d’autres manifestants munis de percussions pour soulever la foule. « Sau-sau-sau, sauvez la planète », scandaient des dizaines de personnes autour d’eux. Un véritable party au cœur de la manifestation. « J’ai fait 200 mètres en une heure », a dit l’homme, visiblement heureux de ces rencontres improvisées.