La jeune militante suédoise Greta Thunberg et le secrétaire général des Nations unies (ONU), António Guterres, ont donné le ton hier à New York lors du Sommet sur le climat qui a réuni 64 pays ainsi que des représentants de l’Union européennne. Retour sur les faits saillants de la journée. 

Éric-Pierre Champagne Éric-Pierre Champagne
La Presse

« Des actions »

Greta Thunberg a livré un discours coup de poing sermonnant au passage les leaders internationaux. De son côté, António Guterres a été très clair dans son discours d’ouverture quant à ses attentes pour ce sommet. « Nous ne sommes pas ici pour faire un brin de jasette, nous avons assez parlé. Nous ne sommes pas venus pour négocier, nous avons assez négocié. Nous sommes là pour des actions. » 

Charge émotive

« Je ne devrais pas être ici. Je devrais être de retour en classe de l’autre côté de l’océan, a lancé, émue, Greta Thunberg. Et pourtant, vous vous tournez vers nous, les jeunes, pour de l’espoir. Comment osez-vous ? » La jeune militante a aussi entrepris, avec 15 autres jeunes, une offensive judiciaire en dénonçant l’inaction des dirigeants comme une atteinte à la Convention de l’ONU relative aux droits de l’enfant. Cette plainte inédite vise cinq pays pollueurs : la France, l’Allemagne, l’Argentine, le Brésil et la Turquie. Depuis 2014, un « protocole optionnel » permet à des enfants de porter plainte devant le comité des droits de l’enfant de l’ONU, s’ils estiment que leurs droits sont bafoués.

Faire mentir les pronostics

Le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a lancé un message clair aux participants à ce sommet. « Si vous avez de mauvaises nouvelles, ne venez pas ! » M. Guterres souhaitait évidemment fouetter les troupes alors qu’il est de plus en plus probable que les objectifs de l’accord de Paris ne pourront être atteints. Les données les plus récentes compilées par les scientifiques rendent très improbable la possibilité de limiter le réchauffement à l’échelle de la planète à moins de 2 degrés Celsius, à moins de mettre en place des mesures importantes dès 2020. Les dernières prévisions des scientifiques prévoient plutôt un réchauffement de 3 à 4 degrés, voire 7 degrés dans le pire des scénarios.

Objectif 55 % pour Montréal

La mairesse de Montréal, Valérie Plante, a annoncé qu’elle visait une réduction des GES de 55 % d’ici 2030, alors qu’elle prenait la parole à New York au nom des villes de la planète. « J’ai demandé à un panel d’experts et de scientifiques de développer un plan de réduction de 55 % de nos émissions d’ici 2030 [par rapport aux émissions de 1990] et je suis prête à aller plus loin. » Selon la mairesse, « la recette est bien connue ». « Il faut miser sur la mobilité durable par une offre de transport actif et collectif améliorée, mettre fin à notre dépendance à la voiture solo et électrifier les transports. »

Des progrès, mais…

L’ONU a annoncé hier que 66 États adhéraient désormais à l’objectif d’une neutralité carbone d’ici 2050. Les plus importants pollueurs comme l’Inde, la Chine, la Russie et évidemment les États-Unis n’en font pas partie. Ces États se joignent à 10 régions, 102 villes et 93 entreprises pour parvenir à un bilan de zéro émission de gaz à effet de serre d’ici le milieu du siècle, un objectif qui permettrait de contenir le réchauffement de la Terre à 2 °C ou moins. Une nouvelle positive dans la mesure où les autres signataires de l’accord de Paris accepteront eux aussi d’en faire un objectif. Soixante-huit pays se sont aussi engagés à revoir à la hausse leurs engagements d’ici 2020, un objectif qui était déjà au programme de la COP21 pour l’ensemble des signataires.

Visite éclair du président Trump

À la surprise générale, le président des États-Unis, Donald Trump, a fait une très brève apparition au Sommet Action climat. Présent une dizaine de minutes, M. Trump a brièvement applaudi l’intervention du premier ministre indien Narendra Modi, appelant « le monde à agir maintenant ». Puis, peu après le discours de la chancelière allemande Angela Merkel, il s’est éclipsé, sans avoir dit un mot. À sa sortie de la pièce, le président a dit aux journalistes qu’il croyait « beaucoup à l’air pur et à l’eau pure et tous les pays devraient se mettre ensemble pour y parvenir ». L’agenda du président indiquait qu’il participait à une conférence sur les libertés religieuses.

La Russie signe l’Accord de Paris

Dans une décision qui a été saluée par les groupes écologistes, la Russie a annoncé avoir signé, hier, une résolution gouvernementale consacrant son adhésion définitive à l’accord de Paris. Rappelons que la Russie est le cinquième émetteur de GES sur la planète. On ne connaît pas encore évidemment les moyens qui seront déployés pour atteindre les objectifs de l’accord de Paris. Parmi les plus importants émetteurs de GES, il ne reste que les États-Unis qui ne participent pas aux objectifs de la COP21. Le gouvernement américain se montre toujours climatosceptique, sauf que de plus en plus d’élus républicains sont confrontés aux diverses réalités des changements climatiques et leurs électeurs sont inquiets.

Le pape dénonce des engagements vagues

Le pape François a déploré les « très vagues » engagements pris par les États depuis l’accord de Paris de 2015, dans un message vidéo envoyé aux participants du sommet. « Quatre ans après cet accord historique, nous constatons que les engagements pris par les États sont encore très vagues et loin d’atteindre les objectifs fixés », s’inquiète-t-il. Le souverain pontife se demande même « s’il existe une réelle volonté politique d’allouer davantage de ressources humaines, financières et technologiques pour atténuer les effets négatifs des changements climatiques et aider les populations les plus pauvres et vulnérables, qui sont celles qui en souffrent le plus ».

Difficile d’être optimiste

« Je ne suis pas optimiste, c’est difficile de l’être en ce moment », a lancé Karel Mayrand, directeur général, Québec et Atlantique, à la Fondation David Suzuki. Selon lui, la lenteur des institutions à répondre aux signaux a plombé les chances de limiter le réchauffement à moins de 2 °C. S’il n’est pas optimiste, M. Mayrand se dit cependant encouragé par la mobilisation actuelle et croit que les initiatives vont s’accélérer au cours des prochaines années. « Si les États ne bougent pas assez vite, il se passe beaucoup de choses dans le secteur privé et les municipalités. »

— Avec l’Agence France-Presse