(Ottawa) Des citoyens touchés par l’érosion des berges du fleuve Saint-Laurent envisagent sérieusement une action collective contre le gouvernement fédéral pour le forcer à mettre en place un programme de protection des rives.

Catherine Lévesque
La Presse canadienne

Si rien n’est fait, des centaines de riverains de Varennes, Verchères, Contrecœur, Sorel-Tracy, mais aussi Lavaltrie et Lanoraie pourraient perdre leur maison dans les prochaines années.

Le député bloquiste Xavier Barsalou-Duval a déposé à la Chambre des communes une pétition signée par plus de 2300 personnes pour demander l’intervention du fédéral afin de renverser la tendance.

En raison du trafic maritime, le sol s’érode d’un ou de deux mètres dans certains tronçons du fleuve très étroits entre Montréal et le lac Saint-Pierre.

La présidente du Comité pour la protection des berges du Saint-Laurent, Micheline Lagarde, prévient que la situation est devenue « alarmante » pour les propriétaires de maisons dans ces municipalités.

Karine Durocher, qui est propriétaire d’une maison ancestrale sur l’île Sainte-Thérèse à Varennes, construite en 1915 par son arrière-grand-père, estime que les bateaux passent à moins de 250 mètres de son terrain.

Les vagues sont si fortes que sa cour s’érode à chaque année. À son avis, il ne reste que deux ou trois ans avant que la maison tombe dans le fleuve Saint-Laurent.

Mme Durocher dit avoir interpellé le fédéral à ce sujet à plusieurs reprises, mais n’a pas obtenu de réponse. « On trouve ça aberrant d’être laissés comme ça sans recours face à ce problème-là », déplore-t-elle.

Certains tronçons dans cette zone ont été creusés de façon artificielle afin de permettre la navigation commerciale.

Il s’agit donc d’une tout autre dynamique que des maisons qui ont été construites dans des zones inondables, par exemple, et qui doivent être délocalisées dans les prochaines années en raison des changements climatiques.

« On ne s’est pas installés dans des endroits qui étaient à risque, c’est le risque qui est venu à nous », décrit Mme Durocher.

Par le passé, le fédéral avait construit des murets d’acier ou de béton pour empêcher l’érosion des berges.

Mais ces infrastructures sont laissées à l’abandon depuis que l’ancien gouvernement libéral a mis fin au programme de protection des rives en 1997, dans la foulée de compressions budgétaires pour atteindre le déficit zéro.

Le député Barsalou-Duval a critiqué l’attitude de « laisser-aller » de la part d’Ottawa dans ce dossier depuis les deux dernières décennies. « Les problèmes ne sont plus soutenables pour les citoyens », renchérit-il.

Les citoyens espèrent avoir bientôt une rencontre avec le ministre fédéral des Transports, Marc Garneau, pour discuter du dossier et trouver une solution.

Questionné à ce sujet pendant la période des questions, le ministre Garneau a répondu que le fédéral avait imposé des restrictions de vitesse sur les navires qui circulent dans cette portion du fleuve Saint-Laurent. Il dit qu’il va continuer de « surveiller la situation » de près.