Le scandale qui ébranle ces jours-ci le site montréalais Pornhub, accusé d’héberger des images de pédopornographie, témoigne d’une crise bien plus grande. Les images d’enfants exploités sexuellement sur l’internet se comptent en millions au Canada, les signalements annuels pour des crimes liés à la pornographie juvénile, en dizaines de milliers. Les autorités ne suffisent pas à la tâche. Les policiers doivent choisir les « pires » dossiers. Incursion dans une guerre sans fin.

Gabrielle Duchaine Gabrielle Duchaine
La Presse

Caroline Touzin Caroline Touzin
La Presse

(Montréal et Winnipeg) « On n’a pas le temps d’arrêter tout le monde. C’est juste une inondation de personnes qui regardent des enfants se faire violer puis qui aiment ça. C’est la réalité. »

Cette phrase, c’est un policier expert de la lutte contre l’exploitation sexuelle des enfants sur l’internet qui l’a dite en parlant de son travail.

Au Canada, les photos et les vidéos à caractère sexuel mettant en scène des mineurs se comptent désormais en millions ; les dénonciations pour des crimes liés à la pornographie juvénile, en dizaines de milliers annuellement, révèle une vaste enquête de La Presse. Les autorités sont submergées. Le phénomène est mondial et le Canada n’y échappe pas. Des chiffres inédits obtenus auprès de six instances différentes montrent l’ampleur d’une crise inégalée.

Les chiffres frappent

Le Centre national de coordination contre l’exploitation des enfants de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) a traité en 2018 sept fois plus de dossiers qu’en 2015 (102 927 dossiers contre 14 951). « Et ça double presque chaque année », dit le surintendant Robert Lajoie. Le corps de police a dans sa base de données 5 millions d’images mettant en scène des enfants exploités sexuellement.

Au Québec, l’Équipe d’enquêtes sur l’exploitation sexuelle des enfants sur l’internet de la Sûreté du Québec (SQ) a reçu, depuis le début de cette année, 1790 signalements, contre 530 il y a cinq ans.

À Montréal, le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) s’est vu confier 840 dossiers d’exploitation sexuelle de mineurs sur le web entre le 1er janvier et le 4 novembre 2020, contre 541 pour toute l’année 2015.

En novembre, le Centre canadien de protection de l’enfance comptait 25 millions d’images potentiellement associées à des abus pédosexuels dans sa base de données. Une augmentation de 11 millions d’images depuis mars dernier.

Finalement, aux États-Unis, l’organisme chargé de recevoir les plaintes faites par les entreprises web, les Facebook et Google de ce monde, fait état de 16,9 millions de signalements en 2019 totalisant 69 millions d’images. Près de 37 000 signalements ont été transmis aux policiers canadiens parce qu’ils concernaient des internautes d’ici.

Et ce ne sont que les cas déclarés aux autorités.

Pourquoi une telle hausse ? Avec les avancées technologiques viennent de nouvelles occasions de produire, diffuser et posséder de telles images, explique le professeur de criminologie à l’Université de Montréal Francis Fortin. « Les vitesses de connexion augmentent, le temps passé en ligne aussi. » Il ajoute, pour expliquer la hausse, que de plus en plus de gens sont à l’affût de ce type de crimes. « Il y a un plus grand nombre de “gardiens” qui sont témoins et qui dénoncent ces délits. »

Pourtant, les mises en accusation ne suivent pas la même courbe. L’an dernier, seulement 775 causes liées à la pornographie juvénile ont abouti devant les tribunaux du pays, révèlent des données préparées pour La Presse par Statistique Canada. C’est à peine 200 de plus que cinq ans plus tôt, et bien loin des dizaines de milliers de signalements annuels. Le nombre d’arrestations, autant à la SQ qu’au SPVM, ne dépasse généralement pas les 100 par année.

« C’est compliqué d’arrêter quelqu’un », note Francis Fortin, lui-même un ancien analyste à la Sûreté du Québec. « Ça prend des gens pour faire les perquisitions. Ça prend des gens pour accompagner le processus judiciaire. On pourrait ajouter des policiers et des policiers, ils auraient toujours des dossiers à enquêter. »

« Du très, très laid »

12 décembre 2017. Dans une salle du palais de justice de Trois-Rivières, l’enquêteur Laval Tremblay, de la SQ, prend la barre. Nous sommes à l’enquête préliminaire d’un homme accusé de possession de pornographie juvénile. Expert de la lutte contre l’exploitation sexuelle des enfants sur l’internet, le policier Tremblay expose au juge l’horreur dont il est quotidiennement témoin.

La phrase qui amorce notre texte vient de lui. « Il y en a 80 à l’heure qui se connectent pour transférer des fichiers de pornographie juvénile. Puis ça, c’est à part de tous les autres dossiers qui nous rentrent. Ça fait qu’on n’a pas le temps d’arrêter tout le monde, c’est juste une inondation de personnes qui regardent des enfants se faire violer puis qui aiment ça. »

L’affirmation paraît alarmiste. Mais des dizaines de policiers, juristes et spécialistes que La Presse a rencontrés au cours des derniers mois dressent le même portrait.

Il y a du très, très laid sur l’internet. La pointe de l’iceberg, c’est ceux qu’on attrape.

Mélodie Leclerc, sergente-détective au SPVM

Les dossiers entrent de partout : des entreprises web, des citoyens, d’Interpol, des opérations d’infiltration policière, des logiciels espions qu’opèrent certains organismes, dont la police et le Centre canadien de protection de l’enfance et des victimes elles-mêmes.

Face à une hydre dont la tête repousse par deux chaque fois qu’on la coupe, les policiers sont forcés de choisir.

« Il faut prioriser les dossiers les plus importants dans une liste de dossiers qui sont tous déjà importants », dit le lieutenant-détective Marco Breton, responsable de l’Équipe de lutte contre l’exploitation sexuelle des enfants sur l’internet au SPVM.

Prioriser, ça veut dire se concentrer presque uniquement sur des cas où les images montrent des enfants de moins de 12 ans, sauf lorsque les policiers peuvent identifier la victime et ainsi prouver qu’elle est mineure. Parce que plus vieux que 12 ans, « c’est difficile d’affirmer à 100 % que c’est sûr que c’est un enfant qui est sur l’image ». « Alors on y va toujours avec du prépubère et même du très, très, très, très jeune », décrit Mélodie Leclerc. Et il y en a beaucoup. « Environ 45 % de ce qu’on voit, c’est 8 ans et moins. La majorité de mes fichiers, c’est première, deuxième année du primaire et plus jeune. »

« Le premier élément, ajoute son commandant, Dominique Côté, c’est de savoir s’il y a une victime qu’on peut identifier. Quand les images sont déjà connues [parce que la police les a vues dans un autre dossier, par exemple], la priorité est un peu moindre parce qu’on sait qu’il n’y a pas de victime en danger au moment où on se parle. »

On fait de notre mieux avec les ressources dont on dispose.

Dominique Côté, commandant au SPVM

Le problème, c’est qu’à force de consommer ce type d’images, certains délinquants développent un désir de passer à l’acte. Qui ? Quand ? Où ? C’est imprévisible. « Quand est-ce que la fracture se fait ? On ne peut pas le déterminer. Est-ce qu’elle va se faire ? On ne peut pas le déterminer non plus », s’inquiète le commandant.

Même les chercheurs n’ont pas encore réussi à mettre le doigt dessus. « Le Saint-Graal pour la recherche, c’est de voir si des facteurs de risque font qu’une personne, selon les contenus qui l’intéressent, selon ses intérêts sexuels déviants, a plus de chances d’être un agresseur, dit le professeur de criminologie Francis Fortin. Et en ce moment, on n’a pas la réponse. On est en train de se demander si, en regardant la collection de quelqu’un, on peut déterminer ses probabilités de passer à l’acte. »

Et même lorsqu’un consommateur de pornographie juvénile ne passe pas à l’acte, il fait quand même des victimes, rappelle MJoanny St-Pierre, coordonnatrice du comité de concertation en matière de lutte contre l’exploitation sexuelle des enfants sur l’internet pour le Directeur des poursuites criminelles et pénales. « Il y a beaucoup de fausses idées : ce ne sont que des photos. Pendant ce temps-là, je ne touche pas à un vrai enfant. Sauf que derrière chacune de ces photos, de ces vidéos, il y a une victime d’agression sexuelle ou d’exploitation sexuelle. »

Des victimes plus jeunes, des images plus violentes

12 mars 2020. C’est encore l’hiver, le vrai, à Winnipeg. Le stationnement du Centre canadien de protection de l’enfance, discrètement installé dans un quartier résidentiel de la capitale manitobaine, est couvert de glace.

À l’intérieur, dans une grande pièce lumineuse, une dizaine d’analystes sont plongés dans ce que l’humain fait de plus noir.

PHOTO MARTIN TREMBLAY, LA PRESSE

Le Centre canadien de protection de l’enfance, à Winnipeg

C’est ici qu’arrivent les plaintes en matière d’exploitation sexuelle d’enfants sur l’internet des citoyens canadiens. C’est aussi ici qu’atterrissent des millions d’images d’abus pédosexuels qu’un logiciel espion baptisé Arachnid, en référence aux multiples pattes d’une araignée, déniche dans les profondeurs du web.

L’équipe visionne, puis classe les photos et les vidéos en sept catégories, allant de « matériel d’exploitation sexuelle d’enfants prépubères » à « nudité » en passant par des photos d’enfants habillés, mais qui sont utilisés dans un contexte d’exploitation. L’organisme signale ensuite les images aux fournisseurs internet du monde entier pour qu’elles soient retirées de la Toile.

PHOTO MARTIN TREMBLAY, LA PRESSE

Le logiciel espion Arachnid, qui déniche les images d’abus pédosexuels dans les profondeurs du web

Catherine Tabak est la chef d’équipe. Ce qu’elle raconte est insupportable. « Dans les cas extrêmes, ça pourrait être une image où un enfant est attaché au lit ou à une chaise et en même temps, il va y avoir des actes sexuels avec un adulte, ou un animal, ou des objets. On voit beaucoup d’images où il y a de la torture sur des enfants. Ils se font frapper par des objets pendant qu’ils sont nus. Ou avec des jouets sexuels que les adultes utiliseraient. Dans d’autres cas, on voit que l’adulte urine sur l’enfant ou le force à avaler de l’urine ou des excréments. »

Près de 80 % des victimes ont moins de 12 ans. Plus de la moitié de ce groupe en a moins de 3.

Catherine Tabak, chef d’équipe au Centre canadien de protection de l’enfance

Cette réalité, elle n’est pas la seule à en faire état. Plusieurs études montrent que les enfants agressés sur le web sont de plus en plus jeunes et les images, de plus en plus violentes.

Le professeur de criminologie Francis Fortin l’a documenté il y a quelques années en analysant 61 000 images de pornographie juvénile saisies par la police. D’abord, ce sont les enfants de 6 à 12 ans qui y étaient majoritairement représentés. Ensuite, la violence des images consultées par les prédateurs augmentait au fil de leur consommation. « Pour le groupe le plus important de l’étude, plus le temps avançait, plus ils prenaient des images de plus jeunes et des images plus graphiques. Avec le temps, la gravité montait et l’âge diminuait. »

Des jugements récents en matière de pornographie juvénile témoignent de ces conclusions. Les récits des policiers aussi.

« Ce qui m’a frappé quand je suis arrivé à l’unité, c’est de voir l’âge des victimes, confie le commandant Dominique Côté, du SPVM. C’est de plus en plus jeune. Pour moi, c’est insaisissable de comprendre comment tu peux avoir du plaisir avec un bébé. Il y a quelque chose qui ne fonctionne pas. »

« Imaginez le pire et multipliez-le par 10, ajoute le surintendant Robert Lajoie, de la GRC. On voit de très bas âges. On voit des photos très violentes. Ça va des bébés naissants aux ados. Des garçons et des filles. C’est vraiment du matériel qui est dur à regarder. »

« La bataille n’est pas perdue »

La bataille contre l’exploitation sexuelle des enfants sur l’internet est-elle perdue ? Non, répondent d’emblée ceux qui luttent contre ce fléau.

Je vais faire le lien avec la COVID-19 : c’est une responsabilité sociale qui devrait engager tout le monde. Chacun a sa part à jouer. Que ce soit de dénoncer, d’agir ou d’investir de différentes façons. La bataille n’est pas perdue. La gens ont un grand sentiment d’anonymat en utilisant le web, mais les technologies font qu’on est capable de les défier. Il y a aussi de nouvelles législations qui nous aident à faire notre travail. L’engagement social fait qu’on est capable de continuer à combattre le phénomène.

Robert Lajoie, surintendant du Centre national de coordination contre l’exploitation des enfants de la GRC

PHOTO MARTIN TREMBLAY, LA PRESSE

Mélodie Leclerc, sergente-détective au SPVM

Quand je suis arrivée dans l’équipe, il y avait des outils qu’on a aujourd’hui qui n’existaient pas encore. On ne sait pas ce que demain nous réserve. Est-ce qu’il va toujours y avoir des abus sur des enfants ? Oui. Est-ce que ça va être aussi présent sur l’internet ? Ça, je ne suis pas sûre. Parce que je vois vraiment des outils qui se développent.

Mélodie Leclerc, sergente-détective au SPVM

La bataille, ce n’est pas qu’elle est perdue. On gagne toutes sortes de choses, on améliore les choses, mais il y a trop de monde. C’est comme si vous me demandiez : est-ce qu’on a perdu la bataille contre la drogue ? C’est dur.

Francis Fortin, professeur de criminologie à l’Université de Montréal

PHOTO OLIVIER PONTBRIAND, ARCHIVES LA PRESSE

Dominique Côté, commandant de la Section de l’exploitation sexuelle du SPVM

C’est un phénomène de société. Est-ce que seulement les corps policiers peuvent en venir à bout ? Je ne pense pas. Mais il faut embarquer de toutes les façons. Il faut que de l’aide soit offerte aux victimes. Il faut qu’on soit en prévention. Il faut qu’on soit en coercition. Et il faut qu’on se parle pour avoir le plus grand impact possible. Est-ce qu’on va en venir à bout un jour ? J’aurais tendance à dire non. Mais est-ce qu’on peut bâtir de meilleures façons de faire ? Est-ce qu’on peut s’améliorer ? Oui. Il ne faut jamais s’avouer vaincu.

Dominique Côté, commandant de la Section de l’exploitation sexuelle du SPVM

La bataille ne fait que commencer. L’exploitation sexuelle des enfants n’est pas un phénomène nouveau. Toutefois, l’arrivée et la croissance exponentielle des possibilités qu’offre l’internet ont ouvert la porte à une forme d’exploitation qui nous était encore inconnue il y a quelques dizaines d’années. Ce serait une très grande erreur de baisser les bras et de jeter l’éponge devant l’ampleur de la tâche et ce serait tourner le dos à tous ces enfants qui subissent ces sévices jour après jour.

Me Joanny St-Pierre, coordonnatrice du Comité de concertation en matière de lutte contre l’exploitation sexuelle des enfants sur l’internet au DPCP

Pornhub dans la tourmente

Le Centre canadien de protection de l’enfance a envoyé à Pornhub 119 demandes de suppressions d’images pédopornographiques depuis mai 2018, selon des chiffres obtenus par La Presse. Et ce n’est que la pointe de l’iceberg, préviennent ses experts. Rappelons que le populaire site internet pornographique, dont la société mère MindGeek est située à Montréal, est sur la sellette parce qu’une enquête du New York Times (NYT) allègue qu’il diffuse des contenus d’exploitation sexuelle d’enfants et des viols.

119 plaintes

Le Centre canadien de protection de l’enfance, dont un logiciel fouille le web à la recherche d’images pédopornographiques, a demandé 119 fois à Pornhub de retirer des vidéos mettant en scène des mineurs en un peu plus de deux ans. Dans plusieurs cas, précise le porte-parole du Centre, René Morin, il s’agissait d’enfants prépubères. « Ça peut paraître peu, 119, mais ça ne correspond pas à la réalité. C’est la pointe de l’iceberg. Les images qu’on signale, ce sont des images qui sont déjà connues parce qu’elles sont dans les bases de données des corps policiers ou la nôtre. Sur Pornhub, il y a un flot de nouveau contenu qui est ajouté par les utilisateurs. Si ce contenu n’a jamais été signalé à la police ou à cyberaide, on n’a aucune idée qu’il existe », précise René Morin. Selon lui, beaucoup d’adolescentes dont les images se retrouvent sur ce type de site ont le réflexe de faire elles-mêmes des démarches pour les faire retirer plutôt que de porter plainte. Le problème : « Ce site permet aux utilisateurs de télécharger des vidéos sur leur ordinateur. Alors même si Pornhub retire une image, elle existe ailleurs et rien n’empêche quelqu’un de la remettre deux jours plus tard. »

Des conséquences désastreuses

La semaine dernière, le NYT a donné la parole à plusieurs jeunes victimes qui se sont retrouvées, bien malgré elles, sur le site de diffusion de vidéos pornographiques. Dans l’enquête, intitulée « Les enfants de Pornhub », ces jeunes victimes racontent qu’elles ont été filmées à leur insu ou encore qu’elles ont transmis des images intimes à leur copain, puis que ces images ont été diffusées sur Pornhub. Cela a eu – et continue d’avoir – des conséquences désastreuses sur la vie des jeunes victimes, dont certaines ont tenté de se suicider.

L’entreprise se défend

L’entreprise technologique MindGeek, société mère de Pornhub, rejette les allégations du NYT, les qualifiant d’irresponsables et de manifestement fausses. « Nous n’avons aucune tolérance pour les contenus d’agressions sexuelles envers des enfants. Pornhub est résolument engagé dans la lutte contre [ces contenus] et a institué une politique de confiance et de sécurité de pointe pour identifier et éliminer les contenus illégaux de notre communauté », a-t-elle déclaré, vendredi dernier. L’entreprise, établie physiquement à Montréal et fiscalement au Luxembourg, ajoute qu’il y a moins de ce genre de vidéos sur son site que sur les plateformes traditionnelles de réseaux sociaux comme Facebook, Instagram ou Twitter. Après avoir vertement rejeté les allégations du NYT durant plusieurs jours, Pornhub a annoncé mardi qu’elle ne permettait plus à ses usagers de télécharger du contenu de son site et que ceux qui mettent des vidéos en ligne sur sa plateforme devront à l’avenir se soumettre à un protocole de vérification et d’identification.

Des politiciens exhortent Québec et Ottawa à agir

Choqués par les révélations, des politiciens du Québec et du Canada ont demandé aux gouvernements fédéral et québécois d’agir « dans les plus brefs délais » contre Pornhub. Le Parti libéral du Québec a exhorté la ministre de la Sécurité publique du Québec, Geneviève Guilbault, à mettre en application dans les plus brefs délais l’article 5 du Rapport de la Commission spéciale sur l’exploitation sexuelle des mineurs. Cet article recommande « que le gouvernement du Québec confie à des experts le mandat de produire un avis concernant la présence de pornographie juvénile sur des sites liés à des entreprises enregistrées au Québec et les mesures mises en place pour la prévenir et la réprimer ». La vice-présidente de cette commission – la députée libérale Christine St-Pierre – a aussi réclamé « d’analyser quels sont les avantages fiscaux que la [société mère] MindGeek peut avoir au Québec ».

Trudeau interpellé

Dans son enquête, le journaliste du NYT a interpellé directement le premier ministre Justin Trudeau. « Comment un féministe autoproclamé peut-il tolérer ainsi la présence sur le sol canadien d’une entreprise qui diffuse des vidéos de viols à l’échelle mondiale ? », a-t-il demandé. Déjà, en mars dernier, un groupe d’élus et de sénateurs du Parlement avait écrit au chef du gouvernement dans l’espoir de le convaincre de prendre des mesures contre Pornhub et MindGeek, plaidant que « le gouvernement a le devoir de s’assurer que les personnes apparaissant dans des vidéos au contenu sexuellement explicite qui sont téléchargées et publiées par des entreprises situées au Canada ne sont pas des enfants ou des victimes de la traite des personnes ou d’agression sexuelle ». La sénatrice indépendante Julie Miville-Dechêne a proposé, dans un projet de loi privé, de bloquer l’entrée du site aux moins de 18 ans.

Pour plus d’information ou pour demander de l’aide : marie-vincent.org, cyberaide.ca, la Ligne Parents : 1 800 361-5085, le réseau des CAVAC : cavac.qc.ca ou 1 866 532-2822, la ligne-ressource provinciale pour les victimes d’agression sexuelle : 1 888 933-9007