Uashat mak Mani-utenam, sur la Côte-Nord, se soulève contre la direction de la protection de la jeunesse. Sortant dans la rue, armés de leur cellulaire, comme inspirés par Joyce Echaquan, les Innus veulent que ça change. Le conseil de bande réclame sa pleine autonomie en matière de protection de la jeunesse.

Texte : Fanny Lévesque Texte : Fanny Lévesque
La Presse

Photos : Olivier Jean Photos : Olivier Jean
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« Ça ne peut plus marcher »

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Louis entouré de ses grands-parents Marc et Annie*

MANI-UTENAM — 16 novembre. C’est la fin de la journée. Il fait déjà noir quand des intervenants de la direction de la protection de la jeunesse (DPJ) se présentent chez Annie et Marc*, une ordonnance du tribunal en main.

Nous sommes à Mani-utenam, petite communauté innue située à une quinzaine de kilomètres à l’est de Sept-Îles.

À contrecœur, Annie prépare la valise de son petit-fils, Louis*, 8 ans. Il doit partir rapidement. Lui et ses quatre frères et sœurs doivent être placés en famille d’accueil. Leur mère compose avec des problèmes de consommation.

Louis habite chez ses grands-parents depuis qu’il a un an et demi.

La DPJ se déplace chez la sœur de la mère, où se trouve ce soir-là le reste de la fratrie. La tante refuse de céder. Les enfants de sa sœur n’iront nulle part.

Une proche amorce une diffusion en direct sur Facebook.

L’effet est immédiat ; en moins de deux, des dizaines d’Innus descendent dans la rue, se massent devant la maison et manifestent contre l’intervention de la DPJ. Ils sont plus d’une centaine. Plusieurs filment la scène avec leur cellulaire et les images poignantes – qui ont été retirées pour la plupart à la demande du CISSS – se répandent comme une traînée de poudre sur les réseaux sociaux. Les policiers sont appelés en renfort.

Il faut dire que les autorités sont sur les dents. C’est la deuxième fois en un peu plus d’un mois que les Innus se soulèvent contre la DPJ. En septembre, une grand-mère paniquée est sortie en pleine rue pour appeler à l’aide et empêcher que ses petits-enfants soient placés à l’extérieur de la communauté.

Cette frustration-là, ça fait longtemps qu’elle est là. La seule différence, c’est que maintenant, on est plus visibles grâce aux réseaux sociaux.

Virginie Michel, ex-vice-cheffe du conseil Innu Takuaikan Uashat mak Mani-utenam (ITUM)

Mme Michel milite maintenant pour que changent les pratiques de la DPJ.

Elle n’hésite pas à faire un rapprochement entre cette mobilisation et l’histoire de Joyce Echaquan, morte en septembre sous les insultes racistes du personnel infirmer de l’hôpital de Joliette, et qui a diffusé en direct des images de son lit d’hôpital. La vidéo a provoqué une vague d’indignation à travers la province. Elle a aussi donné une voix aux Premières Nations.

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Virginie Michel, ex-vice-cheffe du conseil Innu Takuaikan Uashat mak Mani-utenam

« La communauté se mobilise pour revendiquer ses droits, ses besoins, et pour refuser les décisions unilatérales de la DPJ, argue Mme Michel. [Ce modèle­] ne fonctionnera jamais. C’est le gouvernement du Québec qui veut nous imposer ses valeurs. […] Cette approche unilatérale, ça ne peut plus marcher ! »

La mobilisation est telle, le 16 novembre, qu’un compromis est négocié entre la DPJ et la famille. On accepte que les cinq enfants ainsi que leur mère soient hébergés au même endroit, dans une famille d’accueil de Mani-utenam.

Le Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de la Côte-Nord a refusé de nous accorder une entrevue, invoquant des raisons de confidentialité. Notre demande est demeurée vaine malgré notre proposition d’aborder plus largement, dans le cadre de ce reportage, les moyens d’intervention et les procédures de la DPJ dans les communautés autochtones de la Côte-Nord.

Le CISSS de la Côte-Nord couvre huit communautés innues, de Tadoussac à Blanc-Sablon, sur un territoire qui ne fait pas moins de 1200 kilomètres.

Au cabinet du ministre des Affaires autochtones, Ian Lafrenière, on indique « être à la recherche de solutions impliquant les ressources locales » en collaboration avec le ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, Lionel Carmant.

Pour un modèle innu

« Il faut que ça arrête. […] On veut une approche développée par nous et pour nous », affirme le chef du conseil Innu Takuaikan Uashat mak Mani-utenam (ITUM), Mike McKenzie. Il estime que les pratiques de la DPJ sont discriminatoires envers les autochtones. Le conseil innu réclame sa pleine autonomie en matière de protection de la jeunesse.

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Mike McKenzie, chef du conseil de Uashat mak Mani-utenam

Il y a un an, en novembre 2019, la communauté innue a fait connaître ses visées devant la Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse, présidée par Régine Laurent, qui doit présenter aujourd’hui les orientations de son rapport, dont le dépôt a été reporté à avril 2021.

Selon ITUM, les principes de la Loi sur la protection de la jeunesse (LPJ) « sont inadaptés au contexte autochtone », les outils d’évaluations « sont inadéquats » et un « sérieux manque de formation nuit à la sécurisation culturelle ». Ces éléments contribuent, disent-ils, à la surreprésentation des enfants autochtones aux mains de la DPJ. Un « véritable système innu » permettrait de réduire les statistiques.

Les enfants d’Uashat mak Mani-utenam sont quatre fois plus susceptibles d’être placés et ont quatre fois plus de risques de faire l’objet de « mesures judiciaires » que les autres enfants de la Côte-Nord, révèle le mémoire déposé par la communauté devant la commission Laurent.

En 2019, quelque 210 enfants innus avaient un « suivi » avec la protection de la jeunesse. Cela représente 15,3 % des mineurs de la communauté de quelque 4500 âmes.

Le rapport de la commission Viens, sur les relations entre les autochtones et certains services publics, recommande d’ailleurs à l’État québécois « de soutenir financièrement et accompagner sans délai et sans restriction les communautés qui souhaitent prendre en charge les services de protection de la jeunesse ».

« Je pleure depuis une semaine »

Annie et Marc nous ont ouvert leur porte, une semaine après la mobilisation du 16 novembre. Le couple de grands-parents avait obtenu une permission spéciale pour que Louis passe l’après-midi à la maison. Le petit, bien à l’aise dans le salon, s’affairait à décorer l’arbre de Noël. « Il est ici chez lui », nous souffle Marc.

« Il est bien chez sa grand-mère », poursuit Annie. « [Le jour de l’intervention], il pleurait, il voulait rester ici. Je pense juste à ça depuis. Des fois, je me réveille et je pleure déjà. Ça fait une semaine que je pleure », raconte-t-elle.

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Marc et Annie élèvent Louis depuis qu’il est bébé ; le couple tente depuis février d’en obtenir la garde, mais n’arrive pas à satisfaire aux critères pour devenir famille d’accueil.

Annie et Marc élèvent Louis depuis qu’il est bébé. Chez les Innus, l’adoption coutumière est pratique courante. Le couple tente depuis février d’obtenir la garde de Louis et de deux autres enfants de leur entourage. Mais ils n’arrivent pas à satisfaire aux critères pour devenir famille d’accueil en raison d’antécédents criminels qui remontent à 15 ans.

Ils ont eu plusieurs démêlés avec la justice jusqu’en 2005. Méfaits, voies de fait et non-respect des conditions, entre autres. Le couple ne nie pas un passé violent. « On s’est repris en main », assurent-ils. Ils affirment être sobres depuis 15 ans.

« C’est comme si on avait maintenant une chance de se reprendre, mais qu’on ne nous la donne pas », résument-ils.

Plusieurs Innus rencontrés lors de notre passage sur la Côte-Nord, la semaine dernière, ont d’ailleurs témoigné des critères inatteignables, selon eux, pour devenir famille d’accueil. « On m’a déjà refusée parce que mon sous-sol n’était pas terminé », allègue pour sa part Virginie Michel.

Le conseil innu milite pour que ces critères soient assouplis afin de tenir compte du contexte socioéconomique de la communauté. La commission Viens recommande aussi de « clarifier et modifier » les critères d’admissibilité des familles d’accueil autochtones.

  • La petite communauté innue de Mani-utenam est située à une quinzaine de kilomètres à l’est de Sept-Îles.

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    La petite communauté innue de Mani-utenam est située à une quinzaine de kilomètres à l’est de Sept-Îles.

  • La petite communauté innue de Mani-utenam est située à une quinzaine de kilomètres à l’est de Sept-Îles.

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  • La petite communauté innue de Mani-utenam est située à une quinzaine de kilomètres à l’est de Sept-Îles.

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  • La petite communauté innue de Mani-utenam est située à une quinzaine de kilomètres à l’est de Sept-Îles.

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    La petite communauté innue de Mani-utenam est située à une quinzaine de kilomètres à l’est de Sept-Îles.

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« On a quand même beaucoup de gens qui ont commis des délits dits sommaires il y a 15, 20 ans », fait remarquer le chef McKenzie, rappelant l’époque noire des pensionnats et ses effets pervers sur les autochtones. « Mais plusieurs familles se sont prises en main », poursuit-il.

C’est ce qu’affirment Annie et Marc. En aucun cas, ils ne remettent en question la pertinence de l’intervention de la DPJ chez leur fille. Ils se disent « contents » qu’elle puisse recevoir de l’aide et amorcer « sa propre guérison », mais ils s’expliquent mal pourquoi on leur a retiré Louis.

Le couple est retourné devant le tribunal après notre passage. On a finalement autorisé le petit à retourner chez eux jusqu’en janvier. « Je suis tellement heureuse », a confié Annie au téléphone. Un avocat doit aussi les accompagner dans leurs démarches légales pour obtenir un pardon et suspendre leurs casiers judiciaires.

* Des prénoms fictifs ont été utilisés pour protéger l’identité des enfants.

« Une assimilation moderne »

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Éric Pilot

UASHAT — Éric Pilot n’a pas hésité une seconde à manifester sa solidarité, le 3 septembre dernier, lors du premier soulèvement des Innus contre la DPJ.

C’était à deux pas de chez lui, dans le secteur Uashat qui est contigu à la ville de Sept-Îles. Sa mère a reçu un coup de fil. Les intervenants de la DPJ étaient à la maison de Lise* et devaient repartir avec ses trois petits-enfants. Leur père, qui habite sous le même toit que l’aînée, était en crise, aux prises avec des problèmes de toxicomanie.

Lise, que nous avons rencontrée, explique qu’elle voulait garder ses petits-enfants avec elle, le temps que son gendre ainsi que sa fille suivent leur thérapie. Ils sont sept à vivre à la même adresse. Ce qui n’est pas rare dans la communauté où les ménages sont souvent surpeuplés.

La rue s’est remplie. Les Innus sont venus manifester leur colère. La police s’est déplacée. On a fini par placer les trois enfants dans un même domicile, à Uashat.

Selon ce qu’elle allègue, le scénario de départ aurait déplacé ses petits-enfants dans trois villes différentes de la Côte-Nord. Il a été impossible de confirmer cette information. Très émue, Lise nous a confié qu’elle espérait que les enfants reviendraient rapidement sous son toit, une fois leurs parents « guéris ».

Éric Pilot explique que c’est la façon de faire des services de protection de la jeunesse qui dérange les membres de sa communauté. Il ne nie pas que des interventions sont nécessaires pour assurer le bien-être des enfants.

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Éric Pilot

On ne veut juste pas que les enfants soient amenés à l’extérieur de la communauté.

Éric Pilot

Cette situation a rouvert de vieilles blessures chez lui. Il a lui-même séjourné à quelques reprises, entre l’âge de 6 et 10 ans, dans une famille d’accueil allochtone, en dehors de la communauté. Il n’a parlé innu qu’à 16 ans. « J’avais honte. J’ai longtemps ressenti une colère envers ce système qui n’est pas le nôtre », confie-t-il.

Âgé de 23 ans, il va bien, il étudie à Montréal, mais il porte encore des séquelles de « ces tristes années » de sa vie. Il craint toujours les forces policières.

« La police débarquait chez nous pour venir nous prendre, mes sœurs et moi, je courais me cacher ou je me sauvais par la fenêtre pour ne pas me faire attraper par les policiers », se rappelle-t-il.

De profondes racines

Le jeune Innu voit dans les pratiques de la DPJ une forme d’« assimilation moderne » se rapprochant des pensionnats. C’est un sentiment que plusieurs Innus rencontrés par La Presse ont rapporté. Il faut comprendre qu’il existe à Uashat mak Mani-utenam au moins deux générations de pensionnaires encore vivantes.

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Brigitte André

Brigitte André a été pensionnaire. Elle a eu cinq enfants ensuite. Elle est grand-mère maintenant. À différents moments, elle a pris sous son aile les enfants de ses filles. « C’est coutumier chez nous », illustre-t-elle. La dernière était sous la supervision de la DPJ. « Ils nous ont tellement tannés, un moment donné on leur a dit de la reprendre. »

« Ce n’est pas ça qu’on veut, on veut arrêter ce cancer », affirme-t-elle.

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Jenny André

L’une de ses filles, Jenny André, est à l’origine d’un groupe Facebook créé dans la foulée des mouvements de protestation. Il y a une semaine, elle a organisé un cercle de partage à Mani-utenam. Elle a aussi eu des démêlés avec la DPJ plus tôt dans sa vie. « Je me suis toujours dit qu’un jour j’allais me lever », résume-t-elle.

« La DPJ m’a tellement blessée, aujourd’hui, cette mobilisation, c’est comme une guérison. C’est en train de me guérir. Je suis sobre, je suis en rétablissement et j’ai mes trois enfants avec moi. Je sens que ça va changer. »

* Des prénoms fictifs ont été utilisés pour protéger l’identité des enfants.

Pour une gouvernance innue

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S’inspirant du modèle Atikamekw, les Innus revendiquent leur propre gouvernance en matière de protection de la jeunesse.

UASHAT — Le conseil Innu Takuaikan Uashat mak Mani-utenam (ITUM) revendique « sa propre gouvernance » en matière de protection de la jeunesse. Devant la grogne de sa population, ITUM réclame la mise en place d’une « entente provisoire » avec Québec pour lui déléguer certains pouvoirs aussi rapidement que possible.

« On veut notre propre régime », illustre le chef Mike McKenzie. Le centre Uauitshitun, qui assure certains services de santé et des services sociaux, planche sur le projet d’une « institution de bienveillance » pour les enfants innus, depuis une bonne dizaine d’années. Leur modèle s’appuie sur plusieurs projets de recherche.

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Le centre Uauitshitun assure certains services de santé et services sociaux dans la communauté.

« Ce n’est pas une improvisation », a fait valoir la directrice des services sociaux, Nadine Vollant, qui est dans le milieu depuis 25 ans. Sauf que la mobilisation de la communauté « bouscule » le calendrier.

Nos populations évoquent le besoin d’avoir des services mieux adaptés à leurs réalités. […] Ces sorties mettent en lumière ce besoin de maintenir les enfants dans la communauté, d’avoir des interventions plus respectueuses, qui offrent une sécurisation culturelle.

Nadine Vollant, directrice des services sociaux du centre Uauitshitun

La Loi sur la protection de la jeunesse (LPJ) a été modifiée au fil des ans pour offrir des compétences exclusives aux « agences des Premières Nations », comme l’est Uauitshitun. À Uashat, par exemple, Uauitshitun est responsable de « l’application des mesures » prises en vertu de la LPJ.

Québec a aussi ajouté en 2001 une disposition (l’article 37.5) à la LPJ, qui permet aux communautés de prendre en charge une partie de leurs services de protection de la jeunesse. En 20 ans, seule la nation atikamekw est parvenue à signer une entente, en 2018, avec le gouvernement du Québec pour la création de son régime particulier.

Le rapport de la commission Viens recommande au gouvernement de « favoriser la conclusion d’ententes selon l’article 37.5 » de la LPJ en « assouplissant le processus menant à la conclusion de telles ententes ».

L’exemple des Atikamekw

La communauté innue s’inspire du modèle développé par les Atikamekw, mais souhaite aller beaucoup plus loin grâce à l’entrée en vigueur, en janvier 2020, de la loi fédérale C-92, qui vient confirmer le droit des autochtones à déterminer leurs pratiques en matière de service de protection à l’enfance.

Le gouvernement Legault conteste la loi C-92 devant les tribunaux puisque les services sociaux sont de compétence provinciale. La décision de Québec a provoqué l’ire des Premières Nations. Les Innus réclament l’abandon de la contestation judiciaire.

Au cabinet du ministre des Affaires autochtones, Ian Lafrenière, on indique « regarder avec la communauté pour les impliquer davantage et leur donner plus d’autonomie en matière de protection de la jeunesse ». Le ministre Lafrenière est « en contact régulier » avec le chef McKenzie, souligne-t-on.

Pour un conseil de famille

Depuis cinq ans, Uauitshitun affirme avoir « opéré un virage à 180 degrés » pour favoriser la prise en charge des enfants innus par des familles d’accueil autochtones. Au 31 mars 2020, quelque 55 % des enfants suivis par la DPJ se trouvaient dans des « milieux familiaux de proximité » et 16 % l’étaient dans des familles d’accueil innues.

« Il faut vraiment travailler très, très fort pour en arriver à ça. Ça ne se fait pas tout seul, admet Mme Vollant. Pour nos populations, qu’on maintienne ou non nos enfants dans la communauté, il reste que tout le processus d’intervention, comment ils la subissent, c’est quelque chose sur lequel il y a énormément de travail à faire. »

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Nadine Vollant, directrice des services sociaux du centre Uauitshitun

Le fort taux de judiciarisation des dossiers (environ 95 %) est un indicateur que l’approche de la DPJ doit être réévaluée. « J’ai un pourcentage infime de dossiers qui sont des mesures volontaires, c’est-à-dire que les parents acceptent les démarches », relate-t-elle. La communauté a aussi un « travail de communication » à faire, croit-elle.

Parmi les mesures qu’ITUM souhaiterait mettre en place dans son modèle de gouvernance, il y a la création d’un conseil de famille « élargie » qui serait consulté en amont de l’intervention.

« La notion de famille, ce n’est pas seulement papa et maman pour les Premières Nations, c’est beaucoup plus large que ça », illustre Mme Vollant.

Dans le système actuel, on pourrait intégrer cette pratique dès maintenant lors de la phase de « l’évaluation » du dossier.

La réception, le traitement et l’orientation du signalement relèvent du CISSS Côte-Nord. Un réviseur du CISSS supervise l’application des mesures dont la responsabilité incombe à Uauitshitun. Le chef McKenzie aimerait notamment qu’un réviseur autochtone soit nommé. Il réclame par ailleurs qu’un intervenant des services sociaux innus puisse accompagner les intervenants de la DPJ lors d’une intervention.

Le CISSS a l’obligation de consulter Uauitshitun lors d’un placement. « Est-ce que ça fonctionne systématiquement ? Je ne vis pas au pays des Calinours », précise Mme Vollant, qui assure que la relation avec la DPJ « est actuellement relativement bonne ».

Uauitshitun n’a pas de « pouvoir décisionnel » dans le processus d’intervention.

Le CISSS Côte-Nord a refusé toutes nos demandes d’entrevue sur le sujet.

Devant la commission Laurent, en novembre 2019, la directrice de la DPJ de l’époque, Marlène Gallagher a fait valoir que la Côte-Nord affichait plusieurs particularités, dont un immense territoire de 1200 kilomètres à couvrir.

Elle a notamment démontré qu’à « un certain moment », au bureau de Sept-Îles, c’est 70 % du plan de « poste à l’évaluation orientation » qui était dépourvu alors qu’elle n’avait que trois intervenantes sur dix en fonction.

> À lire demain : le modèle atikamekw