Un éventuel gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ) baisserait le fardeau fiscal de chaque contribuable de la classe moyenne de 100$ par année pendant cinq ans, a promis mardi le chef François Legault. Une mesure qui coûterait 1,8 milliard.

Martin Croteau LA PRESSE

Le chef caquiste martèle depuis le début de la campagne qu'il souhaite « faire le ménage », tant en matière de corruption que de bureaucratie et de gaspillage des fonds publics. Cette promesse vise à montrer que les contribuables trouveront leur compte dans l'exercice.

« Il y a une partie aussi qui va aller dans la poche des contribuables parce qu'actuellement, les contribuables paient trop d'impôt au Québec, a-t-il dit. Ils n'en on pas pour leur argent. »

Les ménages qui gagnent moins de 100 000$ économiseraient 200$ par année, car leurs deux membres pourraient profiter de la baisse de 100$. Les célibataires gagnant moins de 100 000$ profiteraient eux aussi d'une baisse de 100$.

À première vue, cette mesure semble avantager un célibataire gagnant, par exemple, 98 000$, au détriment d'un couple dont le revenu total est de 101 000$.

Le conseiller principal de M. Legault, Martin Koskinen, a promis qu'un gouvernement caquiste adopterait des aménagements pour éviter que cette formule pénalise les familles. Mais on n'en connaîtra la teneur qu'une fois la CAQ au pouvoir.

Un éventuel gouvernement caquiste éliminerait dans un premier temps la taxe santé qui a été adoptée par le gouvernement Charest. Cette taxe, actuellement de 200$ par personne, est imposée à tous les contribuables, indépendamment de leur revenu.

Une fois la taxe santé éliminée, soit au bout de deux ans, un gouvernement de la CAQ baisserait l'impôt sur le revenu de 100$ par année, par contribuable, lors des trois années subséquentes.

Au bout de cinq ans, donc, le fardeau fiscal des ménages aurait baissé de 1000$, a résumé le chef caquiste. La mesure réduirait les revenus de l'État de 1,8 milliard lorsqu'elle serait entièrement appliquée.

Le gouvernement Charest prévoit un retour à l'équilibre budgétaire en 2013. Cette mesure de la CAQ, qui entrerait en vigueur dès l'an prochain, ne compromettrait pas cet objectif.

Comment la CAQ compte-t-elle financer cette baisse d'impôt sans créer un déficit ? Pour connaître le détail, on verra. M. Legault présentera son cadre financier « au cours des prochains prochains jours ».

Il a néanmoins donné un aperçu des mesures qu'il compte adopter pour réduire les dépenses de l'État. Il a réitéré son intention d'abolir 7000 postes dans la fonction publique, de lutter contre la corruption, d'abolir les commissions scolaires et les agences de santé, autant de mesures qui permettront de financer sa promesse.

« Je suis comptable agréé, a-t-il dit. Ça va balancer et on va vous expliquer exactement les revenus, les colonnes de dépenses, exactement comment on va respecter notre cadre financier et financer nos engagements. »

Charest accuse Legault d'être irresponsable

De passage à Sherbrooke, Jean Charest a accusé François Legault de faire une promesse inconsidérée. « Non seulement ce n'est pas crédible, mais c'est totalement irresponsable », a-t-il lancé en conférence de presse. Pour le chef libéral, « la priorité » doit être le retour à l'équilibre budgétaire l'an prochain, comme son parti le prévoit.

« La priorité, ce n'est pas d'aller jouer dans les finances publiques, a-t-il dit. Je comprends qu'il est incapable de dire où il va prendre l'argent. C'est de l'improvisation. Franchement, c'est un manque de responsabilité alors que nous faisons face à une situation économique très menaçante sur le plan mondial. »

Dans une sortie virulente, le chef libéral a affirmé que M. Legault s'est battu « durant toute sa vie politique pour augmenter les impôts et les taxes ». « Ça a été la marque de commerce de sa carrière politique. Il nous demandait, je ne sais pas combien de fois, d'augmenter la TVQ », a-t-il dit.

Au PQ, François Legault préconisait une hausse d'un point de la TVQ pour récupérer l'espace fiscal abandonné par Ottawa qui avait, lui, baissé la TPS d'un point.

Or le gouvernement Charest a lui-même augmenté de deux points la TVQ, qui est passée de 7,5% à 9,5% entre 2010 et 2012. Il récupérait ainsi l'espace fiscal abandonné par Ottawa.

Jean Charest a fait valoir qu'il a baissé les impôts de 950 millions de dollars en 2007. L'argent provenait d'Ottawa - les conservateurs avaient annoncé le versement de cette somme lors de son budget, en pleine campagne électorale au Québec. C'était destiné à régler le déséquilibre fiscal entre Ottawa et Québec.

Le chef libéral a accusé M. Legault d'avoir voté contre cette baisse d'impôt. Rappelons que, comme le gouvernement était minoritaire, le PQ, insatisfait du budget malgré quelques concessions du gouvernement, avait décidé de n'envoyer que trois députés en Chambre - dont M. Legault pour s'opposer à son adoption. Cela avait évité de faire tomber le gouvernement nouvellement élu.

Le Parti québécois accuse François Legault de dépenser 2,5 milliards $ sans dire où il prendra l'argent. «J'aimerais bien qu'il nous dise d'où va venir l'argent. Parce que tant qu'à moi, ça finit par être de l'argent de Monopoly», a répliqué Pauline Marois. Cet engagement relève selon elle de la «pensée magique».

- Avec Tommy Chouinard et Paul Journet