(Montréal) Le système d’éducation québécois est « inefficace et inéquitable » et pour le réformer, le mouvement l’École ensemble propose de mettre fin au financement des écoles privées, que tous les élèves de la province fréquentent leur école de quartier et aient accès à des programmes particuliers.

Mis à jour le 9 mai
Marie-Eve Morasse
Marie-Eve Morasse La Presse

Cinq ans après sa création par des parents d’élèves, le mouvement l’École ensemble revient à la charge à quelques mois des élections provinciales en déposant un plan qui vise à changer en profondeur le système d’éducation.

« Je veux vous dire que nous avons un système scolaire injuste », a affirmé en point de presse Claude Lessard, sociologue de l’éducation et ancien président du Conseil supérieur de l’éducation, qui est président du conseil d’administration d’École ensemble.

Le réseau de l’éducation tel qu’il est actuellement « fait peu de gagnants et de nombreux perdants », a-t-il poursuivi.

Au cœur de la proposition dévoilée lundi, figure la création d’un seul réseau d’écoles, où chaque élève fréquenterait l’établissement de son quartier. Ce serait donc la fin des écoles privées subventionnées telles qu’on les connaît : les écoles privées seraient financées à 100 % par Québec et gratuites pour tous. Dans un horizon de six ans, elles devraient accueillir exclusivement des élèves de leur bassin.

« Les écoles ne choisissent plus leurs élèves », a résumé en point de presse Stéphane Vigneault, coordonnateur du mouvement l’École ensemble. « Les enfants vont à leur école [de quartier] quelle que soit la capacité de payer de leurs parents », a poursuivi M. Vigneault.

Comme c’est le cas en Ontario, des écoles pourraient demeurer privées et sélectionner leurs élèves, mais elles ne recevraient plus de fonds publics, « ni directement (subventions) ni indirectement (transport scolaire », lit-on dans le rapport du mouvement.

L’École ensemble a mandaté l’économiste François Delorme, de l’Université de Sherbrooke, qui a calculé que les économies annuelles pour le Québec seraient de 100 millions de dollars.

Le mouvement l’École ensemble souhaite en outre généraliser un modèle déjà implanté dans certaines écoles secondaires de la province, soit celui d’offrir des programmes particuliers gratuits à tous les élèves, sans sélection sur la base des résultats académiques.

La semaine dernière, le ministre de l’Éducation Jean-François Roberge a promis d’instaurer de nouvelles mesures pour rendre les programmes particuliers, souvent chers, plus accessibles à tous.

Ce n’est pas suffisant : il faut aussi abolir le financement aux écoles privées subventionnées, estime Stéphane Vigneault.

« L’élastique, on l’a étiré jusqu’au bout. L’acceptabilité sociale pour les écoles qui sélectionnent, qu’elles soient publiques ou privées, n’est plus là. La population veut un système équitable », estime M. Vigneault, qui dit espérer que des partis politiques reprendront ces propositions.

Selon les plus récentes données à ce sujet fournies à La Presse, près d’un élève sur quatre (23,6 %) qui fréquente l’école secondaire publique est inscrit dans un programme particulier en 2020-2021.

Le programme d’éducation internationale est le plus populaire, suivi des programmes de sports, d’art et de langues.

La députée du Parti québécois, Véronique Hivon, a salué « la qualité de la proposition » du mouvement l’École ensemble.

« Elle fait véritablement, et très concrètement, avancer le débat sur l’avenir de notre système scolaire et sur l’égalité des chances, qui doit en être un pilier fondamental », a déclaré la porte-parole en matière d’éducation.