En raison d’une très forte demande des parents, le gouvernement Legault jette les bases d’un programme d’anglais enrichi en langue seconde qu’il souhaite offrir de façon optionnelle en 6e année du primaire.

Publié le 28 avril
Louise Leduc
Louise Leduc La Presse

Québec, a appris La Presse, est en train de consulter les acteurs du milieu de l’éducation afin d’en arriver à un véritable programme avec des contenus clairs, comme cela est le cas pour le programme enrichi déjà offert au secondaire.

À l’heure actuelle, plus de quatre élèves sur cinq au primaire (83 %) suivent le programme de base d’anglais langue seconde, qui ne prévoit pas de nombre minimal d’heures obligatoires. Il revient à chaque conseil d’établissement d’école de prendre une décision à cet égard.

L’anglais langue seconde se retrouve donc en concurrence avec d’autres matières comme l’éducation physique, les arts plastiques ou la musique, de sorte que l’offre de cours d’anglais peut varier de 30 minutes à 120 minutes hebdomadaires selon les écoles.

Ces dernières années, des conseils d’établissement ont décidé par endroits d’offrir des programmes d’anglais intensifs. Selon les données préliminaires du ministère de l’Éducation, en 2021-2022, 2115 élèves de 5e année (2,3 % de tous les élèves de ce niveau au Québec) et 15 576 élèves de 6e année (16,9 % du total) font donc en accéléré leurs autres matières pour consacrer l’autre moitié d’année au seul apprentissage de l’anglais comme langue seconde.

Depuis quelques années, des écoles primaires, qui avaient de plus en plus de pression en ce sens des parents, ont commencé à offrir une troisième voie, soit celle de l’anglais enrichi.

Selon nos sources, c’est notamment pour mettre de l’ordre et de l’uniformité dans cette nouvelle offre un peu anarchique et sans balises que le gouvernement Legault entend mettre en place un vrai programme enrichi d’anglais langue seconde pour ceux qui en bénéficieront.

Les travaux en cours visent aussi à s’assurer que les cours d’anglais langue seconde enrichis qui sont offerts soient réellement d’un niveau supérieur pour que ceux qui les suivent soient aptes, ensuite, à s’inscrire aux cours enrichis d’anglais au secondaire et qu’une continuité soit ainsi assurée.

L’idée est ici de proposer, mais non d’imposer. (En 2011, le premier ministre Jean Charest avait annoncé que, dans un horizon de cinq ans, tous les élèves de 6e année des écoles francophones du Québec bénéficieraient d’un programme intensif d’anglais langue seconde, politique qui avait été ensuite abandonnée.)

Le principal obstacle : la pénurie de professeurs d’anglais

L’un des obstacles à un nombre accru d’heures d’anglais à l’école – qu’il s’agisse des programmes de base, enrichis ou intensifs –, c’est le manque d’enseignants.

Selon des données émanant du ministère de l’Éducation, 338 tolérances d’engagements ont été délivrées pour l’anglais, langue seconde, pour l’année 2020-2021. Il s’agit ici de personnes non légalement qualifiées qui sont embauchées pour donner le cours d’anglais parce qu’aucun enseignant qualifié n’est disponible pour assurer la tâche.

Ce chiffre de 338 est un sommet. En 2019-2020, 154 tolérances d’engagements avaient été délivrées, et seulement 84 en 2016-2017.

Alors que les questions très politiques de l’anglais au cégep sont largement médiatisées, l’enseignement de l’anglais langue seconde au primaire et au secondaire passe nettement sous le radar, et ce, malgré l’intérêt manifeste des parents pour la question.

En 2015, le Centre de recherche et d’expertise en évaluation (CREXE) remettait au Comité sénatorial permanent des langues officielles une étude intitulée L’enseignement de l’anglais langue seconde – Que retenir de l’évaluation de l’expérience québécoise ?

Dans un sondage réalisé aux fins de cette étude, 99,1 % des parents interrogés considéraient l’apprentissage de l’anglais langue seconde chez les enfants comme « très » ou « assez » important.

L’anglais langue seconde est évalué très tardivement. Ce n’est pas avant la 5e secondaire que les élèves doivent passer un examen du Ministère dans cette matière.