« Est-ce qu’on envoie nos enfants ou pas ? Dilemme. » Les parents connaissent trop bien la situation des écoles qui ferment et qui rouvrent à quelques jours de préavis, mais, cette fois, le choix paraît plus déchirant. Face à la montée des hospitalisations, à la rareté des tests rapides et à des mesures sanitaires jugées insuffisantes, fallait-il rouvrir les écoles cette semaine ?

Publié le 17 janvier
Marie-Eve Morasse
Marie-Eve Morasse La Presse

« Je ne sais pas où on s’en va. Ça fait peur. »

Marie-Christine Mallette et sa famille suivent « toutes les recommandations » depuis 22 mois, mais en début de journée lundi, la mère se demandait si elle enverrait son fils de 7 ans à l’école le lendemain. Les 24 heures de sursis – gracieuseté de la tempête – n’étaient que des heures de plus à tergiverser.

« Est-ce que je vais priver mon garçon d’aller à l’école ? Je peux ramener la maladie autant que lui », se questionnait Mme Mallette, enseignante dans une école primaire. Avant les Fêtes, dit-elle, ça se passait bien dans sa classe. Mais même dans son école « exemplaire » sur le plan des mesures sanitaires, qu’est-ce qui l’attend pour les semaines à venir, maintenant que Québec appréhende un manque de personnel ?

« Moi, je suis obligée d’aller à l’école, mais mon garçon… » En fin de journée, la prof avait pris une décision. Sa mère – une enseignante à la retraite – serait à nouveau appelée en renfort auprès de son fils jusqu’à ce que la situation soit « plus stable, moins dangereuse ».

« Chanceuse et très privilégiée » de pouvoir compter sur ses parents, Marie-Christine Mallette retournera auprès de ses élèves mardi en mettant « tout en œuvre » pour que la COVID-19 ne s’invite pas chez elle.

Ses inquiétudes font écho à de nombreux témoignages reçus par La Presse. Face à « l’opacité de l’information », comment prendre une décision éclairée ? demande, comme beaucoup d’autres lecteurs, Hélène Lavertu, dont un enfant va à l’école secondaire.

« Si on pouvait se faire dépister facilement, qu’on n’était pas devant une explosion de cas… », énumère-t-elle. Dans le contexte où les écoles n’avisent plus les parents lorsque des cas positifs surviennent dans un groupe, prendre des décisions « devient insoutenable », dit la femme.

« Il y aura intervention et analyse de la part de la Santé publique uniquement lorsqu’il y aura 20 cas ou plus [sur une période de 14 jours] dans une école ou un centre », avise en effet le centre de services scolaire des Patriotes.

Chaque situation amène son inquiétude. « Si je dois me confiner, je mets mon équipe de soins dans une situation difficile et fragilise le système hospitalier », écrit une infirmière à La Presse. « Ce qui me déroute le plus, c’est qu’il n’y a aucune mesure supplémentaire pour empêcher la propagation dans les écoles », ajoute-t-elle.

Chaque situation appelle des calculs précis. « Le risque d’attraper la COVID-19 est plus grand en les renvoyant à l’école, mais tout est un calcul de risques versus bénéfices depuis deux ans. Les dommages des écrans et de l’isolement commencent à peser plus lourd que l’avantage de ne pas contracter la maladie… », observe pour sa part Edith Lemery Frenette, mère de deux ados âgés de 12 et 13 ans.

Les élèves ont « suffisamment payé »

Pour l’enseignante de 4année Catherine Chagnon, il ne fait pas de doute que les écoles doivent rouvrir. Les retards scolaires accumulés depuis deux ans ne se rattrapent pas « en criant ciseau », et les élèves ont « suffisamment payé ».

PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE

Catherine Chagnon, enseignante de 4année

En septembre 2020, rappelle-t-elle, les profs ont été « envoyés en pâture » dans les écoles, « sans vaccins, rien ». Surnommée « Madame Visière » par ses collègues parce qu’elle était une des rares de son école à la porter en plus du masque, elle a attrapé la COVID-19 un mois plus tard. Sa classe a été fermée.

« Je me suis demandé si j’allais être intubée », dit-elle. Aujourd’hui triplement vaccinée, elle préfère que tous soient en classe parce que « l’enseignement en personne est plus intéressant pour tout le monde ».

Ses élèves, dit-elle, ont hâte de revenir, et plusieurs de ses collègues aussi.

Je pense qu’il y a beaucoup d’enseignants qui n’ont pas peur, mais on les entend moins.

Catherine Chagnon, enseignante au primaire

Tant pour son fils au collégial que pour celui au secondaire, Mélanie Routhier se réjouit elle aussi de la réouverture des écoles. « C’est beaucoup mieux pour leur santé mentale », estime-t-elle.

Elle déplore néanmoins que « le fardeau » du succès de la réouverture soit mis sur les parents, « alors [qu’ils sont] déjà un peu dans un scénario catastrophe ».

« S’il ouvre les écoles, le gouvernement a la responsabilité de tout faire pour qu’elles restent ouvertes, de s’assurer qu’elles ne referment pas dans trois semaines. Il faut rendre ça le plus cohérent possible. Avancer, puis reculer, c’est de ça que les gens ne sont plus capables », dit Mme Routhier, qui déplore la difficulté d’accès aux tests rapides.

C’est là, le problème, dit l’enseignante d’histoire au secondaire Marie-Ève Lessard. Les conditions de retour à l’école sont « dangereuses ».

« On n’a pas d’échangeurs d’air, on ne sait pas si on a des capteurs de CO2 fonctionnels, on n’a pas de tests rapides pour les élèves du secondaire, l’isolement [si un élève est positif] a été réduit à cinq jours », énumère Mme Lessard. Sans parler, ajoute-t-elle, de la disparition des bulles-classes, qui permettaient de mieux retracer les contacts.

5 jours : durée pendant laquelle les enfants de moins de 12 ans ayant des symptômes de la COVID-19 doivent s’isoler, peu importe leur statut vaccinal.

400 : nombre d’échangeurs d’air qui ont été installés dans les écoles de la province jusqu’à maintenant.

Source : gouvernement du Québec