Le rapport sur la liberté académique déposé jeudi par l’ex-juge Michel Bastarache recommande de mettre en place un meilleur mécanisme de plaintes et s’oppose à « la censure institutionnelle » et à « l’autocensure ». Le comité qui s’est penché sur la question a été formé dans la foulée des controverses ayant eu lieu à l’Université d’Ottawa dans la dernière année.

Mis à jour le 4 nov. 2021
Florence Morin-Martel
Florence Morin-Martel La Presse

Afin de protéger la liberté académique, le rapport Bastarache se positionne contre « l’exclusion de termes, d’ouvrages ou d’idées dans le contexte d’une présentation ou d’une discussion respectueuse de nature universitaire et dans un but pédagogique et de diffusion des savoirs ».

À l’automne 2020, Verushka Lieutenant-Duval, professeure de l’Université d’Ottawa, a été suspendue après qu’on lui ait reproché d’avoir utilisé le mot qui commence par la lettre « n », dans le cadre d’un cours. L’université a aussi été au cœur d’une controverse au printemps dernier, en raison de gazouillis du professeur Amir Attaran, accusant la société québécoise d’être raciste. Après un silence de deux semaines, le recteur Jacques Frémont a condamné ces propos, sans toutefois nommer M. Attaran.

Dans la foulée de ces controverses, un comité composé de cinq professeurs a été créé au printemps dernier, afin d’examiner la question de la liberté académique, de la liberté d’expression et de la diversité à l’Université d’Ottawa.

Au terme des consultations, le rapport recommande de former un comité permanent « d’examen et de mise en œuvre de la politique sur la liberté académique et la liberté d’expression », afin de mieux traiter les plaintes de cette nature. La communauté universitaire doit aussi être mieux informée quant aux définitions de ces deux libertés, note le rapport.

Le rapport Bastarache recommande aussi d’élaborer un plan d’action afin de combattre le racisme, la discrimination et le cyberharcèlement. « Il faudra du leadership pour établir un mécanisme en lequel la communauté universitaire aura confiance, un mécanisme qui établira des conditions pour déposer une plainte, des critères d’évaluation, des mesures de redressement et une procédure de reddition de compte publique », écrit-on dans le rapport.

Un rapport jugé satisfaisant ?

Ces recommandations sont « rassurantes », estime Maxime Prévost, professeur titulaire au département de français de l’Université d’Ottawa. « Je pense que le rapport comprend bien la nature de la liberté universitaire et la nécessité absolue de la protéger », soutient-il. En littérature, par exemple, il est impératif de pouvoir enseigner les textes du passé, sans que les mots et idées qui s’y trouvent compromettent la tenue du cours, estime le professeur.

« On ne peut pas diluer la liberté universitaire », poursuit M. Prévost. Ce qui ne signifie pas qu’on peut insulter ou faire de la provocation « vaine et inutile », précise-t-il.

Il est nécessaire d’aller plus loin que les recommandations du rapport, estime de son côté Karine Coen-Sanchez, candidate au doctorat à la faculté des sciences sociales de l’Université d’Ottawa. « Nous avons besoin de mettre en place de nouvelles normes d’enseignement et de formation qui soutiendront à la fois les professeurs et les étudiants racisés », souligne-t-elle.

PHOTO FOURNIE PAR KARINE COEN-SANCHEZ

Karine Coen-Sanchez, candidate au doctorat à la faculté des sciences sociales de l’Université d’Ottawa.

Une stratégie doit être déployée dans l’ensemble de l’Université d’Ottawa, afin d’obliger « chaque faculté à fournir un cours ou un programme antiraciste qui se concentre sur diverses intersections de l’oppression dans différentes sociétés », poursuit Mme Coen-Sanchez. Cette approche « globale » est nécessaire afin de créer un « environnement d’apprentissage sûr », conclut la candidate au doctorat.