(Québec) En contexte de pandémie, des experts et des professionnels de l’éducation pressent Québec de prévoir dès l’été du soutien pédagogique pour les élèves en difficultés d’apprentissage, notamment dans les camps de jour. Mais les problèmes exacerbés par la COVID-19 ne se régleront pas en quelques semaines. Certains plaident pour un plan d’action qui s’échelonnera sur une décennie.

Publié le 29 mars 2021
Hugo Pilon-Larose
Hugo Pilon-Larose La Presse

C’est notamment le cas d’Égide Royer, spécialiste de la question de la réussite scolaire. Le professeur de sciences de l’éducation à l’Université Laval sera parmi les experts invités mercredi et jeudi à un sommet sur la réussite éducative décrété par le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge. L’évènement, qui se tient à huis clos, mènera le gouvernement à annoncer des mesures au cours du mois d’avril, dit-on au gouvernement.

Dans une allocution qu’il a faite mercredi au congrès de l’Institut des troubles d’apprentissage, M. Royer a rappelé que « le nombre de jeunes identifiés handicapés ou en difficulté d’adaptation ou d’apprentissage a plus que doublé depuis 2001, passant de 100 000 à 220 000. Le taux de diplomation de ces élèves, après sept années au secondaire, n’est toujours que de 38 %. Leur taux de sortie sans diplôme (47,5 %) est deux fois et demie plus élevé que celui de l’ensemble des jeunes Québécois ».

Ces jeunes, plus que quiconque, vivent durement les conséquences de la COVID-19, qui fait fermer des classes et basculer des élèves du présentiel à distance au fil des vagues qui se succèdent.

PHOTO FRÉDÉRIC MATTE, ARCHIVES LE SOLEIL

Jean-François Roberge, ministre de l’Éducation

Garder un lien pendant l’été

Le président de la Fédération québécoise des directions d’établissement d’enseignement, Nicolas Prévost, suggère à Québec d’élargir « [l’accès aux cours d’été] au-delà de la notion d’échec scolaire, pour rejoindre les élèves vulnérables ».

« L’offre de services doit être offerte aux élèves du secondaire qui n’ont pas échoué, mais qui se situent [avec des notes entre] 60 et 70 %, pour leur offrir une consolidation » des apprentissages, affirme-t-il.

Pour les enfants du primaire, ajoute M. Prévost, l’idée est de « maintenir un éveil à la lecture et à l’écriture », ce qui peut se faire dans les camps de jour, entre autres.

La présidente de l’Association des orthopédagogues du Québec, Isabelle Gadbois, souhaite pour sa part que l’on arrête de parler des « retards » d’apprentissage causés par la pandémie. « La planète au complet s’est mise sur pause. Le retard est en fonction de nos balises de progression », affirme-t-elle.

« Si une compétence prend normalement 150 heures à développer entre septembre et décembre, mais que l’enseignant n’a pu faire que 80 heures, je ne peux pas considérer que l’élève est en retard dans le développement de sa compétence. Il y a un retard dans l’échéancier, mais pas dans le développement de la compétence », illustre Mme Gadbois.

Pour les élèves qui changent de palier scolaire, comme ceux qui passent du secondaire au cégep, il faut prévoir des « passerelles », dit-elle. Et oui, certains élèves pourraient devoir rester plus longtemps au collégial, car on ne peut pas leur demander d’apprendre plus vite ce qu’ils auraient appris autrement avec plus de temps.

Plus de professionnels

Égide Royer presse aussi Québec de « faire en sorte que toutes les écoles, qu’elles soient privées, publiques à vocation particulière ou publiques « ordinaires », deviennent inclusives et accueillent une proportion naturelle de jeunes en difficulté ou handicapés ». Il souhaite que le gouvernement garantisse « dans toutes les écoles un niveau plancher de services professionnels aux élèves handicapés ou en difficulté d’adaptation ou d’apprentissage ».

On ne manque pas d’argent dans nos écoles. On manque de monde.

Égide Royer, professeur de sciences de l’éducation à l’Université Laval

Kévin Roy, président de la Fédération des comités de parents du Québec, pense également que les élèves qui n’ont pas de besoins particuliers méritent d’avoir des plans d’intervention adaptés à leurs besoins.

Les comités de parents proposeront cette semaine à Québec de mettre en place des « plans de réussite individualisés », ou PRI, pour chaque élève de la province. « Si ces plans avaient été mis en place avant la pandémie, on est certain que ça aurait permis de réagir plus vite auprès de certains élèves qui ont pris du retard », estime M. Roy.

Un plan basé sur des données

Dans tous les cas, Julien Prud’homme, professeur au département des sciences humaines de l’Université du Québec à Trois-Rivières et spécialiste de la question des enfants à besoins particuliers, espère aussi que le ministre Jean-François Roberge basera les mesures d’aide aux élèves sur des données probantes.

« Le brouhaha sur ce qu’on doit faire en éducation ne date pas de la pandémie. Ça fait 40 ans qu’on vit dans un tumulte de constats, d’opinions et d’idéologies sur ce qu’on doit faire », plaide-t-il, déplorant que le sommet organisé par Québec se tienne à huis clos.

« On a passé beaucoup de temps dans la gestion de cette pandémie à justifier les mesures par la nécessité de garder les écoles ouvertes. Il faut que ça reste une priorité dans le dernier droit », espère M. Prud’homme.