Les élèves de 3e, 4e et 5e secondaire qui font l’école à la maison à mi-temps pourraient bientôt être en classe tous les jours, du moins dans les zones orange. Avec des notes qui chutent pour certains et une motivation mise à mal par une deuxième année scolaire chamboulée par la pandémie, il s’agirait d’un retour bienvenu pour bon nombre d’entre eux.

Publié le 11 mars 2021
Marie-Eve Morasse
Marie-Eve Morasse La Presse

La « priorité en éducation », a estimé en début de semaine la Fédération des établissements d’enseignement privés (FEEP), c’est le retour de tous les élèves du secondaire à temps plein dans les écoles.

« On entendait beaucoup parler d’assouplissements pour les sports, on comprend l’importance que ça a, mais on s’est dit qu’il fallait dire quelque chose pour ces élèves qui sont à la maison une journée sur deux », explique David Bowles, président de la FEEP.

Dans bien des régions de la province, les élèves de 3e, 4e et 5e secondaire font l’école en alternance de la maison une journée sur deux depuis le mois d’octobre. Ce n’est pas sans conséquence.

Le ministre de l’Éducation Jean-François Roberge a présenté il y a quelques semaines des chiffres sur le taux d’échec au secondaire. Il a alors estimé que les données compilées par son ministère étaient « encourageantes » et que les variations du taux d’échec n’étaient « pas insurmontables ».

Il reste qu’en comparant les données de cette année avec celles de l’année dernière, on constate que derrière quelques points de pourcentage, ce sont parfois plusieurs milliers d’élèves qui sont touchés.

Par exemple, 23,2 % des élèves de 4secondaire échouent en mathématiques, comparativement à 19 % l’année dernière. Appliquée au nombre d’élèves de 4e secondaire de la province, cette augmentation de 22 % signifie qu’il y aurait donc 3350 élèves de plus que l’an dernier qui n’ont actuellement pas la note de passage.

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, ARCHIVES LA PRESSE

David Bowles, président de la FEEP

« Quand je vois cette augmentation, alors que c’est une matière qu’on doit réussir pour obtenir le diplôme d’études secondaires, je trouve ça très inquiétant », dit le président de la FEEP, David Bowles.

L’augmentation du taux d’échec pour les élèves de 3e à 5e secondaire en mathématiques et pour les élèves de 2e à 5e secondaire en français inquiète aussi la présidente de l’Association montréalaise des directions d’établissement scolaire (AMDES). « Ça nous montre que le fait d’être à l’école, c’est un facteur qui favorise la réussite. Ce n’est pas rien », dit Kathleen Legault.

Une fin d’année à ne pas négliger

C’est dans ce contexte que la pondération des deux bulletins a été changée par le ministre de l’Éducation. Alors qu’ils devaient à l’origine compter pour 50 % chacun, le premier bulletin comptera plutôt pour 35 % de l’année et le second, pour 65 %. Or, la motivation des élèves semble emprunter la tangente inverse.

Mère de deux enfants qui fréquentent l’école secondaire, Marie-Eve Renaud est à même de le constater. Elle craint que le reste de l’année scolaire ne soit difficile pour ses fils, qu’elle encourage autant qu’elle peut depuis septembre.

Le changement de la pondération en cours de route est, dit-elle, « comme un grand mensonge pour les élèves ».

On a changé les règles du jeu. Ils ont fait énormément d’efforts depuis le début de l’année et sont encore plus fatigués qu’ils ne l’étaient à la rentrée, avec les circonstances qu’on connaît. C’est encore plus aberrant de mettre une pondération supérieure à la dernière note.

Marie-Eve Renaud, mère de deux adolescents

Elle aurait aimé que la pondération des bulletins soit laissée à la discrétion des enseignants, qui savent comment évoluent leurs élèves au fil des mois.

Ces mêmes enseignants doivent quant à eux garder les troupes motivées pour le reste de l’année scolaire. Le changement de pondération crée une situation « délicate » qui peut mettre beaucoup de poids sur les épaules des élèves, dit la présidente de l’Alliance des professeures et des professeurs de Montréal, Catherine Beauvais St-Pierre.

« On veut enlever de la pression sur les élèves et leur dire que ça leur laisse du temps pour se rattraper, mais ça fait aussi que pendant la dernière partie de leur année, ils sont mieux de ne pas avoir de moments de fatigue et de ne pas en échapper, parce que ça peut jouer sur tout le reste », illustre Mme Beauvais St-Pierre.

À la Fédération des comités de parents du Québec (FCPQ), on constate au fil des sondages que la motivation des jeunes, particulièrement ceux qui font l’école à la maison une journée sur deux, est en constate diminution.

C’est notre plus grosse inquiétude. Si la motivation continue à descendre comme ça, ça va avoir un effet sur les notes, c’est certain. L’école à la maison une journée sur deux a un réel impact.

Kevin Roy, président de la FCPQ

Le gouvernement Legault a lui aussi affirmé cette semaine que le retour en présentiel des élèves du deuxième cycle du secondaire était « une priorité ». « À notre demande, la Direction de santé publique analyse en ce moment dans quelles régions et à quel moment on pourra le permettre en toute sécurité en fonction de la pandémie », a écrit sur Twitter le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge.

À Montréal, toujours en zone rouge, on garde l’espoir d’un retour à temps plein en classe d’ici la fin de l’année scolaire.

« On a hâte que ce soit notre tour. On pense que les élèves sont mieux à l’école qu’à la maison un jour sur deux », dit la présidente de l’AMDES, Kathleen Legault.